Et de quatre ! Moral caniculaire


Le causse en juillet 26

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3–4 minutes

Sur fond de feux de forêts dramatiques, on nous annonce une quatrième période de canicule. Une petite chanson fataliste nous dit qu’il faudra « nous y faire ». Incontestablement la fatigue est là. L’été était une saison prisée, associée aux vacances, aux fêtes, aux festivals. Voilà que je rêve d’automne et de pluie.

Soleil brûlant

Le jardin offre un spectacle affligeant. Tout est sec, les arbres souffrent. Le causse roussit, brûlé par le soleil. La rivière ne parvient plus à diffuser d’humidité. Les oiseaux le matin sont beaucoup moins diserts. Dans les champs les bovins semblent exténués. Je n’ai pas croisé les brebis hier soir.

feuillages roux des arbres sur le causse, cette couleur est prématurée pour la période

Stockholm

Je regarde d’un œil jaloux les températures prévues à Stockholm. 23 degrés aujourd’hui alors qu’ici il fera 42°.

Faudrait-il envisager de migrer l’an prochain au moins pour la saison estivale ? Mon handicap se nomme Isis. Chatte de 14 ans, rétive aux voyages.

S’organiser autrement

Quatrième canicule donc et même si j’ai un peu appris à m’organiser autrement, je ne me suis pas vraiment adapté. Il faudrait que j’aille marcher tôt le matin, écrive ensuite… Il reste des choses à faire, des taches matérielles.

Les spectacles le soir, quand il fait trop chaud, sont moins agréables à supporter et enchaîner.

Des choses ordinaires demandent des efforts physiques.

D’une saison à une autre, nous ne pourrons plus vivre de la même façon. J’ai la chance de pouvoir à peu près gérer mon temps mais le temps social impose ses règles.

Lune au dessus du Causse en juillet 2026 on voit un arbre déjà roux comme en automne

L’épreuve

L’épreuve pèse comme celle du COVID. Différemment cependant. Je ne parviens pas à percevoir si les gens prennent ça avec fatalité ou mesurent à quel point nous payons collectivement des choix – ou des non choix – antérieurs. Non, il ne s’agit pas juste de s’équiper en climatiseurs.

J’entends peu parler de ces centrales électriques mises à l’arrêt à cause du manque d’eau pour refroidir les réacteurs.

Il n’y a pas de mouvement, de manifestations, de protestations formulées à voix haute.

Il y a le malheur des gens dont les maisons ont été détruites par le feu. Les images montrent des maisons souvent si proches de la forêt qu’on peut se demander qui a autorisé un jour ces permis de construire ?

On entend des voix dire qu’on a laissé brûler tel village pour protéger une zone socialement plus favorisée. Les journalistes restent pudiques. Difficile de toute façon de regarder passivement ces images de catastrophes.

Je pense à ces mômes en ville, reclus dans des bouilloires thermiques, à ces vieillards qu’on retrouve morts chez eux, presque par hasard.

COVID, crise climatique, il ne nous manque plus que la guerre…

Mais elle est là, si proche, avec ses soubresauts jusque chez nous.

L’autre jour, les fumées remontant de la région bordelaise, nous piquaient les yeux et nous prenaient la gorge avec leur odeur âcre mêlant le plastique, l’écorce et le bois brûlés, mêlés peut-être à d’autres remugles de cornes et de chairs animales calcinées. Invisible, la catastrophe touchait nos corps et devenait soudainement plus proche, une menace tangible. Je n’ose imaginer les conséquences sur la santé des personnes plus proches.

Que faire maintenant ?

Il faut donc « composer » avec cela, ne pas céder au ressentiment, voir comment gouverner sa propre vie, tenter si on le peut d’aller convaincre nos pairs et les politiques de changer de paradigme. Mais il est difficile de leur faire confiance tant ils paraissent les uns et les autres en deçà des enjeux.

Parfois, comme une ombre qui passe, il y a l’envie de capituler. D’autres fois de tenter de sauver ce qu’il sera possible et de se sentir vite égoïste. Gamin, le vingt et unième siècle, je ne l’avais pas imaginé comme ça.

À la télévision, j’ai vu le président de la République penché sur des cartes et faisant semblant de s’intéresser soudainement à la situation. Ce qui ressortait de ce spectacle c’était que l’action réelle était portée par les personnes sur le terrain.

Il va falloir aujourd’hui composer avec la tristesse et l’inquiétude, les accepter sans les nourrir, méditer un peu.

Les croyants iront à leurs prières. Peut-être que ça les tient. Seul l’Homme (et la femme oui, oui) pourra réparer les bêtises de l’Homme.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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