Les petits saboteurs d’énergie

Publié le Catégorisé comme changer de vie
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"Design Patterns" by Samuel Zeller/ CC0 1.0

Elle manque parfois l’énergie. Tout va bien, pas de « problème grave » mais voilà que dans la dynamique des projets, des changements, le corps et l’esprit se liguent et viennent mettre des bâtons dans les roues. Ce sont les petits saboteurs d’énergie. Pas assez d’énergie pour changer, bouger, se secouer ! Il faut l’accepter, le comprendre puis choisir de persévérer sans se soumettre à la torture. Oser nommer les choses sans s’appesantir, dédramatiser, rire de soi, se rassurer, rebondir en investissant pleinement le présent et ses ressources poétiques… alors des faiblesses naitra l’humus utile au jardin futur…

Ces envahisseurs toxiques

Toute histoire humaine aussi bien planifiée soit-elle, s’éprouve non seulement aux catastrophes prévisibles ou imprévisibles, aux accidents – une épidémie, un vaisseau sanguin qui pète, le cœur qui lâche… Un grain de sable grippe le mécanisme, tout s’enraye… L’incertitude déploie son ombre sur nos vies. Il faut faire avec puisqu’on ne pourra faire contre… non pas renoncer ou seulement composer mais accepter l’idée que toutes les précautions ne suffiront jamais à éviter les risques de l’aventure…

Et puisque nous payons notre part au destin, j’ai bien « cotisé » de mon côté, ne pas s’enferrer dans une sorte de plainte vaine mais habiter sa résilience. « Même pas peur » disent les enfants qui ont peur… je sais que je m’en suis sorti… alors…

L’actualité du Monde peut venir pourrir l’ambiance et je vois que lui cède encore trop de place. Parfois j’aurais envie de dire ce que j’en pense, mais mon engagement est ailleurs. Débattre ? Disqualifier ? Ou questionner et s’affirmer en refusant la compétition. Rester fidèle à soi même. Je ne suis d’aucune chapelle.

Vie sociale, vie personnelle, très souvent ce qui nous encombre, ce sont des choses qui en réalité n’ont d’importance que parce qu’elles nous empêchent de changer, c’est à dire d’être nous-mêmes. Le jugement d’autrui, les conventions, le raisonnable… les discussions inutiles où l’on pense pouvoir convaincre en paroles plutôt qu’en actes… le risque du ressentiment, de se laisser attraper y compris à se justifier…

Trop souvent encore, ils sont là, ces détails encombrants, ces pensées envahissantes, cette culpabilisation ou auto-culpabilisation… Une insatisfaction, un souvenir qui remonte insane à la surface des pensées, une communication brouillée. Ce sont sont des espèces de parasites qui viennent envahir le cerveau et empêchent d’être au présent…

Un ami ce matin me confiait des difficultés familiales cherchant mon conseil. Je me suis mobilisé. Mon empathie je le voyais, a débordé tout de même au point de me sentir mal à l’aise de ne parvenir à trouver pour lui des solutions qui en réalité ne pouvaient pas venir de moi… J’y ai trop pensé encore après… J’ai même transposé ensuite sur ma propre situation alors que ce n’est pas d’actualité m’enfermant dans un « et …si » tout à fait inutile… et engendre de la fatigue, une perte de temps…

Et puis comme des scories, des habitudes inutiles. Pourquoi ces choses automatiques que je fais sans réfléchir ? Allumer la télévision pour entendre d’insupportables bavardages, l’ordre des choses que je fais dans une journée, certains horaires que je m’impose idiotement pour des activités… non pas qu’il ne faille se priver de la protection de rituels… mais il est idiot quand ce n’est pas nécessaire ni bienfaisant de sombrer dans une excessive planification. Alors on ne fait plus les choses avec le bonheur d’être « dans le flow » mais commandé par une obligation pesante. C’est le « il faut » qui commande le « choisir ». Bien sûr, il faudra faire la vaisselle, mais je peux choisir le meilleur moment…

Savoir ce que l’on doit faire mais lâcher prise et apprendre à savoir reconnaître le moment opportun. Sans s’inquiéter.

Réapprendre la liberté et le droit à la fête

Dans la nouvelle « La livraison » on découvre un personnage qui ne sait pas que le confinement exigé par l’épidémie est terminé. Je me disais l’autre jour, que le confinement a laissé encore des séquelles y compris dans certains de mes choix de vie… La radio racontait hier, l’histoire de ce japonais qui trente ans après croyait encore que son pays était en guerre… J’ai raconté qu’une fois libéré de mes obligations professionnelles, j’avais réussi à me mettre en burn-out de crainte qu’on dise que je ne « rentabilise » pas ma nouvelle liberté, celle de choisir mes objets de travail…

Il reste parfois des scrupules, une pudeur. Un vague sentiment de culpabilité vis à vis des amis qui travaillent comme si j’étais un profiteur d’avoir la chance d’être payé pour faire à présent ce que je veux.

Il reste encore des verrous mentaux… Je sais explorer, je fais des découvertes extraordinaires, je suis en chemin… mais je dois oser plus encore mes chemins de traverse, improviser…

la croisée des chemins sur le causse

Être au présent, oser les ruptures

Il ne s’agit pas de briser des liens qui enrichissent, ouvrent l’esprit, permettent de belles rencontres. En amitié ou en amour j’ai une fidélité sans faille… y compris à des personnes qui ont disparu de la planète… mais je crois avoir réussi aussi à rompre quand il le fallait. C’est important de réussir sa rupture, c’est à dire de savoir se relier à soi pour mieux renouer avec « ses fondamentaux » et avancer « enrichi » de l’histoire précédente même si elle a pu comporter des épreuves… C’est un peu comme dans les contes…

Pour que la rupture ne soit pas douleur mais ouvre vers une autre part de soi, un renouvèlement, il me semble qu’il faut alors oser habiter le présent, intensément. Calmement, mais pleinement. Il faut un peu de patience. Je cherche déjà dans le jardin les signes du printemps et je les trouve…

La fatigue ne doit pas être niée. C’est aussi un appel à revenir vers soi. Les envahisseurs toxiques, il n’est pas si difficile de s’en jouer, les transformer en histoires, en chanson… Les remettre à leur place avec humour.

On dit souvent « ça ira mieux demain » et si ce n’est pas exactement demain, « ça va le faire »…

Et s’il ne s’agit pas de ruminer, on peut aussi mesurer le chemin accompli, toutes ces rencontres. La vie est une sacré aventure… si la fin de l’hiver n’est pas immédiate, je suis sûr de l’arrivée du printemps.

Vincent Breton

Par Vincent Breton

Vincent Breton auteur ou écriveur de ce blogue, a exercé différentes fonctions au sein de l'école publique française. Il publie également de la fiction, de la poésie ou partage même des chansons !

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