Puisque nous faisons le focus sur la rentrée, avec l’envie de reprendre la main en écoutant nos besoins, une façon d’appréhender la journée avec sérénité est l’idée de garder du temps pour soi avec le quart d’heure réservé.
À chacun son modèle
Oser aller à contre courant de la précipitation, surtout matinale peut sembler une gageüre ou un luxe de nanti.
Il y a celles et ceux qui plongent dans leur agenda dès le petit déjeuner, allument la radio pour avoir les dernières nouvelles du monde, ceux qui courent sous la douche parce qu’ils ont laissé le réveil les tirer du lit et ont négocié encore un peu de temps… Cet autre révise sa leçon, lui repasse sa chemise, elle cherche son cahier. L’un pense à son transport, l’autre cherche le lieu du rendez-vous… tandis qu’elle scrolle déjà au cas où elle aurait manqué un message important sur le réseau… Plus ou moins hébétés, plus ou moins en forme, plus ou moins happés par des petits rituels ou des successions d’activités qui se sont installées parfois depuis l’enfance pour se lancer, ce moment où il fait souvent encore nuit dessine déjà à sa façon le style de la journée. La pression monte facilement.
Nourris par nombre de coachs en développement personnel en arguant que la journée appartient à celui ou celle qui se lève tôt, des « courageux » ont avancé l’heure du réveil qui pour aller courir, qui pour méditer ou tout simplement débuter plus tôt sa journée de travail…
Au bureau nous connaissons tous cette personne qui fume la cigarette du condamné à la porte de l’entreprise avant de se lancer… D’autres vont à la machine à café.
On pourrait décrypter mille approches…
Avoir son quart d’heure
Ici on ne donne pas de conseils. Les recettes, les exercices tombés du ciel ou venus de l’extérieur n’ont pas de sens. C’est à chacune ou chacun en fonction de ses besoins, de s’inventer son style…
Il y a d’abord l’interrogation intéressante de nos premiers gestes le matin, de nos premières interactions : avec l’amour de sa vie, des enfants, les animaux ou juste soi ? Les machines « médiatiques » sont-elles déjà présentes et pour quoi faire ?
Probablement la reconquête du temps passe par son questionnement. Il faut parfois remonter à la préparation anticipée ou non la veille, à la qualité du sommeil. Toutes nos habitudes de vie peuvent-être questionnées : des vêtements que l’on portera, nos habitudes d’hygiène… Le poids des contraintes va jouer… certaines sont difficiles : si l’on est aidant, si on doit se coltiner deux heures de transport angoissantes…
Mais, s’il y a ce réel et si à un autre moment nous pouvons aussi décider de le modifier, est-ce que nous nous respectons toujours dans ces gestes ou participent-ils de notre asservissement ? Est-ce qu’on est obligé de se stresser plus encore ? Est-ce que cela améliorera notre ressenti et notre efficacité pour la suite de la journée ?
Personnellement, voici ce que je m’applique et régule de temps à autre :
- j’interroge mon temps entre le lever et la première activité « programmée », je repère ce qui pourrait être modifié ou déplacé ou supprimé de mes habitudes matinales
- j’identifie un moment « pour moi » et le meilleur moment pour le positionner, j’ai le droit de chercher, adapter en fonction de mes besoins, de la saison ou des périodes
- ce moment doit m’appartenir dans le sens où j’en définis le contenu, j’en suis le « créateur » ou « la créatrice »
- le but de ce moment est à la fois de me centrer, de m’apaiser, de me retrouver à l’intime sans pour autant avoir à me questionner ou me livrer à des examens de conscience, il ne s’agit pas d’un moment pour développer des stratégies mais je peux tout à fait être à l’écoute de mes sensations ou de mes émotions…
- 5 minutes ? 10 minutes ? 15 ou 20 ? au fond c’est à moi de le définir dans un possible, un acceptable qui n’engendrera pas de culpabilisation vis à vis de moi ou d’autrui. Parfois, il faudra « dire » à soi et aux autres ce moment, non pour le justifier ou s’en excuser, mais s’affirmer en disant que ce moment est strictement pour soi. Cela impose le fait d’être au clair avec sa capacité d’autonomie réelle, d’initiative personnelle…
- le but de ce moment est à la fois de me centrer, de m’apaiser, de me retrouver à l’intime sans pour autant avoir à me questionner ou me livrer à des examens de conscience, il ne s’agit pas d’un moment pour développer des stratégies mais je peux tout à fait être à l’écoute de mes sensations ou de mes émotions…
- ce moment doit m’appartenir dans le sens où j’en définis le contenu, j’en suis le « créateur » ou « la créatrice »

Mais quoi faire ?
