Quel fut ce rêve qui te brouilla les idées tout au long de la journée ? Ce rêve que tu as tenu sans savoir à quoi ça te menait. Quelque chose en tout cas du cri impossible ou du passage insupportable vers ce que tu ne veux pas nommer.
Le texte : « Un rêve »
Le sarrau de mon désarroi
S’agrippe aux griffes des détails
Je suis resté dans l’herbe froide
Le doigt dans la maille défaite de mes rêves
La nuit sourde et humide m’ensanglante
Novembre des marécages et des cadavres d’oiseaux
Novembre sans bouche
Cette femme qui crie
Cette femme qui m’enfante
Entre la tourbe et l’eau
Je saccage ma mémoire pour une clé de fer
Mon front hurle sans bruit
Dehors, dans la nuit
Une à une les étoiles se sont éteintes
Méthodiquement
Le froid humide m’étreint les cuisses
La paroi de mon ventre s’assèche
Je n’ai plus que la peau rêche
Des vieux soldats amers
Une barque trouée ne traversera pas le fleuve
Pas de lampe, pas de mains, pas de signes
La brume
Tout m’étrangle
Au loin les voitures aveugles courent comme des mouches sur le grand pont de fer
Je cherche une feuille où tenir mes mots
Pas de carnet dans mes poches trouées
Ailleurs, on entend par les grands haut parleurs
Hurler le tribun par-delà les rues vides
Aucun peuple n’écoute plus depuis longtemps l’atrabilaire livide
Dans la prison les gardiens se saoulent méthodiquement
Un enfant serre son chien sur les marches de l’église
Il a froid
Tout est clos
La ville
La parole
La nuit
Et la mélancolie me ramène par les quais
J’aurai encore les pieds boueux ce soir
Je rentre
Je n’ai plus de feu

Un mot en retour ?