L’incohérence est mortifère


Promenade sur le causse

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4–6 minutes

C’est le Tartuffe qui fait la morale, le politicien qui ne s’applique pas les règles qu’il revendique, le parent qui exige la vérité tout en mentant à son enfant, ce sont les industriels adeptes de l’écoblanchiment, celui qui ne fait pas ce qu’il dit… L’incohérence est mortifère, elle est mère d’injustices. Elle nous renvoie au miroir de l’exigence éthique où il s’agit de tenter d’être ce que l’on attend d’autrui.


Les exemples ne manquent pas…

Ils affligent, attristent, amusent ou énervent…

Si on laisse traîner son oreille, on en entendra partout de ces incohérences entre principes et actes…

Comme on dit vulgairement, c’est l’Hôpital qui se fout de la Charité… ou l’alcoolique qui s’en prend au fumeur de pétard… Je me souviens de cette femme qui critiquait « les étrangers qui nous prennent tout » mais remplissait son frigo grâce au « resto du cœur » de sa fille. Cet homme politique qui critiquait les dépenses inutiles mais se faisait offrir de beaux repas par son institution… Il y avait cet enseignant qui critiquait vigoureusement la fermeture d’une classe à l’école publique mais avait mis ses mômes dans le privé. Nous avons tous à l’esprit cet homme politique exigeant la sévérité de la Justice pour tout récidiviste… sauf pour lui-même. Tel parti politique n’a que le mot démocratie à la bouche mais réserve la prise de décision à son chef. L’Église exigeant la chasteté confrontée aux crimes sexuels de nombre de ses prêtres est un sinistre exemple… Il y a cet industriel qui affirme avoir une attitude écologique parce que ses emballages sont recyclables tout en occultant comment il produit ce qu’il y a dedans. En apparence moins grave, le parent qui raconte des histoires de Père Noël tout en exigeant que son enfant dise toujours la vérité. Le journaliste qui dénonce un fait tout en occultant sciemment un autre… Hier, je lisais un article dénonçant le manque de respect de l’accessibilité de certains sites institutionnels (pour les personnes en situation de handicap) publié via un site qui en l’occurrence ne la respectait pas… Ce sont les lois qui parlent d’égalité devant l’impôt mais ménagent certains… Les passe-droits, ceux qui vous passent devant… tout en vous faisant la leçon sur le respect des textes et la valeur du mérite personnel.

Petits ou grands exemples, ils sont nombreux. Ils se jouent tous souvent dans ces espèces de zones grises où il est possible de tricher, où le seul vrai contrôle sera exercé par notre propre capacité à nous auto-réguler, portés par un corps de valeurs intériorisé… et sincère.

Se taire ou réagir ?

Il y a les complices qui voyant comment tirer parti du système vont ensemble faire « bonne société ». Zola les décrivait déjà très bien dans leurs manipulations de salon. Ces alliances sombres vont toujours se faire sur le dos des plus faibles.

Parfois, on se tait pour préserver la paix sociale, par peur d’engendrer des conflits, d’être mal compris ou considéré comme un donneur de leçons.

Quand on participe d’un mouvement de pensée par exemple, le simple fait de poser certaines questions dérange et l’on risque vite l’exclusion.

— Quoi ? Tu veux faire le jeu de l’ennemi ?

La grande muette, ce n’est pas que l’armée française. L’omerta a souvent fait le jeu des Tartuffe.

Réagir ? Au risque de déplaire.

Cela suppose une ligne de conduite, une exigence éthique forte, une aptitude à l’auto-critique qui permette pour soi-même de progresser en dépassant la vaine culpabilisation. Pas simple.

S’affirmer sans s’opposer dans ses valeurs

Ne pas exiger d’autrui ce que l’on ne saurait s’appliquer à soi même est la première ligne de conduite.

Mais elle ne suffit pas.

Refuser la moraline, ne veut pas dire refuser l’exigence morale. Vue souvent comme quelque chose de contraignant elle est au contraire libératrice.

Je suis plus à l’aise pour critiquer les réseaux sociaux commerciaux si je n’y suis plus ! Mais quitter ces réseaux ne suffit pas si je ne modifie pas mon propre comportement sur les réseaux alternatifs que je fréquente.

Il faut que je puisse m’affirmer dans mes valeurs tout en pouvant me regarder sans honte dans le miroir. C’est une autorégulation qui exige un retour sur soi permanent. Il peut-être vu comme un cheminement plutôt qu’un carcan contraignant et austère. C’est à dire, que je dois pouvoir mesurer le gain obtenu par cette exigence.

Je n’ai jamais empêché un enfant de croire au Père Noël mais j’ai toujours refusé de mentir à ce sujet. J’ai même parfois ouvert la possibilité de questionner. De la question naît la possibilité d’une émancipation…

En revanche, si je sais une vérité cachée dont les conséquences peuvent être problématiques (engendrer une injustice…) alors je place comme devoir de « résistant » celle de la dire.

Si je tente d’être cohérent dans ma propre vie, je suis en droit de demander aux autres d’être cohérents dans les espaces partagés. Je refuse que l’on prenne du pouvoir sur moi, autrui en niant la dignité de l’autre. Si je concède l’intérêt d’avoir du pouvoir pour transformer les choses, je refuse que l’on exerce du pouvoir sur autrui notamment en le manipulant. L’ennui c’est que nombre de personnes profitent du pouvoir fonctionnel pour l’utiliser à leurs propres fins. C’est une tendance fréquente, qui a toujours été… cela ne veut pas dire qu’on doive laisser faire.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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