Les premiers froids favorisent les désirs d’hibernation. Habitudes et réflexes viennent facilement envahir notre vie. En apparence sécurisants, ils peuvent être ces pièges insidieux qui nous empêchent de nous réaliser. Les imprévus qui ne manqueront jamais peuvent imposer leur dictature. Si l’incertitude est le décor du théâtre, nous pouvons mettre en scène notre vie, en modifier le scénario, choisir plutôt que subir. Une envie de faire le point ? C’est s’accorder du temps pour avoir une conversation avec soi sans céder à l’emprise du temps qui passe…Et me voici en auto-colloque ou en auto-séminaire !
Interroger les habitudes et penser les projets
On peut le faire à tous les âges, avec des colorations et des orientations différentes. C’est une façon de transformer l’insatisfaction en action. À titre personnel cela m’a mis en mouvement à différentes étapes de la vie, m’a permis de me dépasser (sortir de la fameuse zone de confort) sans pour autant m’inscrire dans une logique de compétition.
Jeune adolescent ce fut la découverte du théâtre qui me sauva la vie, jeune adulte devenir enseignant, quitter la Haute-Provence pour Paris, rencontrer des personnes décisives, changer de fonction ou de métier. Vivre à la ville ou à la campagne, dans des contextes et des régions différentes, m’a beaucoup enseigné. J’ai tout autant appris des enfants du quartier d’Auteuil que de ceux de la rue de Tanger.
Je n’ai jamais été motivé par la compétition surtout avec autrui mais par le plaisir d’explorer de nouveaux possibles. Plaisir d’apprendre, d’enrichir son expérience et d’améliorer sa compréhension…
Autodidacte avec les risques de l’empirisme, je pense avoir été guidé par des valeurs comme le goût de la liberté (d’agir, de penser), le respect, la solidarité. Mon éducation m’a sensibilisé très tôt aux injustices mais m’a rendu prudent avec « l’esprit de chapelle » ou « partisan ».
Quand on n’a plus d’obligation professionnelle, il s’agit de choisir plus avant encore son rôle. Le terme de « retraité » ne me convient pas dans le sens où il s’inscrit dans l’idée de « retrait ». Non, on prend une autre place. Mais c’est vrai, j’ai cette chance aujourd’hui de ne pas être dépendant d’un agenda…
Ce qui est amusant, c’est que je me lance dans un temps de « séminaire » consultant différentes ressources, avec mes bouquins… Je me souviens des séminaires que mon administration imposait avec des intentions plus ou moins honnêtes…
Se projeter ?
Une des difficultés est de s’imaginer à moyen ou long terme. Le corps en vieillissant envoie des messages contradictoires à ceux de l’esprit. Il faut le dompter amicalement pour ne pas laisser la décrépitude imposer son emprise.
Il y a quelques axes qui peuvent aider.
a) ceux induits par ma définition d’une journée réussie
- apprendre, créer, partager, prendre soin…
b) la définition plus fine mais souple de projets d’exploration et de création
- l’exploration est liée à « l’apprentissage » mais induit une idée de mouvement
- la création peut se décliner en petits projets courts et en projets plus ou moins longs qui vont demander de la centration
Selon Jean Rivière : « Ta méthode d’organisation idéale, c’est un mélange entre routine et spontanéité « . Vous pourrez aller regarder ses vidéos, elles sont souvent intéressantes.
« Une bonne idée pour appliquer cette méthode, me dit encore Jean Rivière, c’est de séparer la création de l’exploration. »
c) savoir prendre soin
Savoir prendre soin de soi ou des autres est le versant le plus sensible. J’ai souvent négligé de prendre soin de moi par le passé pour prendre soin des autres. Donner au risque de se mettre en danger n’est pas pertinent. Notre société individualiste entretient toutefois une forme de paradoxe en tendant à nous faire culpabiliser si nous ne répondons pas à nos « obligations ».
Agir par choix plutôt que par devoir suppose de savoir avoir le courage de ne pas être aimé ou en tout cas de ne pas agir pour rechercher la reconnaissance d’autrui (important à l’heure où les réseaux sociaux sont omniprésents…
Bon ou pas bon ?
