À l’heure numérique, moi le geek de la tribu, adepte d’applications et de logiciels (libres), tenant un blog… on pourrait penser que je les aurais abandonnés. Mais non ! Le roi des carnets c’est moi ! Il y en a pour tout. Et je crois que nous avons passé la limite de la normalité…
Une manie ancienne
Je n’ai pas connu cette manie chez ma mère qui ne tenait qu’un journal intime, des cahiers de recettes, écrivait des poèmes parfois à la machine… mais pas de souvenir de carnet. Elle écrivait ses cours sur des copies de classeur, je crois…
Les feuilles volantes, les post-it, les listes, les tableaux noirs, les agendas papiers et numériques ont toujours été présents dans ma vie à des degrés divers. Enseignant, formateur, cadre… je devais planifier, programmer, prévoir.
Enfant, puis adolescent, j’ai toujours eu des carnets ou des cahiers pour écrire. Je trouvais ça amusant et sérieux à la fois. La tenue du cahier de textes au collège fut d’abord angoissante. Au lycée je gérais ça plutôt bien, avec des symboles, des rappels… C’est dans des cahiers et des carnets que j’écrivis mes premières pièces, mes poèmes, des chansons. J’ai préparé le bac avec de nombreuses fiches bristol et des petits classeurs. Plus tard, ce fut d’abord moins ordonné, le temps de m’adapter à mon nouveau métier.
Les instituteurs mettaient leur vie dans leur cahier journal. J’ai lu des cahiers journaux datant des débuts de l’école publique. Les maîtres y notaient tout : les leçons des élèves, les visites des parents, les jugements sur les élèves et leurs parents. J’en ai lu un où le mariage de la fille de l’instituteur était indiqué… Les inspecteurs y mettaient parfois leur paraphe.
Les cahiers journaux que je tenais renvoyaient à des leçons sur fiches. Cela s’est « modernisé » ou complexifié au fil de l’eau. Une colonne était réservée pour y noter les observations, ce que l’on devrait reprendre ou prolonger… Progressivement, le numérique s’est imposé, développant paradoxalement la part d’écrit. Lors de mes dernières inspections, les enseignants me tendaient une clé USB…
Nous avons été formatés à la pédagogie par objectifs. Inspecteurs, nous avions des tableaux de bord à concevoir et gérer. Nous devions renseigner foultitude d’indicateurs aussi superfétatoires les uns que les autres. Grâce au tableur nous en tirions des graphiques, des histogrammes en couleurs… Nous nous donnions des objectifs. On notait. La culture de l’évaluation nous acheva.
Au fil de ma vie, différents carnets et cahiers se sont glissés. Certains sont toujours présents. De nouveaux sont arrivés. Je vous en donne la liste plus bas.
Ferais-je partie des personnalités obsessionnelles compulsives, encore appelées « POC » ?
En effet : tant de carnets pour tout noter, prévoir, contrôler, vérifier. Ça peut-être un peu flippant si on regarde ça de l’extérieur.
Il faudra que je valdingue tout ça avant de mourir. Quelle idée aura-t-on de moi si on les trouve ?
Je n’ai pourtant pas peur de « perdre » et j’ai appris à m’alléger. Je ne suis pas adepte des « souvenirs » et possède peu de photos du passé (que je ne consulte jamais). Je me suis débarrassé de beaucoup de « traces » écrites d’autrefois et je ne note pas pour la postérité ou pour me constituer des archives… J’ai perdu pas mal de choses mais mon cerveau se souvient de l’essentiel.
Parfois je regrette de n’avoir pas tout noté quand je ne suis plus capable de dire à quelle date je vivais en tel lieu, quand j’ai rencontré telle personne… Je me souviens des livres de raison qu’on tenait autrefois : commerçants, fermiers, particuliers y notaient dépenses et événements…
Je serais plutôt dans la prévision, la régulation, la création, la notation d’idées ou de projets.
Les carnets m’aident aussi à structurer mon cerveau qui n’arrête pas de penser à flux continu. La tenue de cahiers séparés, comme de petites cases m’aide à me centrer, même si on le verra certains cahiers peuvent servir de « support » à d’autres carnets.
