21 avril 2002

Publié le Catégorisé comme politique
Une Libération 21 avril 2002

Je me souviens que je remontais la rue Varlin où je venais de voter. Je crois qu’il faisait beau, pas loin de vingt degrés. Peut-être même étais-je allé faire un tour du côté du canal St-Martin ? Le téléphone sonna, j’avais donc déjà un portable. C’était Marie. Je ne sais pas comment elle avait su puisque les résultats n’étaient pas encore connus officiellement. « Jospin est éliminé. » Coup de massue. J’avais du mal à la croire. Je me suis arrêté sur le trottoir. Sous le choc.

Un pressentiment

Un pressentiment m’avait fait voter pour Lionel Jospin. Il n’était pas le pire, mais il manquait de charisme. Je ne me souviens même plus des autres candidats en lice. Déjà, depuis longtemps la gauche nous avait déçus. Je n’aurais pu me résoudre à l’abstention. Et qui m’aurait dit qu’il me faudrait après voter à droite ?

Manifester

Une Libération 21 avril 2002

Le lendemain déjà, puis le 1er mai, il fallait aller manifester. Impossible de rester chez soi à ruminer la tristesse. Libération avait fait sa Une avec la tête de Le Pen. J’ai longtemps gardé le journal. La jeunesse était dehors. Il fallait faire nombre, il fallait faire corps. Il fallait susciter le sursaut républicain.

Les rues étaient bondées, nous étions coudes à coudes. Même les amis les plus modérés étaient venus.

Être de gauche ?

Nous avions à cette occasion oublié les dissensions. La gauche n’a jamais vraiment été unie. Pour parvenir au pouvoir, elle a renoncé souvent à nombre d’ambitions sociales… Il y avait tout de même pour nous relier un humanisme sincère…

Mais les leçons depuis n’ont pas été tirées…

Aujourd’hui, « la gauche » est éparpillée façon puzzle et dépense toute son énergie à se saborder dans une guerre de petits chefs au lieu de renouer avec les citoyens, de proposer de nouvelles démarches et un projet qui ose parler de valeurs, qui ose construire sans seulement s’appuyer sur le ressentiment…

Jouant sur ce trouble, l’actuel Président a tenté de laisser croire qu’il proposerait une autre approche…

De l’illusion à la collusion

Partout dans le monde, le théâtre médiatique, le buzz, ont pris le dessus sur la rationalité, les idées, les valeurs…

Je ne vais pas refaire l’histoire. Tout le monde la connaît. Après que ne s’efface le temps des illusions, nous avons observé ce glissement progressif : d’abord cette adhésion sans surprise du pouvoir en place au pouvoir économique, puis cette collusion avec les thèses de l’adversaire supposé pour tenter de contrer son arrivée au pouvoir.

Aujourd’hui « le plus jeune premier ministre de France » se montre capable d’adopter les réflexes les plus archaïques et s’en prend à la jeunesse n’ayant que pour seul projet de lui couper les ailes pour la dompter.

C’est oublier que la véritable autorité naît de la légitimité obtenue par la capacité à susciter l’adhésion en mobilisant non pour faire porter des uniformes mais pour promouvoir des valeurs émancipatrices. C’est-à-dire pour que chacune et chacun puisse se sentir associé-e au projet collectif et non rejeté-e ou exclu-e.

Il y a une grande différence à hurler « laïcité » et brandir des interdits et à démontrer en soutenant une véritable politique publique d’éducation en quoi l’école peut permettre à chacune et chacun de s’émanciper de son destin en laissant la possibilité du libre choix.

Alors que le pouvoir en place se complaît à jouer les pères fouettards, la gauche dort et l’extrême droite attend.

De cette situation désespérante, certains pensent qu’ils pourraient tirer les marrons du feu en misant sur les désordres à venir et les autres a contrario en réclamant plus d’ordre encore. En 68, il y eut des progrès sociaux, mais le parti de l’ordre a gagné au final.

La venue au pouvoir du parti Lepéniste, ce ne serait pas seulement apporter un peu plus d’incompétence (si c’est possible) et de difficultés pour les plus faibles, ce serait probablement autoriser la horde raciste à s’exprimer de façon plus virulente et violente encore, accroissant les tensions et la violence.

Ne pas avoir d’illusions peut éviter la déception… mais renoncer à un projet constructif, associant clairement chacune et chacun, peu importe sa couleur, son origine ou ses orientations dans une démarche d’émancipation… c’est manquer de courage et d’imagination.

Et pour l’instant la classe politique dans son ensemble n’a toujours pas changé de siècle.

Vincent Breton

Par Vincent Breton

Vincent Breton auteur ou écriveur de ce blogue, a exercé différentes fonctions au sein de l'école publique française. Il publie également de la fiction, de la poésie ou partage même des chansons !

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