Entre rituels et flow, la vie en poésie


Nenufars

·

5–8 minutes

Rituels qui naissent, habitudes qui disparaissent, chantiers de recherche, projets qui se dessinent, c’est affaire de jardinage. Il est question de patience, de persévérance, mais surtout d’attention et de cohérence. Nul besoin d’arracher les mauvaises herbes. Ce qui importe, c’est de d’être présent à ce que l’on fait. Et voilà qu’on peut s’émerveiller simplement d’un nouveau cycle qui s’ouvre, une sorte de printemps intérieur ?


Rituels volontaires et spontanés

Il faut bien décider de quelques uns. Après ces mois centrés sur la maladie de Galou, marchant à son pas de vieux chien fatigué, reprendre l’élan était une nécessité. Le corps réclamait la « remise » en mouvement.

Ainsi, chaque matin, à peu près à la même heure me voilà parti pour trente minutes d’activité physique.

Les jours où la chasse est interdite, trois jours par semaine, bizarrement répartis, vous me trouverez pour des marches dans la nature un peu plus longues. Deux à trois heures, avec des montées, de l’espace, de la vue. ce qui n’empêche pas des escapades à d’autres moments, plutôt en ville.

L’écriture est-elle un rituel ? C’est un besoin quotidien ancré depuis toujours. Souvent le matin. La lecture se glisse à divers moments, comme des récréations. J’aime l’idée de temps volés entre deux activités, ces temps s’allongent comme ils veulent. Plusieurs livres simultanés, certains dévorés, d’autres lus par bribes, comme pour s’en pénétrer longuement. Parfois, la place du roman s’est réduite puis elle revient quand je rencontre des textes découverts par hasard dans une librairie. Aventures d’un soir ou d’une semaine, relations plus régulière avec une écrivaine ou un écrivain dont parfois on se sépare. Je lis de la poésie : il fut un temps où je lisais un texte poétique chaque matin, là l’inspiration est plus libre. Lectures dans le bureau, la chambre ou le salon, ce ne sont pas les mêmes. Je ne peux pas m’empêcher de lire aux toilettes et souvent en mangeant, habitudes venant de l’adolescence. Sous la douche, c’est plus difficile.

Un rituel s’est imposé presque spontanément. Ou plutôt une habitude d’autrefois qui est revenue : chanter le soir, revenir sur des chansons oubliées et cela se fait entre la poire et le fromage. Notez qu’on mangeait les fruits en premier autrefois et que cette habitude serait meilleure pour la santé ! Je m’y plie volontiers.

Mon cerveau est bien content de ces nouveaux rituels et il ne me faut guère d’efforts pour y répondre. Bouger, marcher, chanter cela engage le corps et permet de mieux lire ou écrire.

Des habitudes qui tombent en désuétude

Certaines, ce fut par un choix délibéré : prenons l’exemple des réseaux sociaux commerciaux. Au delà des désaccords de principe avec leur logique, mon cerveau fut vite bien content de s’en libérer, ne serait-ce que pour le temps gagné à faire autre chose…

La relation à l’information audiovisuelle a évolué aussi. Pas seulement une question de saturation ou de vérité. Plutôt une mise à distance, une désaffection pour les procédés employés.

L’activité physique, l’augmentation de l’apport en protéines et me voilà délaissant le grignotage. Je n’achète du sucre que très rarement. Et vous ne trouverez pas de biscuits dans les placards. C’est austère ? Les fruits ne manquent pas, et pas que les poires.

Les chantiers ouverts

Hier, le travail était défini par une fonction, une mission. Pourtant, libéré d’obligations, je me donne des temps de travail choisi. Les logiques ne sont pas si différentes même si les contraintes sont moindres et notamment parce que je détermine thèmes et objets comme je veux.

