On ne s’est pas passé le mot. Mes amis ou la plupart de mes proches envoient un SMS pour demander mon accord plutôt que d’appeler directement au téléphone. Je fais de même. Un appel non annoncé aurait tendance à être mal perçu ou inquiéter. Faites-vous comme nous ? Pratiquez-vous la demande de consentement préalable avant l’appel téléphonique ?
Saleté de sonnerie !
Aux débuts du téléphone à la fin du XIXᵉ siècle, on raconte que dans la haute bourgeoisie où se comptaient les premiers abonnés, on n’appréciait guère être dérangé par une sonnerie vulgaire. D’ailleurs même les visiteurs qui passaient à domicile déposaient une carte et ne se seraient pas permis de déranger. Il y avait du personnel pour jouer les interfaces.
Dans les bureaux plus tard, une des fonctions des secrétaires était de recevoir ou d’appeler en lieu et place de leur patron. L’appel hiérarchique faisait qu’on entendait d’abord la voix de sa secrétaire avant celle de l’inspecteur d’académie.
Dans ma famille, à la campagne, nous avons connu l’époque des standardistes par lesquelles on passait.
Plus tard à l’époque des combinés fixes sans affichage du numéro, ma grand-mère pratiquait le principe du « deux-coups je raccroche puis je rappelle » pour signaler que c’était elle qui appelait et établir une sorte de priorité formelle.
Le démarchage et les numéros inconnus
Fixe puis mobile ont connu (et connaissent encore malgré la loi) la dérive du démarchage téléphonique parfois vraiment pénible.
De petites applications d’ailleurs efficaces permettent de bloquer la plupart des démarcheurs ou de repérer ces numéros indésirables.
On peut interdire l’accès au téléphone à son ex ou à tout numéro inconnu de son répertoire.
Pouvez-vous me rappeler ?
Nous avons connu le temps des répondeurs. Certains attachés à la ligne fixe, sur haut-parleur, permettaient de filtrer. Cela donnait lieu à des moments un peu pénibles du style :
— Je sais que tu es là, réponds !
Et je passe les déclarations d’amour sur répondeur entendues à la cantonade.
Et parfois on était là. Il fallait se justifier de n’avoir pas répondu et mentir un peu.
Puis il y eut les boites vocales des smartphones, avec les répondeurs plus ou moins amusants et les messages laissés parfois longs, parfois à répétition : « vous avez eu 15 appels en absence ».
Quand j’étais cadre dans l’éducation, il fallait pouvoir être joint de jour comme de nuit. On nous avait même affecté un smartphone de fonction. Puis vint le temps où les supérieurs hiérarchiques apprirent eux-mêmes à envoyer des SMS. « Rappelez-moi dès que vous avez ce message » (dimanche 22 heures).
Un effet COVID
J’ai l’impression qu’avec l’épidémie de COVID nous avons évolué dans nos habitudes. Peut-être notamment au moment où avec le confinement, vie privée et professionnelle se sont entremêlées.
Objet de plus en plus personnel, le smartphone sorte de prothèse, est devenu attaché à chacune et chacun d’entre nous. Presque une partie de nous-même. Changer de smartphone est devenu un acte impliquant la personne.
Dépendant des notifications venues de toutes part, nous avons en même temps repositionné notre relation au temps entre disponibilité subie (je dois être disponible à tout appel) et disponibilité choisie (je répondrai quand j’aurai terminé mon travail ou ma visioconférence etc.).
Une nouvelle étiquette ?
Certains vont passer non par « la ligne téléphonique » mais l’application tierce. WhatsApp heureusement remplaçable par Signal permet même des pratiques de visio. Pour le coup, comme il est mieux de ne pas se trouver dans la salle de bains ou au fond de son lit, il est d’usage de demander avant.
Les réseaux sociaux, les messageries écrites ont pris de l’ampleur et les appels téléphoniques sont réservés à des échanges spécifiques comme la recherche d’un accord ou l’échange de nouvelles plus personnelles.
Du coup, si je veux prendre des nouvelles d’un ami sans le déranger, je lui envoie un SMS avant. Il arrive d’ailleurs que l’on soit « oublié·e » ou « silencié·é » (pratique du « ghosting »). Peu à peu, il va de soi qu’on n’appelle pas directement une personne mais qu’on s’assure avant de ne pas déranger.
C’est à la fois une demande légitime de consentement préalable, une élégance, mais également un usage qui peut introduire une forme de distance, de protocole voire de petit stress si justement on n’obtient pas d’écho.
Il faut en quelque sorte aujourd’hui négocier la possibilité d’un échange oral. Peut-être même pourrait-on distinguer trois niveaux : le message écrit, l’appel téléphonique, la visio.
Je vois des personnes qui pratiquent cette dernière jusqu’au supermarché, ce que je trouve assez dérangeant à titre personnel quand on se trouve en périphérie d’un tel appel. Mais les personnes qui répondent dans la rue en parlant fort peuvent engendrer des situations amusantes. Quand une question est posée à voix haute par une personne qui passe près de moi avec son smartphone, je m’amuse toujours à répondre…
Pour ce qui est de la pratique d’envoyer un SMS avant d’appeler pour demander l’autorisation de le faire, je me demandais s’il n’y avait que mon entourage et moi ou si c’était une pratique généralisée ? Une pratique de vieux ? De jeunes ?

Un mot en retour ?