Sous ce mot clé d’intention il y a tant à creuser. Les philosophes, les religions, les coachs, tout le monde s’est emparé du sujet. Comment veiller à la sincérité et l’authenticité de mon intention ? Comment être au clair avec soi-même ? Le cerveau peut leurrer, la pression sociale ou la représentation que j’ai de moi-même également.
Une affaire de rencontre
S’il existe des déclarations d’intention dans le domaine juridique ou religieux qui engagent à l’explicitation d’un projet, sa mise en discussion ou sa publicité, avoir une intention peut être un projet pour soi même (avec peut-être des conséquences pour d’autres) ou un projet vers un/une autre. On ne se marie pas tout seul. Tout projet même individuel à des conséquences pour d’autres que soi. Toute intention mérite élucidation dès lors qu’elle émerge puis au regard de l’expérience, de la mise en action, du cheminement…
Des intentions évolutives
« J’avais l’intention d’écrire une nouvelle, j’ai finalement écrit un roman. «
« J’avais l’intention d’épouser Olga, je l’ai plaquée à temps quand j’ai compris qu’elle n’était pas faite pour moi.«
« J’avais l’intention de prendre ma retraite mais la Loi a changé entre temps. »
« J’ai l’intention de revendre ma voiture pour en acheter une plus petite. »
» J’ai l’intention de voyager dès que mon mari sera mort.«
« Je n’ai pas l’intention de bouger le petit doigt pour elle. »
Questionner les intentions
Quand une personne en aide une autre, mille raisons peuvent l’animer : la charité, gagner des points pour le Paradis, espérer une médaille. D’autres ce sera dans esprit communautaire, par solidarité, fraternité, adelphité. Ce sont les camarades qui mettent ce qu’ils peuvent dans la caisse de grève. Certains attendent un remerciement, l’exigent même. D’autres un retour qui peut aller de l’invitation à faire alliance ou moins glorieux jusqu’à profiter de la situation pour exercer un pouvoir sur l’autre. « Retour d’ascenseur »attendu, constructions toxiques… Un sans-domicile que j’avais rencontré m’avait expliqué qu’il se méfiait parfois quand quelqu’un lui donnait « trop« .
Dans les sites de rencontres, certains annoncent la couleur : « cherche plan sans prise de tête ». On peut se dire que les intentions sont claires. En apparence. La personne cherche une rencontre qui n’engage pas, notamment à se justifier, où chacun conserve sa liberté, c’est à dire en général de se limiter à une relation sexuelle consentie et unique. Sauf, que même en cherchant à en définir les codes, ce qui relèvera du consentement, il y a toujours la surprise. Surprise des corps, des affinités ou des rejets. Surprise de l’imprévu qui peut faire que celui qui réclamait un simple plan sans lendemain peut tomber amoureux malgré lui. Le contraire est tout aussi vrai. Dans ce type de rencontre, le mensonge peut s’inviter, y compris à soi-même.
Quand on se tient dans un projet plus personnel, réussir un concours, changer de région ou de vie, on peut définir ce que l’on recherche. Il faut être précis sur ce qui motive ce besoin de changement, ce que l’on en attend, dans quelles limites, jusqu’où on veut aller. Mais on peut s’illusionner, aller puiser des arguments auprès d’autres personnes et même vouloir « faire plaisir » ou agir par culpabilité, choisir une voie « par défaut » ou sous prétexte de « raison » tout comme s’engager dans un projet irréaliste…
Avant d’écrire un texte, par exemple ici, mon intention peut se définir autour d’un sujet. Mais quel est mon but ? Partager une réflexion en cours, témoigner d’une expérience ? Mais pourquoi ? Recueillir des avis ? Susciter la réflexion chez autrui ? Inciter à ? Je dis souvent que je n’aime pas l’idée de « donner des conseils » et que je me retrouve plutôt dans l’idée de partage et d’accompagnement… Si j’observe comment les gens naviguent sur le site, je vois plus ou moins que telle ou telle page a « du succès ». Je ne sais pas du tout quel impact cela peut avoir. Certain·e·s m’écrivent pour me dire se reconnaître dans tel ou tel texte ou partager une expérience… Quand je partage un poème ici c’est tout autant comme un « cadeau » gratuit, un partage d’émotion mais aussi dans l’espoir de susciter l’envie d’écrire chez autrui…
Quand j’écris le présent texte, c’est d’abord pour interroger mes intentions (petits ou grands projets) dans leur sincérité, leur authenticité, leur solidité.
Sincère ?
Je ne suis en compétition qu’avec moi-même et je ne cherche pas le pouvoir ni l’enrichissement matériel. Je fonctionne sans honte ni orgueil. La réussite à un concours, j’en ai passé quelques uns, n’a jamais tenu à mes qualités personnelles mais en ma capacité à comprendre ce qui était attendu et m’y soumettre. C’était apprendre à me conformer à des attentes subjectives ou réglementaires, ce n’était pas vraiment faire « œuvre » mais jouer un rôle. Il en va de même avec les concours de poésie ou de littérature. Ce sont des exercices soumis à l’approbation de regards subjectifs faits pour assujettir les talents et les conserver dans le cadre social acceptable. La compétition sportive n’échappe pas à la règle ! J’y reviendrai un jour. Je suis en compétition avec moi-même parce que j’aime m’améliorer, apprendre et progresser. Je ne cherche pas le pouvoir parce que c’est très encombrant et surtout pas le pouvoir sur autrui car c’est indigne et enfermant. La célébrité ne m’intéresse pas, mais comme tout être social, les retours m’intéressent toujours. Parfois je suis déçu de voir qu’un texte sur lequel j’ai beaucoup travaillé ne concerne personne et surpris de découvrir qu’un autre plus anecdotique, voire médiocre à mes yeux passe bien. Mais on ne peut-être son propre juge… J’aime l’idée de réseaux et d’échanges respectueux. Je ne sais pas « faire commerce » de mes idées ou de mes inventions. Je ne me reconnais pas dans le système économique actuel. Je n’envie pas du tout la richesse et tout ce qu’elle a d’ostentatoire. Un sac Vuitton c’est laid, finalement commun, ça n’a rien de subversif même si ça a demandé beaucoup de travail et de savoir faire. C’est convenu. Le vrai luxe n’est pas anecdotique. Je suis plus à l’aise avec la sobriété. Ça ne veut pas dire que j’aimerais vivre dans le dénuement.
