Un livre sort qui fait polémique en pointant du doigt la façon dont est dirigé un mouvement politique. Au delà d’une question de personnes, nos partis ont-ils un fonctionnement démocratique ? Ce fonctionnement est-il cohérent avec le projet de société que ces partis promeuvent ou simplement avec la démocratie ? Peut-on prétendre diriger un pays démocratique si on n’applique pas la démocratie dans son propre parti ou mouvement ?
Des machines pour gagner le pouvoir
Gamin, j’ai connu une époque où le parti communiste était omniprésent, tissait ses ramifications partout, structurait des organisations de jeunesse, influençait la vie des syndicats, formait ses militants. C’était une institution qui se déployait même à la campagne et notamment dans les classes populaires. Pour autant, la transparence démocratique laissait à désirer avec une centralisation claire du pouvoir.
Jeune homme, touché par le discours sur l’autogestion et l’écologie, j’avais été intéressé par le PSU. Là où j’étais, c’était un club aimable de personnes capables de disserter à l’infini sur tout dans une ambiance qui ne m’avait pas frappé par son dynamisme. On ne m’a d’ailleurs pas poussé à adhérer… Le pouvoir ne semblait pas la préoccupation des militants locaux.
Un peu plus tard, en Seine Saint-Denis (virais-je à droite ? ), je m’inscrivis au Parti Socialiste dans une section où je fus bien accueilli mais où je découvris que l’essentiel du temps était consacré à contrer l’action du PCF. J’avais timidement osé dire que peut-être le souci venait plutôt de l’extrême droite qui commençait à frémir, ou même de la droite… On me fixa comme si je n’étais qu’une jeune âme ne comprenant rien à la politique. Je quittais bien vite le parti quand j’appris que le président se présentait à un deuxième mandat. Je trouvais qu’il devait passer la main. Fin de ma vie de militant au sein d’un parti en mars 88.
Lors des élections législatives de 2024, j’avais été surpris en observant l’art déployé par le candidat LFI pour ne jamais prononcer un nom qui semblait repousser nombre d’électeurs de gauche. Il fut élu.
On pourrait imaginer les partis comme des lieux d’élaboration d’un programme ou d’un projet, autour de valeurs, des lieux de désignation des candidats aux élections, de délibération quant aux décisions à prendre ou aux prises de position à adopter. On pourrait même imaginer qu’un chef de parti, un secrétaire élu, exprime le point de vue des adhérents consultés sur les questions clés.
Je mets à part le Front National, entreprise avant tout familiale dont la patronne montre déjà qu’elle aurait beaucoup de mal à en céder la gérance… mais en réalité le modèle qui domine c’est « un chef », un candidat « naturel » qui cherche ensuite à agréger autour de lui un groupe soit en s’appuyant sur des liens hérités, des élus, des relations, des moyens financiers, quitte à utiliser les moyens « modernes » offerts notamment par l’Internet.
Le site Érudit propose une intéressante approche comparée des méthodes déployées par LREM et LFI : Vers une dé-démocratisation partisane ? Une approche comparée de la France insoumise et de la République en Marche. Pour le site, « Au-delà de leurs divergences idéologiques, ces partis sont des entreprises partisanes présidentialisées structurées autour de leur leader. »
Je suis allé sur le site de la LFI pour tenter de comprendre le fonctionnement de la démocratie interne. La page sur LFI « comment ça marche ? » m’a laissé plus que perplexe… On a du mal à comprendre qui désigne qui et pourquoi … on peut révoquer un élu s’il ne fait pas son job comme envisagé dans le programme ?
On pourrait citer nombre de petits partis ou mouvements dont on ne connaît que le leader. Les écologistes ont récemment réélu leur secrétaire, non sans tensions autour du respect des règles de démocratie interne. Le PS va désigner son secrétaire après des tractations dont il a le secret et chez les républicains on a vu arriver des adhérents en masse… comme si ça ne sentait pas la manœuvre de dernière minute…
Pas de retraite pour les cheffes et chefs ?
Se faire élire, réélire, se maintenir coûte que coûte dépassant largement l’âge le plus avancé proposé pour la retraite, voilà ce qu’engendre la personnalisation du pouvoir. La tâche est-elle si légère qu’on puisse prétendre diriger un pays à plus de 70 ans ?
Surtout, n’y aurait-il pas une forme d’élégance à ne pas vouloir tenir la scène jusqu’au bout et apprendre à passer la main ?
Pensant utiliser l’argument de leur jeunesse, on a vu de jeunes politiques prétendre aux plus hautes fonctions… mais en adoptant les pires postures des vieux leaders, c’est à dire sans renouveler aucunement leur propre pratique verticale de la politique.
Comment penser qu’une personne, la plus talentueuse soit-elle, puisse vouloir exercer un mandat électif en limitant son expérience à la sphère politique ?
Et puis surtout, il vient un moment où l’incarnation dépasse et efface les idées défendues. Il vient un moment où le leader tel Trump, parle en son nom, peut dire ce qu’il veut…
Réguler de l’extérieur ?
Dans certains pays, la législation définit un certain nombre de règles : nous en avons quelques unes autour de la parité ou du financement. Les balises sont bien légères et la liberté suppose dès lors qu’un parti respecte la Loi on le laisse faire…
On a même un ( ou des ? ) parti royaliste… qui vient promouvoir la fin de la République ! (qui n’est pas forcément synonyme de démocratie, on le sait…).
Si je comprends que les gens de droite qui aiment le pouvoir vertical, croient en la hiérarchie… se satisfassent de partis structurés autour de leaders, je ne comprends pas pourquoi à gauche, on n’est toujours pas parvenu à créer des partis transparents dans leur démarche démocratique, veillant à être dans leur pratique ce qu’ils promeuvent en principe pour la vie démocratique et citoyenne de leur pays.
Il serait peut-être temps de secouer le cocotier…

Un mot en retour ?