Ces moments là. Entre les catastrophes que l’on constate et les drames que l’on commémore, on pourrait prendre pour indécence, luxe égoïste, d’oser même les vivre. Alors en parler ? Oui. Parce que face à l’horreur, au pessimisme, il faut faire moisson de paix et de poésie pour nous relier en toute humanité à ce qu’Edgar Morin nomme la « Terre – patrie », une terre peuplée d’humains toutes et tous faits pour la paix et le bonheur. Alors de ces moments là, j’en dépose trois. Comme trois notes.
En attendant la comète
Nous n’étions pas les seuls à être grimpés sur le causse pour tenter de voir la comète. Le soleil fut à son grand spectacle. Je n’ai rien vu de très concluant mais je crois que le chien lui même était saisi par la beauté du soleil couchant et l’ambiance qui régnait là. Attendre une comète et rêver à sa chevelure, nous si petits, assis sur la pierre du causse. Entrer en points minuscules dans le paysage de la poésie. Quel contentement !
Peinture lunaire
Était-ce l’influence de la visite faite au musée Soulages l’autre jour ? Un tremblement dans la main, un mouvement improbable et l’appareil a fait de la peinture avec la lune montante. Je l’ai vu tout à l’heure en triant les photos. Je suis le seul à pouvoir reconnaître le jardin. Joli tableau, bravo !
Jubilation du vélo au bord du Lot
Je n’ai plus de muscles, je n’en ai jamais eu beaucoup. Par chance, les rives du Lot presque plates par ici, m’offrent des territoires que je peux explorer sans faire exploser mon cœur ni épuiser mes jambes. Ce matin, il faisait beau et bon comme un été indien. J’ai laissé le vélo me commander. C’est lui qui nous a conduit. C’est un brave type téméraire, qui a du goût. Il est allé presque à rouler dans la boue. Entre la rivière et la falaise, comment ne pas être simplement heureux sous cette lumière chaude ?
Peur ou culpabilité ?
Avoir l’outrecuidance de reconnaître des moments de bonheur n’est pas toujours bien vu. C’est suspect. Le Paradis c’est pour plus tard. Il est convenu de souffrir un peu surtout quand d’autres souffrent ailleurs. On se dit que tôt ou tard cette joie pleine et entière, gratuite et quasi improvisée, il faudra passer au guichet pour la payer.
Les jalouseux risquent de faire tomber des clous au pied du vélo.
Cela faisait longtemps que je ne le l’étais pas dit aussi simplement pourtant : « Tu es bien là ».
Non pas de l’insouciance niaise, mais une forme de plénitude reliée exactement au présent, au moment vécu, vécu pour lui même, sans question autre que d’être là, à soi et libre, relié au vivant, par les pieds posés sur le sol ou le pédalier du vélo, par mon souffle ou le halètement du chien, par mon regard, les mille bruissements et parfums d’automne.
Puissiez-vous vivre cela de votre côté !
Un mot en retour ?