À la recherche du flow pour le plaisir d’être ce que l’on fait


écrivain

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5–7 minutes

Rare moment collectif, la rentrée permet d’interroger la façon dont nous allons aborder nos activités dans un contexte aujourd’hui très instable. Il nous faut résister à bien des égards : résister à l’inquiétude, aux perturbateurs, à la dispersion, aux injonctions, tout ce qui vise à nous détourner de la création ou affaiblir nos capacités d’invention, notre autonomie, notre émancipation en réalité. Une des composantes de notre réussite personnelle consiste à pouvoir atteindre l’état de flow. Mais pas comme un outil au service de la « productivité », pour l’activité elle-même.


L’imagination au pouvoir

Si je sors ici le vieux slogan de mai 1968 dont même les publicitaires se sont emparés, c’est pour en rappeler l’actualité et la puissance. Il ne s’agit pas de s’arrêter à l’Utopie mais d’oser être dans l’action. C’est l’expérience formidable des artistes : le peintre est à sa toile, l’acteur en scène joue et s’incarne dans cette activité autotélique et il lui faut rester centré sur son jeu pour être convaincant. L’enfant qui joue est pleinement convaincu et engagé.

Si dans son geste professionnel, l’hôtesse de caisse peinera à trouver des espaces de créativité, c’est grâce à sa maitrise technique (ce qu’elle a pu apprendre pour développer des méthodes expertes) qu’elle libèrera du temps pour entrer en relation avec ses clients et créer un lien positif. Encore faut-il qu’on le lui permette en dépassant une vision figée de la productivité ou de la performance.

Le pouvoir a peur de l’imagination. Par nature il est conformiste et n’envisage pas qu’on puisse résoudre avec de nouvelles approches les problèmes qu’il a souvent engendré lui-même.

Apprendre dans la sécurité

Le principe de l’école, c’est de permettre d’apprendre sans risque, d’essayer, faire et refaire. Si l’autodidacte trouve souvent de belles pistes d’exploration, il peut se fourvoyer dans des approches empiriques. Apprendre, ce ne sera pas seulement mémoriser des règles qui ne feraient de nous que des exécutants mais comprendre, mesurer les effets d’une action. L’idéal est ensuite de pouvoir développer des méthodes expertes qui vont libérer la pensée pour imaginer de nouvelles pistes…

Le chercheur ne limite pas son action au but donné. Quand un chercheur a trouvé un vaccin efficace contre un virus, il pousse plus loin, transpose etc.

Quand un peintre a décidé que le tableau était terminé, il en créera un autre sauf exception… Il peut-être insatisfait de sa création. Il ne regrettera pas le fait de peindre.

Quand j’enseignais, je soumettais des problèmes parfois complexes aux élèves : ils n’en voyaient pas d’emblée la solution mais ils s’engageaient dans l’action parce qu’ils me faisaient confiance sur le fait qu’il y avait une solution au problème (sauf à provoquer la rencontre de problèmes sans solution mais alors on peut comprendre pourquoi). Le contrat tenait par la garantie de ma parole, ma capacité d’accompagner sans faire à la place, le fait aussi que les outils leurs étaient donnés pour trouver. Autrement dit, il y avait un équilibre entre le défi proposé et les connaissances ou l’expérience à disposition.

Pour nourrir ma créativité, améliorer mes compétences, j’ai besoin d’apprendre, de m’entrainer. J’ai besoin d’un certain nombre de conditions pour le faire.

Le plaisir de créer

Si toute création enseigne, le plaisir d’être dans l’action créatrice, c’est l’expérience des artistes. Ils peuvent transpirer, fournir des efforts, faire et refaire mais le plaisir est là.

Une idée simple suffit souvent à l’enfant qui joue. Quand il joue, il joue, il ne fait pas autre chose. Le temps peut se distordre, il peut oublier le monde autour, il ose être à son jeu.

Il touche alors au fameux état de flow. Il est dans le flux. Présent, concentré, il se fiche bien du regard des autres et c’est l’activité qui le conduit.

L’état de flow

Souvent récupéré par les club des coachs et autres experts en développement personnel, certains ne voient dans l’état de flow qua la possibilité d’accroitre la productivité… On peut mettre en place des conditions favorables à son émergence, limiter les distracteurs, les empêcheurs… on ne peut le déclencher comme on appuierait sur un interrupteur… Je peux me donner des rituels d’écriture (ils seront même nécessaires), ils ne suffiront pas en eux-mêmes. Cela « viendra » comme l’inspiration, parce que je serai disponible dans une relation équilibrée entre mes sensations, mes perceptions, la capacité d’agir sur un objet, de le modifier, d’en mesurer les effets… de reprendre, poursuivre, avancer…

Il arrivera que l’on fasse une découverte inattendue qui ouvrira peut-être de nouveaux horizons. Et si je faisais autrement ?

À l’école, la polyvalence des activités permet souvent de révéler à l’élève un domaine où il va se sentir particulièrement à l’aise pour s’exprimer. Tout enseignant a vécu ces moments exaltants d’une classe centrée soudainement sur une découverte, une activité créatrice, la résolution d’un problème… preuve que l’état de flow peut se partager collectivement. Les musiciens qui s’accordent ensemble connaissent ça. C’est plus que de l’écoute mutuelle, c’est une symbiose, l’art de se renforcer et de communiquer au delà des mots. C’est au passage ce qui fait la force du spectacle vivant surtout lorsque le public est pris à son tour, s’abandonne et se montre centré, oubliant le monde extérieur ou ses propres contraintes.

On voit beaucoup de vieux se retrouver une passion, se lancer dans un domaine… Tout au long de la vie, il peut-être intéressant de se ménager des moments qui favoriseront cette créativité, cette entrée dans l’état de flow. Faut-il encore oser le faire, s’affirmer pour le faire… et je pense par exemple aux femmes submergées par la charge mentale de contraintes domestiques. Ce qui veut dire qu’il faut militer pour un vrai partage des taches entre enfants et adultes…

Choisir d’être à ce que l’on fait

Peut-on d’ailleurs trouver l’état de flow en rangeant son linge ou balayant sa maison, en traitant des taches quotidiennes ?

Je pense en tout cas, qu’en étant présent aussi à chacune de ces taches, on peut mieux les traiter, développer des réponses ou inventer de nouvelles façons de faire. C’est sur que je si je m’énerve sur des saletés et veux faire vite, je serai déçu tant dans l’action que dans le résultat et au final moins disponible pour ce que j’aime faire vraiment.

Je parle souvent d’ergonomie, je crois que les réflexions autour de l’ergonomie, de l’allègement… contribuent à favoriser le flow.

Il faut créer les conditions de calme, de fluidité, d’hygiène de vie qui vont permettre de réserver du temps à nos créations.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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