Ce soir je dors dans le jardin !


Jardin5h30

·

3–5 minutes

Trente degrés dedans à 21 heures hier soir malgré les volets fermés, je crois que je vais transformer le confinement caniculaire en camping nocturne dans le jardin. Il faut mettre de l’aventure dans cette histoire, sinon je ne vais pas tenir la semaine. J’ai tenté une sortie, on dirait qu’on m’a fichu un coup de massue. On est censé tenir ainsi combien de temps ?

Un parfum de confinement

Les insectes s’en donnent à cœur joie. Ça grésille, ça tente de bâtir des nids de guêpes qui dans le coffre du store, qui dans l’encoignure de la fenêtre. Des mouches énormes telles des kamikazes se suicident en vrombissant contre la baie vitrée. Les papillons font ce qu’ils peuvent. Ils sont nombreux, mais le buddleia grille et leur offre moins de fleurs fraîches.

Impossible de rafraîchir non plus correctement l’auto. À part les supermarchés, peu de lieux frais. À moins de sombrer dans la religion. Les musées, il faut les atteindre sans fondre avant. Et puis ce matin, à peine avais-je descendu les stores pour protéger la maison, que je sentais cette chape de chaleur… Dois-je invoquer l’excuse de l’âge ?

Je ne pourrais donc envisager de finir mes jours au Sénégal et pour l’Islande je crains a contrario de déprimer en hiver.

Les pensées s’évaporent avant de passer de la main sur le clavier jusqu’à l’écran de l’ordinateur.

Même l’agenda semble mis à distance et le temps se distord tel un rail sous la torpeur.

Oui, je ressens un arrière goût de confinement.

Tu te souviens ? Oui, je me souviens. Je réapprenais les joies (réelles) du célibat.

Dormir dehors ?

La maison est orientée Sud-Ouest. C’est formidable en hiver mais le soir, il faut attendre pratiquement vingt-deux heures pour retrouver une ambiance vivable.

La nuit, j’ouvre tout ! Venez cambrioleurs ! Enfin, il faut que vous aimiez voler les vieux livres, car sinon, il n’y a pas grand chose à prendre et « rien de valeur vraiment« , avait dit déçu en son temps le déménageur comme s’il devait alimenter la mafia locale.

Oui, je pourrais décider de dormir dehors. Il ferait peut-être frais. Ce serait amusant, un peu de piquant, un goût d’aventure et d’enfance.

Ou pas

Cette nuit, dans les buissons à côté de la chambre, vers deux ou trois heures du matin des cris atroces se firent entendre. Les renards ? Non, ils ne viendraient pas si près. Peut-être une dispute de fouines. Les rapaces ne plongeraient pas si bas.

J’ai déjà parlé l’autre jour des chevreuils qui parfois passent boire. Je suppose, les chevreuils ou quelque autre bête, ceux-là ne poussent pas du tout ce genre de cris mais plutôt une sorte d’aboiement rauque. Et les chiens de chasse du voisin renchérissent alors en chœur.

Donc j’envisage cette idée. Dormir dehors. Et en même temps, je risque d’être sans cesse aux aguets à guetter les étoiles, les passages furtifs, les frôlements, les bruissements, les cris… Il s’en passe des choses la nuit au pied du causse !

Je ne dis pas non, j’aviserai.

Se lever à quatre heures ?

Je ne suis jamais content. Je protestais il y a peu qu’Isis me réveille à quatre heures trente pour rien. Et puis de devoir dormir en journée.

Maintenant je me dis que je pourrais bousculer l’organisation du temps. Écrire très tôt, bouger avant huit heures. Aller jusqu’à dormir le jour et vivre la nuit ?

Quand chanter ? Avec ces températures ça devient compliqué. Je ne vais pas ajouter mes cris à ceux des bêtes nocturnes.

Je sais bien, tous ces gens qui sont coincés par leurs horaires, les contraintes. Et les machines qui ne suivent pas.

Je sais bien tous ces pays reclus de canicule sans que notre égoïsme européen ne s’en préoccupe jamais.

Et tous ceux qu’on va aligner par impéritie dans des cercueils d’urgence.

Rappelons à la jeunesse en mal d’orientation professionnelle, que la voie des pompes funèbres est aussi prometteuse que celle de l’industrie de l’armement. Elles vont d’ailleurs souvent de pair.

Dormir dehors ? me lever à quatre heures ? Transformer la contrainte en aventure joyeuse ?

Inutile de se plaindre

Ici pas de ventilateur. Je brasse l’air sans. Pas de climatiseur, je choperais la grippe en août. Rien qui ne puisse influencer à mon niveau la courbe climatique. Peindre les fenestrons au blanc de Meudon ?

Je verrai cette nuit, j’improviserai peut-être. Parce que si je vais avec une lampe dans le jardin, il sera impossible de lire. Vous voyez, je me plains.

Je me souviens soudainement de quelques années très chaudes en Provence où ma mère, l’été, s’enveloppait d’un drap mouillé pour dormir. Ça lui faisait comme un linceul.

Il est plus de dix-sept heures. Je vais tenter une sortie jusqu’à la boite aux lettres. Qui pourrait m’écrire par une température pareille ?


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


VOUS POURRIEZ AIMER AUSSI

dernières publications

Les commentaires

Commentez, ou publiez une réponse sur votre blog (avec un lien vers cet article) ou sur le Fediverse (Mastodon, etc.) : elle apparaîtra ici.

Un mot en retour ?

Vous souhaitez citer cet article sur votre site ? Indiquez simplement votre lien ici.