Cette semaine, je remets la machine en mouvement. J’ai déjà raconté que mon environnement ne m’avait pas incité petit à avoir une activité physique régulière. Mais notamment au collège, le sport a été pour moi facteur d’exclusion et d’abord à cause de ses codes et de l’approche performative fondée sur la compétition.
Un imaginaire sportif rétréci
Quand j’étais petit, je crains que ce ne soit encore majoritairement le cas, pour les garçons, l’univers du sport c’était le foot. Plus rares étaient ceux qui faisaient du vélo.
Quand je suis arrivé en cinquième dans un collège du Sud-Est de la France, les cours d’éducation physique n’étaient pas mixtes. Je me souviens de longs temps d’attente dans le gymnase où nous étions assis avant que l’on nous fasse faire des parcours de cinq minutes où il fallait enchaîner des gestes… ça n’avait pas de sens, on ne pouvait ni s’entraîner vraiment, ni comprendre… mais surtout tout était polarisé autour du foot. Le prof l’avait bien assimilé et avait quasiment abandonné une grande part de son enseignement pour laisser jouer au foot en supervisant les parties de loin.
Comme je ne connaissais rien aux règles et que j’étais timoré sur le terrain, je n’étais pas recherché comme équipier. Du coup, assez vite, je m’étais auto-promu chef des remplaçants et je ne fus jamais ou presque sur le terrain.
Il était loin le temps de la primaire où nous avions appris à jouer au Handball sport qui exigeait l’esprit d’équipe.
Je ne regardais pas les matchs de foot. Je ne connaissais pas les joueurs. Je n’étais pour aucune équipe dont les acronymes ne me disaient rien.
Sur le terrain, je voyais que les copains les plus agressifs, les plus « virils », prenaient le dessus et la jouaient perso. Les engueulades et les bagarres ne manquaient pas obligeant le prof à sortir de son bureau.
Les classements, les victoires, les sélections, la compétition et la médiatisation sans compter la marchandisation et le fric, tout cela parasite le sport et tue à mes yeux ce qui pourrait être une autre approche.
Une coupe du Monde ? Une victoire ? Les garçons surtout veulent tous faire partie d’un club. Certains s’imaginent un avenir de champion. Combien vont y parvenir ? Quelques uns vont jouer les seconds rôles, y épuiser leur santé, se blesser et se retrouver dehors assez jeunes, sans rien. Les autres finiront sur leur canapé une télécommande à la main.
Même la performance athlétique et les records à battre frisent l’absurde : il faut aller plus vite, plus haut… mais pourquoi ? Repousser les limites ? Il y a du suicidaire et de l’égoïsme dans le champion qui repousse les limites.
Je n’oublierai jamais ce petit élève de cours moyen dont les parents voulaient faire un champion de tennis en lui imposant plusieurs heures de pratique par jour. Il peinait en classe, fatigué, il avait des tics nerveux et doutait sans cesse de lui. Aujourd’hui, j’aurais fait un signalement.
Pour de vraies pratiques populaires !
On a tué pratiquement les associations d’éducation populaire. Pas rentables. Pourtant, nous pourrions sans forcément trop de frais, mais en changeant de paradigme, développer une autre approche du sport.
L’activité physique, ou le sport, pourrait être d’abord un espace d’expériences corporelles. Il y a tant d’activités diverses à explorer qui restent invisibilisées.
Je pense au jeu, aux sports de coopération, aux activités douces qui pourraient favoriser les rencontres.
En Bretagne, on voit encore dans certains village que ça danse des petits aux vieux avec des danses parfois très élaborées qui s’apprennent progressivement de façon tout à fait inclusive et positive.
Il y aurait à développer des pratiques non fondées sur la performance, mais sur la rencontre. Des activités intergénérationnelles, non genrées, loin de toute logique marchande.
Le système basé sur la compétition ne fait que trier, éliminer. Pire encore, celles et ceux qui auraient besoin de prendre leur place, les plus faibles, les atypiques, les corps « non conformes » s’excluent d’eux-mêmes quand ils ne sont pas rejetés ouvertement. Les jeux paralympiques semblent une bonne idée. Ils valorisent la pratique du sport pour toutes et tous… en apparence. Car on fait du sport de façon séparée. Les Gay Games sont maintenant ouverts à tous mais quelle tristesse ! De plus, tout ça reste fondé sur des logiques de compétition et le commerce n »est jamais loin.
Sans compétition ni triche, ni dopage !
Des choix politiques
En ces périodes sombres et réactionnaires, je n’entends pas beaucoup les politiques parler du sport autrement qu’avec une approche démagogique, y compris à gauche.
Il y aurait pourtant à changer de logique :
On pourrait développer et soutenir les sports de coopération et les pratiques non compétitives.
Il faudrait en revenir à des valeurs comme :
- faire ensemble plutôt que contre
- transmettre plutôt que sélectionner (en pensant notamment au patrimoine d’activités sportives peu connues)
- habiter son corps et accorder des temps réguliers d’activités à l’école, dans la vie professionnelle
- refuser l’exploitation et la professionnalisation
- mêler les âges, les sexes, les niveaux en développant l’idée de « rencontres »
Avec ce type d’activités, nous pourrions développer de véritables réseaux sociaux « en vrai » créateurs de lien social. Ce serait bon pour la santé publique. Le sport permettrait aussi d’inclure et d’émanciper les unes et les autres. À ce tire, il aiderait chaque personne à mieux prendre sa place dans le paysage en valorisant le plaisir plutôt que l’exploit.
Ici et là, on voit parfois des initiatives locales. C’est peut-être par là qu’on pourrait changer les mentalités, comme avec les jardins partagés ou le fédiverse. On peut rêver !

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