Autrefois, les grandes chaleurs ne nous inquiétaient pas. Elles étaient synonymes de vacances. On trouvait des rivières, des piscines et de l’ombre. C’étaient des temps d’insouciance, de jeux, d’amour. L’inquiétude à présent est là. Il faut se confiner, penser autrement le temps qui se déroule et le temps des températures. La contrainte nous oblige à faire ce que d’autres ailleurs savent mieux. Réinventer le temps partagé et pour soi est une nécessité.
Se libérer des rigidités
Ce temps industriel qui nous apprend dès l’enfance à adopter toutes et tous les mêmes horaires pour des raisons d’organisation, de rentabilité. Ce temps là coince aujourd’hui.
Pour être honnête, ça a toujours coincé. Nous n’avons pas toutes et tous les mêmes rythmes, les mêmes besoins. Le contrôle de la société sur le temps des individus est rarement interrogé. Tous les emplois n’ont pas besoin d’heures fixes.
En m’installant en Occitanie, j’ai redécouvert que nombre de commerces ferment leurs portes entre 12 et 14 heures quand ce n’est pas plus. Et ce n’est pas une idiotie. Il faut alors forcément s’adapter, ne plus être guidé par l’urgence.
La difficulté aujourd’hui c’est que les variations climatiques peuvent être imprévisibles. Une semaine peut-être brûlante, une autre acceptable. Il faut pouvoir moduler.
Dans notre pays qui aime les normes et la réglementation, on laisse peu la main aux acteurs locaux pour s’entendre et décider. La souplesse n’est pas notre fort. Mais au delà des institutions, des organisations nécessaires, il n’est pas certain que nous nous accordions en tant que personnes, la possibilité de réorganiser nos journées alors que nous le pourrions.
Et je ne parle pas ici de l’impéritie notamment des politiques. Ce qui nous arrive ne doit rien au hasard. Tous ces gens qui vivent dans des passoires thermiques qui deviennent des bouilloires. Tous ces établissements, ces écoles, ces collèges, ces ateliers… le sujet est vaguement évoqué dans les assemblées. Il y aurait de grands chantiers à lancer.
Le syndrome du confinement
S’extraire de chez soi, circuler, quand il fait trop chaud devient compliqué. La promiscuité est insupportable dans les transports en ville. L’isolement peut vite survenir à la campagne. Le corps peut souffrir comme le mental.
Il paraît que les gens se fâchent plus quand il y a de grosses chaleurs. Les violences domestiques augmentent de 28% en période de canicule nous dit-on. On n’avait pas besoin de ça.
Il est moins facile d’avoir une activité physique, de trouver l’énergie. S’alimenter suppose des adaptations. Je dis des lieux communs. Je ne crois pas avoir entendu grand chose dans les médias.
Interroger les habitudes
J’écris à présent au moment où je devrais être dehors. Ma chance à la campagne, c’est que jusqu’à dix heures, si le causse est déjà ensoleillé, le jardin reste à l’ombre. Certainement la rivière nous rafraîchit encore avant de nous envoyer ses effluves moites.
Vivre le matin, être actif à ce moment là, habiter davantage les soirées, écrire et lire à l’ombre par temps brûlant. Il y a des choses qui s’imposent mais d’autres leviers sur lesquels j’agis insuffisamment. Il va falloir que je réunisse le conseil d’Administration et réfléchisse posément à tout cela.
Ici dans cette maison exposée Sud-Ouest, la fin de l’après-midi peut être le moment le plus dur. Le propriétaire m’a annoncé que le réparateur du store passera jeudi, fête !
Les mouches
À la campagne les mouches sont très affectueuses. Il faut trouver des subterfuges pour s’en débarrasser sans les éliminer ou les éconduire. Elles sont moins inquiétantes que les guêpes qui adorent faire leur nid dans la boite aux lettres !
Les oiseaux habitent autrement les journées, leurs chants et leurs silences en disent long.
Prendre en compte l’environnement
Tout cela renvoie à la capacité que nous avons ou non de reprendre la main. On pourrait d’ailleurs étendre le sujet en questionnant la partition des contraintes matérielles, sociales, climatiques… Trop souvent nous nous laissons asservir comme si tout cela était inéluctable ou la faute au hasard. Nous sommes bien policés, bien sages.
Mais il faut que je file acheter de quoi manger avant que le goudron ne fonde sur la route !

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