L’étrange objet en caoutchouc


un objet bizarre en caoutchouc

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3–5 minutes

Je l’ai trouvé sur mon bureau. Voilà un petit objet qui va me préoccuper un moment. Non seulement je ne sais pas ce que c’est, d’où il vient, mais je comprends encore moins comment il est venu sur mon bureau. Et voilà que ce petit objet insignifiant concentre soudainement toute mon attention et mon questionnement.

En caoutchouc souple mais rigide

Moulé en une seule pièce, sa longueur est de 1, 4 cm. Sa base rectangulaire semble servir d’appui. Son pied possède une rainure qui permettrait une sorte d’emboîtement. L’intérieur du pied est creux mais pas sur toute la longueur. Il pourrait s’accrocher lui même à un pic, une cheville permettant de le caler.

C’est un objet qui a été pensé pour se fixer de lui-même grâce à la souplesse de la matière. Je l’aurais bien vu comme un pied de clavier numérique, d’ordinateur…

Entre les doigts

J’aime assez sa texture, souple et solide. Il ne faudrait pas laisser l’objet entre les mains d’un bébé qui pourrait l’ingurgiter et rencontrer ensuite des soucis digestifs. Fort heureusement, je me suis débarrassé du dernier bébé qui traînait ici. Isis, la chatte encore joueuse malgré son âge pourrait être tentée de jouer avec et de le lancer du bureau sur le sol, puis le faire rebondir et glisser de pièce en pièce jusqu’à ce que l’ennui la submerge.

C’est donc un petit objet tripotable. Un de ces bidules que j’aime avoir entre les doigts quand je réfléchis.

Esprits mal tournés, sortez de la pièce.

Enquête

J’ai soulevé le clavier avec lequel j’écris : impossible. Mon beau clavier blanc n’a pas de pièce emboîtée. Il est unicolore.

J’ai regardé les différents objets du bureau : les haut-parleurs, la caméra ? Ça n’a pas de sens. La carte son ? Je ne l’ai pas touchée. Un pied de la tour de l’ordinateur ? Comment serait-il venu jusqu’ici ?

D’ailleurs à part Isis personne n’est entré dans le bureau. Ce ne serait tout de même pas l’un des deux ouvriers venus installer le store ce matin qui serait entré ? Pour quoi faire ? Pourquoi aurait-il laissé cette pièce ?

Un seul indice misérable et me voilà soupçonneux, cherchant au delà de l’objet, un scénario improbable, un projet louche. Il faut peu de choses pour devenir paranoïaque de nos jours.

Impossible que ça vienne du smartphone.

Aurais-je à quelque moment de la journée perdu conscience de mes propres actes ?

On en vient à douter de soi après avoir douté d’autrui.

La folie me guette-t-elle ? Car enfin, cet objet que je tiens, vient bien de quelque part, il n’est pas tombé du ciel.

Je vérifie à tout hasard l’abat-jour qui surplombe la table.

Quelque chose qui se serait décroché du mécanisme de la fenêtre que j’ai manipulée à plusieurs reprises dans la journée compte tenu de la canicule.

Non, je n’ai pas de ventilateur. Donc rien n’aurait pu tomber d’une telle machine.

Souvent, lorsque je cherche un objet perdu dans la maison, Gégory au téléphone formule des hypothèses toutes plus nulles les unes que les autres pour m’aider à le retrouver. C’est en général le ridicule de ses propositions qui témoignent du mépris dans lequel il me tient qui me conduit à faire la lumière et retrouver le disparu et ma dignité.

Mais là ce n’est pas un objet perdu, c’est un objet trouvé sur ma table, de façon incongrue.

Remonter le temps

Impossible de céder. Comme tout bon enquêteur après collecte des indices et examen systématique des lieux, je formule des hypothèses en me lançant dans un interrogatoire circonstancié afin de reconstruire patiemment l’historique des faits :

— Où étais-je hier soir à vingt heures ? Quand est-ce que j’ai vu cet objet pour la première fois ? Pourquoi n’ai-je pas réagi lorsque je l’ai découvert sur la table et est-ce seulement plusieurs heures après la découverte que je me suis soudainement interrogé ? Pourquoi ? Y-a-t-il des témoins pour confirmer mes dire ?

Mes zinfins suis-je bête ! J’ai trouvé !

Ça date de samedi. Déjà. Ce jour là je suis allé récupérer la nouvelle « box » de mon fournisseur d’accès Internet après bien des péripéties comiques entre livraisons perdues et double livraison…

Ce petit embout. C’est l’obturateur destiné à protéger de la poussière la prise destinée au câble pour la fibre. Ce câble fin et rigide aux embouts vers qui relie la prise murale -prise jaune- à la box.

D’où le trou.

D’où la petite encoche pour emboîter, déboîter.

Il faudrait en effectuer la conservation précieusement.

À moins que je me le carre comme une prothèse dans la narine gauche ce qui ne manquerait pas d’intriguer les gens et me permettrait de susciter enfin l’intérêt de la population.

Ou la droite.

J’hésite.

Les autres qui ont de mauvaises pensées sont des gens indignes de me lire. Malgré la canicule je suis vachement raffiné. Non mais.

Maintenant, je sais.

Nota : témoignage noté directement au fil de mes investigations et absolument authentique.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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