Je m’interroge en ce moment sur les différentes dimensions de l’intention. Mais quelles sont mes intentions ? C’était la question d’hier. Quand j’annonce une intention, d’où vient-elle et surtout comment j’oriente mon intention ? Si mes valeurs me guident, parfois mon intuition, il y a une question de focale, d’horizon et d’alignement pour légitimer cette intention et la transformer en acte (de préférence positif).
C’est maintenant ou jamais
Nous nous imposons avec cruauté des ultimatums qui peuvent augurer de catastrophes ou de renoncements.
L’intention qui se forge en moi naît sans qu’en apparence je ne vienne la chercher. Je pourrais n’y voir qu’une inspiration…
Certain·e·s vont nous dire qu’un ange leur est apparu, qu’un signe est venu du ciel. Ça c’est l’excuse qu’on se trouve pour justifier de ce qui pourrait sembler une folie et tenter d’invoquer le syndrome de l’imposteur. Il faut les assumer ses intentions.
Je peux avoir des intentions conçues depuis des lustres…
À douze ans, au début des années soixante-dix, quand nous sommes partis avec ma mère et ma sœur vivre en Haute-Provence, nous nous imaginions déjà dans le retour à la terre, quasiment élevant nos chèvres et tricotant nos pulls avec la laine des moutons du coin. C’était une bonne intuition de quitter la région parisienne, mais notre représentation de la vie en Haute-Provence était évidemment fausse. La décision de partir tenait de la nécessité de s’éloigner d’un père toxique, de trouver un lieu calme pour ma mère, épanouissant pour ma sœur et me donnant l’envie de reprendre le chemin du collège. Je découvris là bas le théâtre. Ce fut grâce à la rencontre du Théâtre Demain d’André Rousselet (j’en ai déjà parlé), que j’eus le projet un peu fou d’écrire une pièce et de lancer une petite troupe de théâtre amateur avec des copains. Pendant six ans nous avons répété et joué souvent plusieurs fois par semaine. Mon intention de gamin s’incarnait dans une résolution qui sut convaincre mon entourage, mes copains, les élus que je rencontrais pour demander des salles… Un certain nombre d’éléments convergeaient, des possibles s’ouvraient dont la confiance dont on nous témoignait à l’époque. Aujourd’hui on nous parlerait de responsabilités, on nous imposerait des conventions, des assurances, des adultes pour nous surveiller… Mais à l’époque cette intention s’exprimait comme une évidence qui non seulement me mobilisait et mobilisait mes copains, mais trouva le soutien d’adultes qui se reconnaissaient dans notre projet, qui s’y impliquaient en commençant par ne pas nous empêcher !
Au passage, combien de parents et d’éducateurs sont-ils des empêcheurs d’apprendre et d’essayer ?
Professionnellement, sans plan de carrière, j’ai toujours pensé mon travail comme un mouvement. Jeune enseignant, j’ai très vite trouvé un poste original qui conjuguait mon goût de l’indépendance à celui de la créativité et de la rencontre. J’avais lu dans le bulletin départemental une annonce. Je me suis lancé. On me trouva quelques mois plus tard au volant d’un J9 aménagé passant d’école en école… C’était les débuts de l’informatique, je maillais un territoire rural, je travaillais avec des collègues. J’ai beaucoup appris de ces rencontres.
Personne ne me poussa vraiment ensuite à devenir formateur et encore moins à oser changer de département, de fonction, de lieu d’exercice ou de public. Quand à la fin des années 90 je demandai à exercer dans un quartier plus que difficile, j’obtins un poste dont personne ne voulait et j’appris plus en deux ans qu’en vingt ans. D’une certaine façon je « savais » que je devais aller là bas. Comme je savais que je n’y resterais pas, non pas mû par une ambition mais parce que je me projetais mieux dans d’autres contextes. Il m’est arrivé de me heurter à des échecs, de devoir m’y reprendre à plusieurs fois. Et là, c’est que ce n’était pas le bon moment ou plutôt que je devais valider mon intention au sceau de la persévérance.
Pas de conseilleurs, de coachs, d’influenceurs ou de gourous
Quand dans le Mariage forcé Sganarelle s’interroge sur ses propres intentions vis à vis du mariage avec Dorimène (prénom dont j’attends avec impatience qu’il revienne à la mode), il va rencontrer deux philosophes (les Onfray et Ferry de l’époque) et deux voyantes (les coachs de l’époque) et ne s’entend dire que des sottises.
En réalité, il n’espérait que trouver la confirmation d’une conviction forgée à l’intime… Mais son intention de revenir sur son projet manquera de corps et de courage… Combien se retrouveront ainsi mal mariés dans des situations piégeuses ?
C’est arrivé à ma mère qui n’osa pas écouter son intuition et épousa un triste sire au lieu d’un chanteur d’opéra, ça m’est arrivé aussi au moment où je croyais que sacrifier sa propre vie pour le destin d’autrui était la route à prendre… Je n’avais en réalité jamais vraiment pris le temps de m’interroger sur le fond de mes intentions. Pourquoi je souhaitais me mettre dans telle ou telle situation ? On pense qu’un problème que l’on voit pourtant « va passer »… Il ne passe pas. Et c’est d’autant plus complexe lorsque nos propres intentions se mêlent aux intentions d’autrui… lesquelles peuvent comporter une part cachée. Vice de forme ou vice de fond, nos intentions méritent d’être questionnées non pas en se laissant commander par la peur ou le conformisme mais du point de vue de la réponse à nos besoins profonds, de l’alignement du projet avec notre vie, ce qui est bon pour nous et nos valeurs…
Après, toute erreur nourrit l’expérience. Il est parfois dommage d’en passer par la case « souffrance » parce qu’on ne s’est pas posé les bonnes questions.
Le seul truc c’est qu’il ne faut rien attendre des « conseilleurs » de tout poil. Soit ils disent « le contraire » de ce que nous voulons entendre et nous entrevoyons la possibilité d’une rupture avec eux… Ou alors, ils abondent en notre sens. Mais leur assentiment, leur soutien dans le meilleur des cas, n’aide pas forcément à questionner l’authenticité, la valeur, la puissance de notre intention. Et ça passe aussi par la capacité à nous interroger de savoir s’il s’agit bien de « notre projet » et en quoi il est original, créatif, c’est à dire va nous aider à nous épanouir, nous révéler à nous même et élargir notre horizon.
Tout était aligné
C’est l’autre et son « eureka », c’est l’illumination, la découverte inattendue (la sérendipité) mais surtout le sentiment d’un alignement.
Ce n’est pas en pesant le pour et le contre que j’ai choisi de venir vivre en Aveyron mais bien parce que c’était aligné avec ce moment de ma vie, la sortie du confinement, des changements sentimentaux, le changement d’activité et le besoin de trouver un lieu me correspondant. Pour que mon intention se réalise, j’ai mis toutes les chances de mon côté mais surtout appris à reconnaître « le bon moment, le bon endroit »… dans la dynamique de l’alignement qui fait que la piste est éclairée. Et qu’il faut se lancer. Et c’est un choix forcément personnel.
S’il y a une dimension de projection, ce qui fait qu’une intention sera à mes yeux légitime, bien orientée, c’est sa capacité à me relier en cohérence, à ce que je suis, ce que je crée et le présent… Mon intention est la clé de l’entrée dans « le flow ».

Un mot en retour ?