Ce fut ce qui étonna le plus des collègues de travail quand ils découvrirent le site. Que je chante et invente des chansons. Et je le fais depuis toujours. Chanter en famille, pour la famille, puis pour les amis. Chanter quand on n’est pas musicien. Sans velléité de scène. Moi chanteur ? Oui, il y a des chansons ici.
Dans la compagnie des chansons
Une chose dont je suis redevable à ma mère, c’est de m’avoir enseigné des chansons. À la maison on chantait. D’abord et surtout les chansons venues du patrimoine. Les « Aux marches du palais » ou « Le Roi a fait battre tambour« . Nous chantions ensemble, elle jouait parfois de la flûte puis j’appris spontanément – les petits garçons ont la voix qui peut monter haut- à chanter la « double voix », au dessus de la sienne, jusqu’à ce que l’adolescence m’enjoigne de trouver ma voix… plus grave…

Il y eut ensuite les deux disques de Lionel Rocheman qui avait mis à jour des couplets formidables toujours issus du patrimoine. À dix ans, je me faisais offrir mon premier Brassens par « mon oncle d’Amérique« . Je l’ai toujours. Et c’est le meilleur de tous ceux que le maître a laissés. Forcément. À la maison on écoutait du jazz. Ella Fitzgerald, Myriam Makeba ou Nina Simone… Beaucoup de voix de femmes. Eva, Barbara, Hélène Martin, Anne Sylvestre (pas les chansons pour enfants), Graeme Allwright, Moustaki, Ferré… et très vite j’allais introduire Beaucarne, Bertin… Marie José Vilar mais il y eut aussi Thiéfaine, ou Higelin… Areski et Fontaine, Jean Vasca, Michèle Bernard… et puis et puis Colette Magny!
J’ai fait une vidéo de mon panthéon personnalisé (il y en aurait d’autres, inutile de m’engueuler comme le fit un jour un énervé, ce sont ceux qui m’ont accompagné le plus)
Ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard si j’habite à présent dans la région où Colette Magny passa ses dernières années…
Assumer la singularité
Très vite je compris que mes copains et moi nous n’écoutions pas la même chose. Je n’avais pas d’appétit pour la chanson de variété, ce qui passait à la radio dans le bus du collège. Si la télévision laissait encore un peu de place à la chanson à textes chez Chancel, avec Guy Béart, Denise Glaser ou parfois dans une émission de variétés, je sentais bien que j’écoutais des chanteurs « marginaux », à part, différents…
Il y avait comme une mise en tension entre ce que je sentais comme une richesse, la compagnie de ces chanteurs qui me firent découvrir la poésie, et cette différence de plus à assumer… déjà que je n’aimais pas le foot. Cela m’isola un peu même si le théâtre permit une certaine revanche…
Chansons inventées
Le première, j’avais 8 ans, imitait le « T’as vu l’avion… » que chantait Reggiani. « T’as vu la mer c’est beau, avec tous ses bateaux, tous ces oiseaux
Le récif dangereux, le bateau cahoté, cahoté, cahoté… » Je n’ai pas oublié les paroles ni l’air.
Tout au long de mon enfance puis de mon adolescence, j’ai inventé des chansons. Je les chantais a cappella, puis sur une guitare que l’on m’avait donnée et qui n’avait pas toutes ses cordes. J’imposais parfois de petits spectacles à mes cousins, à ma famille… mais ça n’allait pas plus loin. Jeune ado j’ai dû commencer à enregistrer des cassettes. En grandissant je m’essayais sur le piano de ma grand-mère et l’entourage a dû un peu souffrir. On ne m’empêchait pas c’était déjà bien, mais on ne m’encouragea guère. Je n’appris pas la musique, on ne me poussa pas. La famille avait d’autres chats à fouetter. L’autodidacte poussa tout seul ses couplets entre naïveté, fragilité et résolution.
Dans les heures dures de la fin de l’enfance et assez difficiles de mon adolescence, la chanson me sauva certainement. Thérapie secrète. Je m’accrochais aux poètes que je mettais en musique, j’écrivais des couplets qui auraient poussé au suicide un régiment de majorettes.
Il est arrivé qu’un ami ou qu’un amoureux prenne goût plus tard à mes couplets et connaisse mieux certains refrains que j’avais inventé que moi même, mais cela n’alla jamais plus loin.
Moi chanteur, j’ai erré
parmi les vignes de l’Europe,
j’ai erré sous le vent de l’Asie…
Je suis venu ici chanter,
je suis venu afin que tu chantes avec moi
Pablo Neruda
En répétition
Il est arrivé une fois que je commence à répéter une forme de récital avec un pianiste professionnel. Il ne me faisait pas payer. Un contrat avec une chanteuse d’Opéra le contraignit d’abandonner cette esquisse.
Je n’ai donc jamais franchi le cap malgré une lettre chaleureuse de Jacques Bertin et les encouragements sans démagogie de Colette Magny. « Chantez ! »
Anne Sylvestre ne répondit jamais à mes lettres. Colette Magny toujours. Et de sa main tremblante quand à la fin la maladie l’envahissait. Comme je lui suis redevable, comme j’ai appris d’elle !
Oser
Alors il faut oser quand on n’est pas du tout musicien, ni professionnel, glisser ses chansons comme ça sur le net et les laisser à la libre écoute. Parfois je découvre qu’une chanson est écoutée plus que les autres. Dans les chansons de la rivière, Silure semble plaire… Une qui me plait le plus est Cinq ans . Elle est très courte. Ou l’univers de « C’est pour vos pauvres ». Parfois certains cherchent de ma vie dans mes chansons, mais il ne faut pas se laisser abuser… quoique·
Que pouvais-je faire d’autre qu’inventer des chansons ? Je racontais ça dans Le dispersé.
Je m’enregistre aujourd’hui avec le logiciel Audacity. S’il peut y avoir quelques montages, les enregistrements sont toujours en direct. J’assume donc les imperfections.
Ce qui est indubitable c’est que si je ne peux décider d’inventer une chanson, je ne peux m’empêcher de chanter, c’est un besoin. Je ne sais pas vraiment dire comment ça naît. Parfois la chanson s’accouche toute seule, parfois je prends un texte que j’avais pu écrire…
Je ne sais pas du tout si j’aurai le courage et l’opportunité un jour de finaliser quelque chose qui tienne un peu la route et puisse se montrer à des gens. Comme je commence à être vieux…
Les curieux retrouveront donc les chansons « à l’unité » parfois en « listes à écouter »…


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