Enfin, si je dis que je détermine, je laisse la place à l’imprévu. Ou mieux à la sérendipité. C’est un sujet que j’explore pris par la curiosité. Je ne sais pas si j’en ferai quelque chose. Il n’est pas question de rentabilité. Il s’agit d’apprendre, de découvrir, d’écouter. Il me faut alors des choses nouvelles, sortir de mes domaines. Je n’aime guère les longs vidéogrammes et les conférences bavardes mais une intervention bien pensée, un texte qui questionne, une proposition… Parfois je prends des notes, j’imagine quelque chose. J’aime découvrir un univers de pensée, une approche et voir comment cela pourrait se transposer.

Il arrive que je laisse reposer, que j’y revienne, que je reprenne le sujet à l’envers. Il faut s’accorder ces temps un peu désordonnés, gratuits, sans prédestination. Parfois une idée sera « mise de côté » pour nourrir une réflexion sur un tout autre thème. J’aime faire se croiser ensemble des domaines qui n’étaient pas forcément faits pour se rencontrer.

Puis se détache le projet

Tout un processus se construit. Le projet ne naît pas un matin. Il se dessine quand un certain nombre d’éléments s’alignent, c’est le moment, c’est cohérent. C’est un mouvement intérieur qui passe vers l’extérieur. Un cheminement. Et plus que l’objectif final, c’est souvent le cheminement qui sera le plus intéressant.

J’aime l’idée d’artisanat. Je m’y retrouve. Mes projets aujourd’hui plus que jamais, ne sont pas des produits manufacturés élaborés pour répondre à une commande, à des standards. Avez-vous déjà observé comment le sculpteur fait surgir sa sculpture de la glaise ou de la pierre ? Au début vous vous demandez où il veut en venir, ce qui va surgir. L’artiste laisse pousser, passer, il libère en lui quelque chose sur quoi il se concentre et qui d’une certaine façon, même modeste, le dépasse. C’est le « produit de l’invention humaine » qui peut se montrer et se partager. Le projet aura besoin du regard de l’autre.

Le flow, c’est ce moment qui abolit le temps et l’urgence, où l’on se sent pleinement à ce que l’on crée. On est centré, pleinement attentif…

La reconquête de l’attention

Attention à soi, aux autres, à ce que l’on imagine pour le partager : c’est le plat préparé à la maison plutôt que la cuisine toute faite à base de produits transformés, c’est choisir de prendre soin plutôt que la rentabilité à court terme… C’est préférer l’imperfection du spectacle vivant au produit commercial artificiel.

D’une certaine manière, c’est chercher ce qui nous apporte et nous enrichit, nous transforme, nous révèle à nous-même, nous apaise, nous fait du bien.

Et puis on pourra partager l’expérience. Plutôt passeur que soldat d’une cause. Inviter au partage et à l’essai plutôt que de favoriser la prise de pouvoir des uns sur les autres.

Un nouveau cycle

Comme on sent à la fin de l’hiver que le printemps va venir, j’aime cette idée de cycle, de mouvement intérieur vers l’extérieur, de lien avec l’environnement.

Ici la nature est très présente et influence les perceptions.

Marcher, c’est pour soi et découvrir, mais c’est pour rencontrer. Chanter invite l’autre à se retrouver dans une phrase musicale, des mots, un rythme. Écrire c’est s’adresser à autrui, se serait-ce que cet autre en soi. Chacune, chacun peut trouver son domaine, son jardin, ses habitudes non pour s’enfermer mais pour se relier.

On choisit, on essaye… on fait autrement. La découverte est infinie. Il me semble que jeune ou vieux, c’est cette joie là, cet émerveillement, cette possibilité d’être l’aède. Créateur ? Jardinier ? Le poète peut porter le regard au loin, ou se pencher sur l’infiniment petit. Il a ses deux pieds – ou son fauteuil roulant- pour prendre appui et cheminer comme le premier de nos ancêtres qui a découvert qu’il pouvait être bipède… et son descendant qui a voulu voler !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


VOUS POURRIEZ AIMER AUSSI

dernières publications

Les commentaires

Commentez, ou publiez une réponse sur votre blog (avec un lien vers cet article) ou sur le Fediverse (Mastodon, etc.) : elle apparaîtra ici.

Un mot en retour ?

Vous souhaitez citer cet article sur votre site ? Indiquez simplement votre lien ici.