La lettre du candidat


début de la lettre aux français de François Mitterrand 1988

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3–5 minutes

J’ai lu la lettre du candidat pour 2027. Enfin, du seul candidat actuellement clairement déclaré à gauche. Elle n’a me semble-t-il pas eu tellement d’écho. Si elle fait penser à celle reçue en 1988, le contexte est bien différent. Le contenu et l’approche aussi.

Lettre à tous les français

En 1988, François Mitterrand présenta de nouveau sa candidature. À cette époque je venais d’arriver à Bondy, en Seine Saint-Denis. Le Président, visage marqué par la maladie, comme fardé telle une momie, était venu inaugurer en novembre 1987 la bibliothèque Denis Diderot. Il avait évoqué le personnage et « la nécessaire intégration sociale et culturelle des immigrés en France ». En mars 1988, il annonça sa candidature. C’est là que je décidai de quitter le parti socialiste où je n’ai passé peut-être que trois ou quatre mois : la section locale du parti qui tenait la mairie, déployait l’essentiel de son énergie à contrer le parti communiste, c’était déjà agaçant. Il y avait beaucoup de monde aux réunions, de vieux militants. C’était une lourde machine de guerre mais sans débats réels. Je suis vite revenu à la raison.

La lettre de Mitterrand s’adressait à tous les français. Assez longue, bien écrite, pour moi peu convaincante. Je n’ai pas voté socialiste au premier tour.

La lettre au peuple de France

Melenchon

On trouve sur le site du candidat la lettre « au peuple de France ». Et c’est très étonnant. Voilà une formulation qui place le peuple face à son souverain. Ou qui veut essentialiser les électrices et les électeurs, non pas comme français, personnes considérées individuellement (un électeur, une voix) formant le corps électoral comme l’avait fait Mitterrand mais comme un tout, « le peuple« . Gênance et un peu contradictoire avec l’idée de sixième république.

« Mes chers compatriotes » est employé sans jamais aucun recours à l’écriture inclusive même si le candidat parle des femmes.

La photo que je ne montre pas ici, présente le candidat en costume faisant semblant d’écrire sur une table de verre, regardant vers la gauche, l’air sérieux.

On voit le drapeau national, pas celui de l’Europe et si l’on ne peut agrandir la photo pour mieux voir, on devine en bas à droite une statue africaine. Sur l’étagère assez laide, on devine un casque, une miniature de fusée (Ariane ?), une photo, quelques livres… On devine une photo d’un paysage de nature à droite…

Citoyen du Monde, puis de l’Europe avant d’être français il me manque le drapeau européen. la lettre n’a pas une seule ligne sur l’Europe !

Par sa formulation, elle se place déjà dans la position du second tour. Hum.

Un contenu convenu

Le contenu très « national », présente le bilan désastreux de la situation actuelle. Les orientations proposées sont très générales, ce qui peut s’entendre dans une telle lettre, mais éludent la question de la démarche pour parvenir aux objectifs annoncés, comme la problématique du morcellement idéologique du pays.

Un des paragraphes les plus problématiques à mes yeux de cette lettre est :

Construisons une société d’harmonie entre les humains et avec la nature. Deuxième territoire maritime du monde, première puissance spatiale européenne, actifs dans l’intelligence artificielle et pour la souveraineté dans le stockage de données numérisées : ayons l’ambition de projets aux frontières du possible. Avec la planification écologique, nous entrerons dans ce futur sans saccager

On est dans une approche paradoxale. Vouloir une « société d’harmonie » tout en revendiquant d’être dans la puissance, c’est à dire en se plaçant dans la compétition, c’est faire fonctionner de biens vieux logiciels mortifères.

C’est quoi « les frontières du possible » ?

L’idée de « planification » est pour moi problématique à l’heure où nous devons apprendre à réagir avec souplesse et agilité aux incertitudes d’un monde en perpétuelle mutation tout en protégeant les plus faibles. On sait où la planification à mené nombre de pays.

Ce n’est pas la lettre d’un extrémiste. Loin de là. C’est une lettre que je trouve triste. Je ne vois pas un jeune électeur qui ne serait pas militant enthousiasmé par sa lecture. En tout cas, à 18 ans ça ne m’aurait pas emporté et un peu plus âgé, je n’y vois pas beaucoup d’espoir.

Signatures

On ne va pas se livrer à de l’analyse graphologique. La signature apparemment simple de François Mitterrand cachait une personnalité complexe.

Celle du candidat Mélenchon est tout de même marquée par ces deux croix hautement « catholiques » qui ferment la signature de façon étonnante !


Oui bien sûr, on pourrait parler des autres. Le paysage politique est dévasté. On peut tout de même se demander ce que la gauche a fichu pendant ces dix ans. La droite a désormais dérivé, contaminée par l’extrême droite.

Actuellement, je ne me considère pas représenté à l’Assemblée. Je n’ai toujours pas de candidat pour lequel je pourrais voter avec conviction… J’ai toujours voté, j’ai toujours été trahi avec des degrés plus ou moins forts et je dois intégrer l’idée qu’il faudra faire des compromis dans une société qui s’y refuse. La lucidité veut que je ne me bercerai d’aucune illusion. Tout ça est mal parti !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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