Et si la vérité était ailleurs ?


Gull

·

4–5 minutes

Je lis, j’écoute, je regarde. Comme à chaque fois des « responsables politiques » viennent nous asséner leurs certitudes. Je pourrais me fermer les yeux, éteindre, couper le flux d’informations et de commentaires. J’en ai souvent l’envie. Nous sommes priés de nous positionner. Les contradictions peuvent pourtant vite nous piéger. En réalité, nous ne problématisons plus, nous ne pensons pas valeurs, nous occultons les conséquences de nos actes, nous n’acceptons pas le dilemme. Il faudrait grandir un peu.

Une affaire d’autoroute

Exemple terrible d’une merdification dont nous ne sortirons pas indemnes, surtout la nature, dans tous les cas.

Les autoroutes, je les évite. J’aimerais que les départementales soient mieux entretenues. Alors, ce projet en Occitanie, j’y trouvais à la base plus d’inconvénients que d’intérêt, plus de dangers que de retours positifs…

Mais la question de l’enclavement de certains territoires n’est tout de même pas idiote.

Mais celle de la préservation de l’environnement primordiale.

L’équation est-elle impossible ?

La bêtise : ces travaux lancés, l’argent public dépensé… Le tribunal parle. On stoppe tout. Les uns crient « victoire ! », les autres veulent reprendre, demander un sursis.

Des zones entières ont déjà été touchées par les travaux, si ceux-ci sont interrompus, il faudra dépenser beaucoup pour réparer et de nombreux emplois seront directement menacés.

Dans tous les cas, les dégâts seront considérables.

Au lieu de s’en remettre à des décisions du tribunal, chacun se crispe, campe sur ses positions et personne ne propose de négociation, de discussion, de remodeler un projet, une autre voie peut-être.

Que cela serve de leçon pour les projets futurs ? Rien n’est moins certain. Les enjeux économiques sont énormes.

Ce qui est certain, c’est qu’on ne pourra pas prendre de gomme, tout effacer et remettre les paysages dans l’état où ils se trouvaient. Cette incapacité à prendre en compte le réel entre ceux qui veulent mener le projet à son terme et ceux qui veulent le stopper illustre notre connerie collective.

La guerre

Un président avec lequel je n’ai pas toujours été d’accord, disait : « le nationalisme c’est la guerre ».

Avec l’Ukraine, nous voilà pris au piège entre ceux qui voudraient minimiser les intentions du dictateur russe et ceux qui voudraient profiter de la situation pour nous faire basculer dans une économie de guerre. Cette dernière logique permettrait d’occulter probablement les urgences climatiques et sociales.

Il est bien facile de penser à la place des peuples concernés. J’entends si peu parler des victimes. En réalité, il y a eu très peu de reportages ou de films de fond nous présentant l’Ukraine ou la Russie d’aujourd’hui.

Hier, j’entendais une journaliste qui dans un souci « pédagogique » attribuait à tel ou tel parti des opinions ou des prises de position en les schématisant outrageusement jusqu’à les trahir parfois.

La vérité, c’est que personne n’est « neutre » dans cette affaire, pour tout un tas de raisons.

Nous recevons un flux d’informations, mais en réalité nous sommes mal informés.

Sur ces affaires, les citoyens ne seront jamais consultés. Le scénario s’écrit à notre insu.

Les faits sont rarement étayés. Les intentions difficiles à décrypter. Les ambiguïtés, les compromissions sont présentes partout… mais c’est avec cette réalité complexe qu’il nous faut composer, nous ajuster.

Comme le sujet repose sur la peur, est anxiogène, il est encore plus difficile d’avoir des débats sereins et lucides. Nous pourrions dire la même chose à propos d’autres guerres, sans compter les guerres dont personne ne parle.

Là aussi, comme pour l’autoroute inutile mais partiellement construite, nous devons agir sur un réel dont aucune solution n’effacera les dommages causés… L’espoir d’une réparation par la punition des coupables reste mince et occulte la reconstruction nécessaire.

Prendre en compte la complexité

Au lieu de continuer à nous disputer comme des chiffonniers, le premier courage serait d’admettre que c’est complexe, de ne pas venir avec des plans binaires mais de penser en termes de « cheminement »… sans pour autant céder sur le principe du droit des peuples à l’autodétermination.

Quand j’étais petit, je rêvais (croyais) qu’une armée supranationale (les casques bleus) pourrait intervenir et s’interposer à chaque fois que nécessaire. Les techniques de guerre ont évolué et c’est un peu plus difficile.

Il y a des salauds. Et certains sont bien complaisants avec. Mais avant de montrer les dents, il faudrait réaffirmer et mieux définir les valeurs, ce qu’on entend par respect des peuples et de la liberté individuelle.

Il ne faut ni naïveté, ni cynisme.

Ce que nous avons à résoudre aujourd’hui n’est que la conséquence de notre impéritie collective d’hier. Les philosophes, les intellectuels, les mouvements de pensée, les artistes sont restés aux abonnés absents. Le consommateur a avalé le citoyen. Il ne sert cependant à rien de nous conspuer ou nous dénigrer les uns les autres. C’est être en dessous du sujet.

Il y a une nécessité de hauteur de vue et de capacité à assumer le réel qui s’impose à nous.

Sinon, comme souvent, il faudra reconstruire sur un champ de ruines. Mais qui sera encore là pour le faire ?

Ce n’est pas seulement affaire de nuances mais de démarche…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


VOUS POURRIEZ AIMER AUSSI

dernières publications

Les commentaires

Commentez, ou publiez une réponse sur votre blog (avec un lien vers cet article) ou sur le Fediverse (Mastodon, etc.) : elle apparaîtra ici.

Un mot en retour ?

Vous souhaitez citer cet article sur votre site ? Indiquez simplement votre lien ici.