Dans les écoles maternelles, on a souvent ménagé un temps dit d’accueil où l’enfant va choisir lui même une activité. Parfois certaines propositions sont déjà un peu « scolaires » ou interactives, mais des moments comme le dessin libre sont très intéressants. En élémentaire, je me souviens d’une école où j’avais pu instaurer le même type d’accueil où chacune chacun était libre de choisir son activité pendant dix à quinze minutes, une façon d’entrer en classe en douceur sans se jeter d’emblée dans le travail…
Quelques possibles dans un inventaire à la Prévert pour les uns ou les autres selon les âges, les lieux ou les cadres de vie. La seule contrainte est de choisir ce que l’on aime et de se centrer sur ce moment… si on n’y parvient pas, c’est que ce n’est peut-être pas le bon moment ou la bonne activité… Ce sont des moments pour soi, donc me semble-t-il à vivre seul·e même s’il peut y avoir du monde autour…
- rêvasser : se laisser porter par ses pensées, la brume des sensations, sans chercher à focaliser sur les ennuis ou la journée… Certains auront envie de méditer, de pratiquer la relaxation active (attention à ne pas s’endormir…). D’un point de vue cognitif, cet état mental serait même très bon. C’est une façon de solliciter le cerveau autrement, jouer avec la mémoire, les projections… Ce n’est pas le rêve au sens classique du terme mais une création où parfois des associations d’idées vont surgir… On n’est pas obligé d’en « faire quelque chose » immédiatement…
- observer : ce peut-être prendre le temps d’observer une photo d’un livre d’art, un tableau chez soi, une statue dans un jardin public, faire le tour du jardin en allant chercher ce qui a changé… Je ne laisserais pas forcément le hasard commander, il faut pouvoir choisir ce qui n’exclue pas la surprise y compris lorsqu’on prend le temps de chercher dans l’image. Si on en a la chance, observer un paysage, un lever de soleil, une rivière, la mer, un square ou même un panorama sur la ville…
- enseignant, j’aimais prendre place dans la classe et m’imprégner du lieu, sans penser précisément au programme ou aux besoins des élèves en termes d’apprentissages, c’était ressentir le cadre, contempler les affichages, l’ergonomie, les traces de l’activité humaine…
- lire un poème (plutôt dans des répertoires apaisants que des poèmes épiques… mais rien ne l’interdirait !)
- dessiner en se laissant porter par le geste
- écouter une musique en ne faisant rien d’autre
- écouter les bruits du dehors attentivement
- se centrer sur sa respiration, faire le « tour mental » de son corps et des points de crispation ou de douleurs
- méditer
- égrener un chapelet, tricoter quelque chose de simple, malaxer un objet doux…
Peut-être prévoir un temps doux de sortie de ce moment à soi… s’il faut un rappel que ce soit par une musique douce en veillant à ne pas s’engager brutalement dans une activité mais y plonger en douceur.
Tout ce qui compte me semble-t-il c’est que ce moment soit à soi et que la part faite aux sensations et aux émotions puisse être prééminente sur le raisonnement, la réflexion argumentée. Il faut que soit conservé un sentiment de gratuité, de liberté. Il n’y a pas à rendre compte ou se justifier mais simplement à s’affirmer dans le doit absolu de se retrouver…

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