La sincérité de mes intentions tient essentiellement dans leur alignement avec mes valeurs. C’est à la fois pour être en cohérence morale avec moi même et éthique avec autrui. Cette sincérité suppose aussi la capacité à être transparent avec mes maladresses ou mes erreurs sans que ce soit une faiblesse. L’imperfection est souvent signe de sincérité : je préfère la voix d’Anne Sylvestre qui enregistrait en direct à ces chanteurs dont la voix est retouchée et les enregistrements ne sont plus qu’un collage en apparence « parfait » mais beaucoup moins vibrant et humain.
Authentique ?
La question de l’authenticité tient dans la capacité à chercher sa singularité. On est forcément influencé. Mais par exemple, lorsque je choisis un texte pour ce site, ce n’est jamais parce que ce serait « à la mode » ou permettrait de répondre facilement aux demandes des moteurs de recherche.
Ce qui est écrit ici est souvent spontané mais c’est de ma plume. Garanti « fait maison » et « produit à la main »…
En matière artistique c’est souvent complexe : je pense au surréalisme ou par exemple à la place de l’absurde.
Quand j’ai vu En attendant Godot cet été, l’absurde y est légitime, sincère et authentique. Le texte est puissant dans sa force poétique et les personnages prennent corps et sens. C’était moins le cas dans une autre pièce où le recours à l’absurde était motivé par la recherche d’un effet, sans justification. Un truc gratuit fait pour flatter le bourgeois tout content de se sentir vachement intellectuel d’avoir vu un spectacle auquel il ne comprenait rien (et il n’y avait d’ailleurs rien à comprendre que le désarroi d’acteurs cherchant un auteur) mais qui flattait son égo. J’aime beaucoup l’art conceptuel ou la musique contemporaine.
Y foisonnent cependant des leurres qui n’apportent rien, qui n’explorent pas de voie réellement nouvelle. Au fond l’authenticité réside dans la cohérence entre ce qui est mis en acte avec la singularité. C’est authentique quand ce n’est pas une imitation… Sachant pour compliquer que nombre d’auteurs s’imitent eux-mêmes.
Il y a des influences, des écoles, mais j’ai toujours fui les exercices qui consistaient à « faire à la manière de« . Ils n’aident même pas à comprendre l’œuvre et ne mettent en avant que les poncifs…
Une intention solide
Souvent nous formulons des vœux : à la rentrée scolaire, pour la nouvelle année.
Ne passeront le cap que les plus solides, si nous avons des intentions claires et sincères, éprouvées, alignées avec nos valeurs, alors leur sincérité, ce qu’elles engagent en nous permettra de nous lancer dans la bonne dynamique.
Pour certaines de ces intentions ce n’est pas le bon moment, ça ne correspond pas à ce que nous sommes. Il arrive que certaines intentions ne nous correspondent pas même si nous pouvons en apparence gagner un pari et réussir.
Beaucoup de gens se marient parce qu’ils sont flattés qu’on les demande en mariage et parce que ça leur permettra d’obtenir la reconnaissance sociale. Mais combien de veuves renaissent à la mort de leur mari ? Combien de jeunes hommes enfin redevenus célibataires se demandent ce qu’ils étaient allés faire dans cette galère… On les voyait pourtant si enthousiastes !
Se méfier de l’enthousiasme sans refuser de s’émouvoir
S’il faut écouter ses intuitions, si elles sont sincères, il faut être très prudent avec l’enthousiasme : l’avalanche d’avantages qu’on image de la situation future, l’accablement soudain du passé… Ce ne sont souvent que des masques pour cacher un désir de fuir ou de n’avoir pas sur résoudre un certain nombre de difficultés avant de se donner un nouvel objet de projet.
Je connais des globe-trotters toujours en mouvement, incapables de rester chez eux. Parce que chez eux, ils s’ennuient, c’est le vide et ils découvrent leur incapacité à se suffire à eux-mêmes. Le confinement a été terrible à cet égard pour nombre de familles qui ont découvert à quel point on s’emmerdait dans leur maison !
Pourquoi je veux ça ?
Ça commence avec un truc qu’on envisage d’acheter, un voyage que l’on veut faire, un abonnement à un spectacle… C’est le « concert de trop » qui m’a invité à m’interroger sur pourquoi je m’étais mis avec une certaine frénésie à suivre tous les concerts du coin… Cela se poursuit avec la rencontre de telle ou tel, l’intention d’une création ou d’une réalisation… Pourquoi je veux faire cela, pourquoi maintenant, avec quelles attentes ?
Si c’est par opportunisme, avec une certaine « tartufferie », par machiavélisme… au delà même du jugement moral qui est une autre affaire, c’est déjà un bon début si on a l’honnêteté de se le dire ! « Je vais chez mamie chaque été parce qu »elle me fait toujours un chèque pour la rentrée… » Mamie trouve peut-être son compte à ce jeu de dupes. À la condition que sa petite fille n’écrive pas elle-même le montant du chèque !


Un mot en retour ?