Face à une activité, la question n’est pas de chercher à faire quelque chose d’utile en soi mais de savoir si cela va être bon, faire du bien (à moi, aux autres) à la fois sur plan physique, moral, émotionnel…
Est-ce que ce que je fais est cohérent avec ce que je recherche, mes valeurs ? Est-ce que ça me permet de mieux apprendre et de mieux créer ou est-ce que cela crée des obstacles ?
Je pense qu’on peut alors croiser ce que l’on fait avec le lieu ou l’espace (ergonomie) et le moment où on le fait…
Les petits pièges du temps
J’ai beau vivre à la campagne, je peux vite être « happé » par le scroll sur les réseaux sociaux ou par une chaine d’info quand l’actualité vient attirer mon attention·
Plus que les personnes qui s’expriment en tant que telles, c’est l’espèce de boucle toxique qui peut venir nous happer qui est à la fois malsaine car elle nous mange l’énergie en suscitant trop d’émotions et chronophage car le but de ces médias est de nous retenir.
Je me suis rendu compte récemment que je regardais une plateforme célèbre de diffusion de films, car « quand même », je voulais rentabiliser mon abonnement. Un peu comme s’il fallait se gaver à tout prix. Puis j’ai réalisé que c’était idiot… De toute façon la télévision m’endort…
J’ai réalisé aussi que je regardais une émission « parce que c’était l’heure » et non en fonction des sujets abordés. Ça peut sembler ouvrir l’esprit, mais en réalité, l’apport réel reste très faible.
Au fond, il faut manger pour le plaisir mais surtout manger quand on a faim, de bonnes choses qui vous nourissent sans vous faire du gras inutile.
Dans ce fil, je vois aussi même si j’ai repris un peu d’activité physique, que je peux vite me trouver des excuses… c’est pourtant décisif pour être plus serein, plus en forme…
Les imprévus
Dans mes anciens métiers, la planification de l’activité, parfois à outrance était une habitude. Dans mon dernier métier cependant, je remarquais souvent que je devais « commencer par tout ce que je n’avais pas prévu » tant la gestion de crise dominait.
Un simple report de rendez-vous, une livraison repoussée, peuvent me perturber. Il en va de même avec un problème technique. Je dois apprendre à progresser vis à vis des imprévus en mêlant anticipation et souplesse.
La question sous-jacente est au fond : « grave ? ou pas grave ? «
Interroger l’espace et les objets
Le changement récent de maison m’a permis d’interroger l’organisation de l’espace et de la faire évoluer pas seulement d’un point de vue esthétique mais aussi ergonomique…
Je vois bien qu’au fil de ces premiers mois, il faut refaire un point. Il y a des objets qui étaient inutiles et le resteront. Ils ne sont ni beaux, ni nécessaires et tendent à encombrer.
D’une certaine façon il faut « revisiter » les lieux, voir si certaines choses doivent rester ou pas…
Cohérence poétique
quand je parle de cohérence poétique, l’idée est de pouvoir intégrer le prosaïque dans le poétique en veillant à vivre pleinement le moment présent.
Faire les courses peut être une corvée pénible, mais peut devenir « poétique » dès lors que je fais attention à mes choix d’achats, aux personnes que je croise, à ce qu’il se passe sur le trajet…
Après tout, même la séance pénible chez le dentiste, peut permettre de se relier aux sensations, voire d’apprendre à lâcher prise pour ne pas souffrir. Bien sûr le mal de dent post-opératoire n’est pas le plus drôle, mais on peut l’aborder en se crispant et avoir plus mal encore ou le vivre de l’intérieur d’une certaine façon en cherchant ses propres ressources d’apaisement. J’ai souvent été étonné de la capacité de trouver dans une pensée, une image, une musique, de quoi aller mieux…
La cohérence poétique c’est une forme de disponibilité, de capacité à se relier sans fard au présent, d’accepter d’être soi, dans sa différence, sa singularité et se montrer capable de « prendre sa place dans le paysage ».
Suite des réflexions demain, vers le repérage explicite de leviers…
Un mot en retour ?