Le Père Noël m’a fait perdre confiance dans les adultes


un feu

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3–5 minutes

J’avais 4 ans. Ce n’est pas que le Père Noël n’existe pas qui m’a déçu. C’est que les adultes m’aient pris pour un imbécile en voulant me faire croire cette histoire idiote. On peut dire que le Père Noël m’a fait perdre confiance dans les adultes. Ce fut ma première vraie colère d’enfant.


Un souvenir brûlant

À quatre ans, je commençais à entrer dans la lecture. Les contes, j’adorais ça et j’en en entendais chaque jour. J’assommais les adultes de questions et de « pourquoi ? », une tante m’avait surnommé « le moulin à paroles« .

Ce Noël là nous étions revenus à Paris après un long séjour à l’étranger dont j’avais rapporté un léger accent. J’étais l’élève de Madame G dont j’admirais le chignon immense.

J’avais entendu parler de cette histoire de Père Noël et de promesses de cadeaux.

Une autre de mes tantes se proposa un soir de me faire faire le tour de Paris illuminé et notamment d’aller me montrer les merveilleuses vitrines des Galeries Lafayette. Dans la rue où il ne faisait pas chaud, des vendeurs de marrons enfumaient l’atmosphère.

Les lumières, l’ambiance, j’aimais ça.

Mais imaginez un peu. Au cours de nos pérégrinations dans la ville, j’en vis d’abord un, puis deux, puis encore… Les Père Noël poussaient plus vite que des champignons.

Comment ai-je réalisé le subterfuge ? Comment ai-je compris par moi même ?

La colère

Colère mémorable au retour à l’appartement. Ma mère en fit les frais et me le raconta plus tard.

J’avais compris que s’il y en avait autant, c’est qu’il n’y en avait aucun. J’avais décelé l’imposture sous les barbes.

Que l’on comprenne bien : ce n’était pas de découvrir l’inexistence du Père Noël qui m’avait mis hors de moi.

C’était que les adultes m’aient menti, ne m’aient pas mis dans la confidence avec le sentiment peut-être orgueilleux mais sincère d’avoir été pris pour un imbécile.

J’avais confiance en eux, en la parole maternelle surtout, je pensais qu’on pouvait tout se dire. Les adultes autour de moi n’avaient de cesse de réprouver le mensonge et d’exiger que je m’en tienne à la vérité.

Il y avait le monde des contes, de l’imaginaire où l’on peut tout inventer et le monde où nous vivons et qui a besoin de vérité et de confiance.

Mais si les prescripteurs, les guides, mentaient eux-mêmes, pour une histoire aussi grossière et bête…

Cet épisode de désillusion a marqué toute ma vie.

Dans mes expériences, plus tard, j’ai immanquablement associé l’idée de Père Noël au mensonge, comme mon père mentait beaucoup l’idée de père au mensonge et par extension j’ai associé le patriarcat au mensonge. L’équation me semble assez logique et vérifiée.

Le Père Noël n’est pas fait pour faire rêver, mais pour faire vendre, pousser les parents à culpabiliser s’ils n’achètent pas en quantité.

Je me souviens assez au retour des vacances, de l’énoncé obligatoire dans la cour de l’école de la liste des cadeaux reçus : il y avait de la compétition chez les petits garçons. C’était à qui aurait reçu le plus de cadeaux, et le plus de cadeaux extraordinaires. Je crois bien que j’ai appris à mentir à ce sujet vers huit ou neuf ans pour ne pas avoir l’air trop minable – et pourtant je ne me sentais pas maltraité de ce point de vue-.

J’ai toujours refusé de mentir aux enfants

Je ne suis jamais allé briser des rêves. Mais un peu comme pour Dieu, j’ai toujours répondu que certains y croyaient, d’autres ne savaient pas, d’autres n’y croyaient pas. Maître d’école, la fameuse laïcité me permettait de ne pas prendre position tout en laissant le débat s’exprimer.

J’ai vu des enfants douter et sortir douloureusement parfois de ce doute. D’ailleurs en CE2, ceux qui croyaient encore au Père Noël étaient souvent moqués par les autres.

L’expression est restée : « Tu crois encore au Père Noël toi ! »

Passons sur les chantages habituels autour du « si tu n’es pas sage, le Père Noël ne t’apportera rien. » Ce n’est pas une question de sagesse, mais de pauvreté.

Du coup, à Noël, j’ai toujours adoré lire les histoires tristes de Dickens.

Ce trouble, cette déception ont été lourds et pourtant la chance, fut que j’ai pu très tôt m’émanciper et comprendre qu’il me faudrait tracer ma route et chercher ma vérité loin des menteurs et de l’ordre établi.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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