Il y en a qui pensent à moi ! Mon espace santé m’a écrit. Quand j’ai reçu la notification dans ma messagerie ce matin, j’étais vachement ému. C’est vrai c’est touchant. On ne se parle pas souvent, je l’avais même un peu oublié je l’avoue, cet espace, mais voir que lui non, c’est chouette. Je pensais qu’il voulait prendre des nouvelles de ma santé. En fait, non. Non, c’était juste pour vérifier si mes directives anticipées étaient bien à jour.
Des projets ?
Je me suis demandé si Mon Espace Santé avait vu qu’il allait bientôt m’arriver un truc ou si une nouvelle loi allait décider que pour alléger les dépenses des caisses de retraite, je serai prié de laisser la place prochainement…
Bon, a priori, j’ai pas changé d’avis : à ma mort partagez-vous mes organes si ça vous chante, bon appétit ! En tout cas, je l’ai dit, on ne répare que le squelette cassé ou les trucs simples. Si la bête tombe inconsciente, on ne réanime pas. Gardez vos défibrillateurs et vos massages bande de dégoutants prompts à tripoter mon corps sculptural et inutile de traiter autrement que l’allègement de la douleur.
Vous voyez que j’ai prévu de faire faire des économies à la Sécu ! Donc oui, les directives sont à jour. Merci Mon cher Espace.
Comme je le dis souvent j’espère d’ailleurs m’endormir tranquillou une belle nuit dans mon lit ou avoir assez de lucidité et de force pour me débrouiller tout seul et ne pas emmerder les gens avec ça si un souci technique se présentait.
Le pire serait de devenir gâteux ou impotent. Le problème du gâtisme c’est de savoir l’anticiper. L’intelligence artificielle inventera bientôt ça, un détecteur à gâtisme : « vous êtes gâteux, une injection va nous permettre de vous délivrer ». Ou une puce électronique sous la peau fera le travail automatiquement. Fin du game.
Tout ça est une question de choix purement personnel. Je comprends très bien celles et ceux qui veulent tenir le plus longtemps possible. Aucun prosélytisme là dedans !
Mais légume dans mon caca. No thanks !
De même je l’ai déjà dit, une incinération sans cérémonie merci, un témoin légal suffira, surtout pas de musique à la con, pas de faire-part, d’annonce,de plaque ou autres bêtises. C’est mon dernier choix ! Fin discrète sans pot d’adieu. Sauf si je suis encore là bien sûr.
Sinon
Aucun médecin n’est jamais venu consulter mon espace santé. Quasi rien dedans. Il faut dire que mon généraliste référent vit à plus de 500 km. La dernière fois que j’ai rencontré ce type, ce devait être en 2013 ou 2014… Outre le fait d’être assez antipathique, il s’est permis un geste fort déplacé, douteux et douloureux. On ne se reverra plus je crois.
Ça doit faire cinq ou six ans que je n’ai pas vu de médecin. Cinq minutes pour rien. Je ne suis jamais malade. C’est comme ça. Je me fais une raison.
J’ai subventionné le dentiste local. Un couple charmant m’a vissé deux dents dans la mâchoire pour un prix plus élevé que mon déménagement de Bretagne. J’entends encore la vis vriller dans l’os. Quelles sensations ! J’avais l’impression d’être une machine qu’on bricole.
Prévention ?
Je me suis fait vacciner contre le COVID. Ça ne m’a fait ni chaud ni froid. Après je refuse de me soumettre à la panoplie de tests à faire sous prétexte que je serais vieux.
Ma santé, je la gère par mon alimentation et un peu d’activité, en essayant d’être heureux. Pour le reste, je suis assez favorable à la médecine qui répare le squelette et permet de maintenir l’autonomie… Quand c’est du lourd, du vital, pour ce qui me concerne (je ne parle que pour moi encore une fois) , je me refuserai à entrer par exemple dans des traitements lourds… Je n’ai plus vingt-ans. Amoindrir la douleur oui. Les trucs invasifs, ce n’est pas pour moi. J’aime la vie, je ne suis pas pressé du tout de mourir, mais si la machine ne suit plus, pourquoi s’acharner ?
Je crois au passage que la médecine devrait réfléchir à un rôle de maintien en bonne santé, dans un bien vivre plutôt que dans l’idée de maintenir la vie à tout prix. Il y a là une forme d’emprise, de pouvoir médical sur la personne qui me trouble.
Non je suis beaucoup plus préoccupé d’avoir rangé mes affaires avant la fin, qu’on ne trouve pas des assiettes sales dans la cuisine et des poèmes ridicules sur mon bureau (c’est un peu orgueilleux ça, mais j’ai mon sens de l’honneur). Il faudrait un service qui serait payé pour trier les chaussettes et récupérer les vieux meubles à la mort des personnes et débarrasser.
J’ai vu ça dans un roman japonais· Lequel ?
Parler de sa mort c’est mal vu
Mon cher Espace Santé, bon, tu as voulu vérifier si mes directives anticipées étaient prêtes. Très bien. J’en ris. Il y a toujours ce petit frisson subversif à parler de sa propre mort.
On voudrait que notre mort nous appartienne, elle ne nous appartient pas plus que notre entrée dans la vie. Rien avant, rien après, un peu de chimie entre les deux.
Juste un truc qui me chiffonne : après ma mort, combien de temps faudra-t-il pour que Mon Espace Santé se dissolve dans les limbes numériques ?

Un mot en retour ?