Pas besoin de regarder le match pour entendre les commentaires ce matin. Ils confirment les réserves que l’on peut avoir pour le sport de compétition dont les aspects toxiques se font jour de nouveau. Le sport devrait être un pur plaisir et le jeu collectif aider à mieux créer du lien. Au delà, les valeurs de fair-play devraient pouvoir nous inspirer au quotidien.
Ce que j’ai entendu ce matin
Après ce match de demi-finale de coupe du monde 2026 remporté par l’Espagne (je note ça pour le moment où je relirai cet article plus tard), voilà ce que j’ai entendu en résumé :
- une « pudeur » certaine à féliciter l’équipe victorieuse
- un soupçon insidieux envers l’arbitrage émis par l’entraîneur français
- des supporters enthousiastes avant le match conspuant « leur équipe » après
La tradition chevaleresque
Inutile d’être naïf : la tradition chevaleresque ne fut souvent édictée que sur le papier. Il y était question tout de même de respect de la dignité humaine, d’attention à l’autre, de ne pas frapper un vaincu à terre, de savoir inhiber sa propre attitude, de savoir tenir parole et respecter les règles etc.
Les guerres d’aujourd’hui nous montrent que nos civilisations ont bien souvent abandonné tout cela. On pourrait envoyer Donald T faire un petit stage de fair-play.
Un site suisse, fort pédagogue montre ce que ça peut donner comme principes à respecter sur le terrain de foot :
- Je montre l‘exemple : défaite ou victoire, je fais preuve de respect et de politesse envers tous, sur et en dehors du terrain.
- J’accepte les décisions : j’accepte toutes les décisions de l’arbitre et de l’entraîneur-e même si je ne partage pas leur avis.
- Je joue de manière responsable : je joue de façon attentive et me sens responsable de l’intégrité physique et morale de mon adversaire.
- Je garde mon calme : je garde la tête froide, même dans les situations houleuses et décisives. Je veille à apaiser les conflits.
- Je pense et j‘agis positivement : j’adopte une attitude et un langage corporel positifs en match comme à l’entraînement.
Les suisses sont décidément engagés sur cette affaire, un autre dit :
Un sportif fair-play…
- ne se bat pas contre un adversaire, mais pour la victoire ;
- ne veut pas gagner à tout prix ;
- a du respect et de la considération pour son adversaire ;
- fait attention au bien-être physique et psychique de son adversaire ;
- sait se contenir dans la victoire comme dans la défaite.
Si les joueurs sont concernés, bien entendu, les supporters le sont au premier chef et devraient apprendre à se comporter et rencontrer de façon civilisée, courtoise et amicale même, les supporters des autres équipes.
Ce dernier match a vu par exemple la réactivation de propos racistes, et pas seulement en provenance d’Argentine mais bel et bien de l’extrême droite française. C’est que sur le terrain de l’exacerbation de la violence et du ressentiment, on va toujours la retrouver.
Il serait bon que les médias et les machines de guerre autour de certains sports ne poussent pas cette logique de l’agressivité, de la compétition. Que des joueurs dits de haut niveau puissent gagner leur vie en jouant – à la rigueur- mais pas avec des enjeux financiers aussi déraisonnables qui vont vite faire perdre la tête aux uns et aux autres.
Il n’y a pas de raison d’être au désespoir lorsqu’ un match est perdu s’il y a eu du plaisir, pas plus que perdre tout contrôle de soi s’il y a eu victoire. L’inhibition c’est ce qui permet de réguler nos vies en société, de bien choisir et c’est ce qui manque à celles et ceux qui ne parviennent pas à se centrer pour apprendre ou mener un bien un projet. Certes, il ne s’agit pas de sombrer dans une société de contention qui retiendrait toute expression des sentiments, mais il y a une différence entre une joie sincère et une crise incontrôlée qui conduit à se saouler ou dériver dans des conduites violentes, une autre entre la déception « désespérée » nourrie d’amertume et de ressentiment et la capacité à la compenser en allant trouver dans la défaite, de beaux essais, des engagements et surtout du plaisir.
Si nous n’apprenons pas à perdre mais surtout que gagner n’a pas de sens en soi, nous sommes fichus.
Un discours politique
J’ai écouté hier le discours d’un homme politique. Il a passé beaucoup de temps à conspuer ses adversaires ou les médias au lieu de ce centrer sur les propositions qu’il porte. L’esprit combatif conjugué à une verticalité du propos, en accentuait la logique clivante.
Si je peux être intéressé par certaines idées, la forme de leur présentation ne faisait que dresser en creux le portrait peu rassurant de celui qui les portait, persuadé de porter la vérité, déversant sa parole comme un fleuve devant une assemblée de « fans », supporters convaincus qui ne manqueront pas de lui mordre la main demain matin s’il perd.
Cette question de la prise en compte de l’autre, fut-il dans le camp adverse, est constitutive d’une éthique nécessaire au dépassement de soi, c’est à dire qu’il s’agit non pas de gagner pour soi mais de mettre en avant des idées, un projet, dans une démarche partagée.
Aparté : à ce jour (15 juillet 26), je n’ai toujours pas de candidat·e qui fasse preuve de cette capacité.
On parle de « rencontre sportive », c’est à dire qu’il s’agit bien d’aller découvrir l’autre, d’échanger avec elle ou lui. Une rencontre « politique » entre des personnes, un projet, des électeurs, des partis… peu importe la forme, ce devrait être la capacité à trouver ce qu’on partage, en termes de valeurs, d’approches pour trouver un « terrain d’entente » sur lequel bâtir ensemble.
Il n’y a guère d’illusions à avoir dans les évolutions à attendre dans les temps à venir. Raison de plus pour oser chanter une autre petite musique… soyez fair-play les zinfins !

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