J’avais tenté de tenir un temps un Bullet Journal mais je trouvais cela paradoxalement enfermant ne souhaitant pas donner mon énergie sur l’outil et sa mise en page mais plutôt sur les choses à faire, à noter…
Quelques un des carnets que je tiens (parfois des cahiers)
- selon certaines lectures un peu importantes pour moi, des carnets de notation : je relève des idées clés, des citations ou des suggestions pour moi-même
- dans le même esprit je peux tenir des carnets où je synthétise des conférences, une formation…
On pourrait dire que ce sont des carnets pour apprendre, mémoriser, restituer ensuite…
- des carnets de poèmes : selon les époques, des carnets où j’ai écrit directement des textes ou parfois j’ai recopié des textes que j’avais pu écrire pour les corriger, parce que je les appréciais… J’ai fait cela souvent dans de « jolis carnets »
- un grand cahier des projets : cahier un peu général, avec parfois des schémas où j’écris les grands projets mais sans les détailler : on est plus sur la définition des besoins en fonction des valeurs, la réflexion sur les grands choix : une sorte d’auto-guide destiné à inspirer… ce serait un peu la profession de foi personnelle, le grand programme que je me propose
- un grand cahier de comptes : j’ai une jolie application bancaire, mais j’aime ne pas partir à l’aventure, réfléchir aux dépenses possibles, noter les dépenses contraintes et celles au fil de l’eau.
- un carnet de suivi de l’électricité : je suis prélevé chaque mois, alors je veux pouvoir lisser mes dépenses sur l’année. Je le fais en lien avec une application numérique. Ça me prend cinq minutes par mois.
- un carnet d’idées pour le site
- un carnet où je note des idées qui viennent relativement à des projets de textes, de chansons ou d’écrits longs…
- un carnet est devenu inutile et d’ailleurs il était dangereux. J’y notais… mes mots de passe ! Même s’il fallait le retrouver ! Aujourd’hui les dispositifs de sécurisation avec la double authentification font que le carnet n’est plus utile. De même j’ai pris l’habitude de changer de mot de passe régulièrement (et jamais le même). On perd un peu de temps mais c’est mieux.
- un carnet de courses et de menus : ça peut faire vieillot mais partir avec une liste fermée de courses, évite les dépenses hasardeuses. En réalité, je construis mes listes à partir de projets de menus. Ça m’allège l’esprit et je ne suis pas obligé de respecter les dates prévues… mais ça me fait une base si je manque de temps ou d’inspiration. Ça m’évite de laisser des produits se périmer…
- le petit cahier soins aux animaux, maison, jardin , auto: quand je vois un truc à faire (ça va de fenêtres à nettoyer, au désherbage d’une allée au changement d’une ampoule ou de pneus comme au vaccin du chien), je le note… Ça peut d’ailleurs se relier au carnet où je note les courses.
- les idées de sorties culturelles, concerts, cinés, spectacles, explorations de lieux sont notées également, surtout s’il faut réserver… J’y notes aussi les petites activités sportives que je souhaite faire sachant que je ne suis pas sportif, alors je me donne des projets qui me font plaisir s’il ne me vient pas l’idée de me lancer selon le feeling ou le temps qu’il fait !
Certains éléments sont reportés à l’agenda en fonction des rendez-vous ou des rappels nécessaires. J’utilise celui d’iInfomaniak et non la suite Google.
Je ne consulte ni ne remplis ces carnets chaque jour, mais je crois qu’ils m’allègent la pensée, me rassurent, me permettent de vérifier si je n’ai pas oublié un truc important. Ce n’est pas tant que je craigne de ne pas me souvenir, que la problématique d’un cerveau assez « créatif », « agité » en mouvement perpétuel.
Au passage, j’évite de tout programmer, je me laisse aussi guider par l’inspiration, l’improvisation. Un événement, la météo peuvent influencer mon activité.
Si j’ai des temps « ritualisés » pour certaines activités, j’aime me laisser porter par des « phases », des temps où je peux me centrer pleinement…
Et vous, tenez-vous comme moi de nombreux carnets ?

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