Qui est le Rimbaud du 21ᵉ siècle ?


Rimbaud jeune

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2–3 minutes

Le film d’Arte

C’est en visionnant le très beau documentaire d’Arte, « Arthur Rimbaud, six mois en enfer » que la question m’est venue.

Le film raconte notamment comment Arthur Rimbaud a su depuis Charleville, trouver l’adresse de poètes dont Verlaine et leur écrire. Comment il a pu être accueilli et croiser les parnassiens.

Il raconte aussi comment le jeune homme avait en lui la conviction d’être poète… jusqu’à la brutale interruption de son écriture.

Un jeune poète d’aujourd’hui, comment ferait-il ?

Comment ferait une personne de quinze ou seize ans aujourd’hui ? Non seulement pour écrire, avoir la conscience de la force de sa poésie et trouver vers qui se tourner ?

Talents rentrés, talents cachés, talents perdus. Je ne doute pas qu’ils existent.

Si jusque dans les années cinquante on a vu des talents se regrouper, par exemple autour de Cadou, s’il est resté longtemps une tradition pas seulement parisienne, permettant à des chanteurs à textes, des poètes de se retrouver, il me semble que cela s’est étiolé… Les cercles s’ils existent encore sont resserrés…

Le poète qui passait au cabaret avec sa seule guitare, c’est terminé. Le garçon ou la fille qui envoyait ses vers à une revue et pouvait être publié·e, je ne sais comment il lui est possible à présent de trouver sa place…

L’Internet offre la possibilité d’écrire, de partager ses vers… Il s’en perd beaucoup dans les réseaux sociaux et les sites poétiques ou de poètes mêlent le pire au meilleur…

Où se réinvente la poésie aujourd’hui ?

À l’arrière plan, peut-on dire qu’un ou plusieurs mouvements poétiques existent aujourd’hui pour renouveler la poésie, l’emporter dans des formes inattendues, transformant l’art poétique ?

On pourrait dire de même avec la plupart des arts : la peinture, la musique… Question sempiternelle : tout a-t-il été inventé ?

Ce qui nous retient

Il y a peut-être quelque chose qui nous retient. Une peur de fin du Monde. Une incapacité à dépasser notre propre médiocrité, à être disruptifs avec nous mêmes, à chercher, à oser.

La soupe conformiste de la société mercantile a-t-elle gagné le combat ?

La publicité s’est-elle accaparé le champ poétique pour confisquer notre imaginaire à ses propres fins ?

La question taraude.

Je vois bien. J’écris des vers. Certains poèmes peuvent être plaisants, certaines trouvailles « agréables » ou « surprenantes »… mais je reste en dessous. En dessous des talents, en dessous de moi-même, en dessous de ce territoire de mots qui restent comme de l’autre côté de ma pensée.

Je suis peut-être en dessous de mes possibles, de la confiance, du risque.

On met encore des poètes en prison.

Mais je ne risque rien à écrire.

Je range mon orgueil

Mais il faut ranger son orgueil. Je reviens à la question. Où se cache le nouveau ou la nouvelle Rimbaud ?

Car c’est un crime de ne pas le voir ou de ne pas la voir.

Et c’est notre responsabilité individuelle et collective. Si Rimbaud ne se montre pas, il faut l’appeler, le ou la chercher, lui donner confiance, lui ouvrir nos maisons et l’aider.

Parce que c’est certain. Le ou la Rimbaud du 21ᵉ siècle attend dans l’ombre.

« Ma Bohême » chanté par Vincent Breton

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