À la fin du mois il entrera dans sa quinzième année. Il n’est pas anormal que le cycle se déroule. Nous sommes de plus en plus souvent chez le vétérinaire. Nous avons eu notre premier rendez-vous dans un cabinet de physiothérapie et de rééducation fonctionnelle pour l’aider au mieux. Je ne crains pas la mort. Je suis surpris de voir tout ce que ces moments réactivent du passé où je fus accompagnant d’une humaine. De la prise en compte de la souffrance du chien, je dois m’éviter une sorte de fusion émotionnelle. Mais je veux aussi profiter de nos merveilleux échanges et de sa tendresse inextinguible.
Le bilan entre les mains
La vétérinaire était patiente et attentive. Si les médecins pour humains avaient cette professionnalité, je consulterais plus souvent.
C’est vrai que je ne suis pas client de la médecine. Pas même un comprimé d’antalgique à la maison. Je ne coûte rien ou presque à la sécu. Je vois un médecin en moyenne une fois tous les cinq ou dix ans en moyenne…
Depuis trois ans l’arthrose est là chez Monsieur Galou. Logique chez un vieux grand chien. Traitement mensuel, adaptations… La canicule a été rude pour lui et dans la rue, les enfants ne disent pas seulement qu’il est beau maintenant… Les dix ou douze kilomètres de balade qu’il aimait faire se sont réduits à 1 km au mieux. Avec lenteur, humant tout, mais avec la fatigue et surtout ces chutes aussi inopinées que brutales. La commande des pattes défaille. Parfois, bloqué sur place, je dois le relever… et il repart !
Plus tendre que jamais, entendant moins, voyant mal, il interagit beaucoup avec la chatte, il reste gourmand et passionné de ses balles, il aime les humains et a toujours le même talent pour détecter les gens chouettes… Il adore rencontrer les petits chiens, surtout les chiots…
Oui la vétérinaire était précise, pédagogue, lucide mais volontariste.
J’étais assez content sur la route de ce premier bilan. Il faut plus d’une heure et quart et traverser le causse pour aller à son cabinet.
Mais en recevant par mail le compte rendu, très précis, très détaillé, clair et compréhensible mais nommant la maladie avec les termes médicaux, ce fut comme un coup de massue. Comme si les mots écrits donnaient plus de réalité tangible à ce que je vois tous les jours.
Les sept ans de malheur
Ça m’a brutalement renvoyé à l’époque épouvantable, où je me suis retrouvé à devoir accompagner ma mère hémiplégique, privée quasiment de la parole et d’une réelle mobilité. J’avais 18 ans. Quand j’y pense, c’était un peu jeune. Surtout que je devais gérer en plus mes études, mon entrée dans la vie professionnelle… Je n’écris pas ça pour me plaindre. C’est du passé révolu, mais pas du passé résolu puisqu’il remonte encore !
On ne pense pas assez à ces personnes recluses dans l’accompagnement d’un proche. Le plus difficile, c’était les réveils la nuit. C’était aussi la crainte régulière de ne pas savoir comment j’allais trouver la malade à mon retour. Je me souviens quand je descendais en voiture la route tortueuse jusqu’à la maison, je ne savais pas si elle serait encore vivante.
Mais restent encore et toujours, ce matin où avant de partir à l’hôpital pour de simples examens, mais persuadée intimement et à raison de n’en jamais revenir, ces mots qu’elle dit hachés par l’aphasie , allongée au pied de l’escalier sur la civière qui allait l’emporter : « Vivre difficile ! Mais aimer la vie, oui. Important !
Prends ça dans la gueule garçon et vogue devant.
Être sensible
Tout vieux qu’il est, Galou que j’ai nourri bébé, ne me lâche pas et me suit plus que jamais dans chaque pièce de la maison. Il est toujours partant même s’il dort beaucoup. Il accepte d’avance ce que je lui propose. C’est une sacré responsabilité.
Sensible, avec son caractère têtu, il sait encore « plaisanter », n’est pas chiche en tendresses. Il fatigue, la douleur est là qu’il va falloir essayer d’endormir à défaut de pouvoir la résoudre.
Je lui trouve une forme de courage, de ténacité et de grâce dans sa capacité à garder le lien.
S’organiser
Comme pour un humain qui vieillit, il y a ces choses à organiser, ce harnais orthopédique à acheter et puis des petits exercices à prévoir, des massages, des sorties brèves plus nombreuses mais courtes… Faire que tout cela soit pour lui des moments d’échange et d’apaisement, pas des contraintes idiotes.
Forcément, je pense à tous ces humains qui n’auront pas le tiers du quart de ce qu’ils méritent ou même à d’autres animaux qui restent maltraités.
Dans cette démarche il faut à la fois accepter les émotions, les exprimer sans tout focaliser autour de lui, célébrer joyeusement notre relation formidable.
Étonnamment, avec lui, avec moi, la chatte qui l’a toujours connu ne se fait pas oublier, loin de là. Jolie équipe !


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