Voilà une série américaine qui date déjà un peu. Des histoires de famille plus ou moins énervées, on en connaît plus d’une et depuis longtemps dans le répertoire américain. Trouvée par hasard un soir de fatigue, je découvre une petite pépite beaucoup plus subversive et corrosive qu’on pourrait ne l’imaginer au premier regard.
Les gens de la moyenne
Ils vivent dans l’Indiana dans une maison dont le toit fuit. Ils ne sont pas dans la misère mais les fins de mois sont difficiles. Famille américaine à l’apparence classique, les personnages qui pourraient être assignés aux stéréotypes habituels, les transcendent pour leur donner une épaisseur réelle. Voilà qu’avec leurs défauts ils deviennent attachants et révèlent sans ambage les limites du rêve américain.
La mère
Si elle ne s’émancipe pas vraiment de son destin, comment ne pas voir qu’elle porte la charge mentale de sa famille ? Pourtant elle n’hésite pas à pointer ce qui coince. Femme qui travaille, qui doit tout gérer y compris les vieux de la famille. Elle joue entre engagement résolu pour ses enfants, urgences qui s’imposent dans le quotidien, énergie et lâcher prise. Elle fait ce qu’elle peut mais elle relie les siens tout en s’autorisant à être elle-même.
Les autres
Les grands parents sont vus avec une jolie cruauté dans leur vacuité sans nom. Qui n’a pas eu de vieille tante gâteuse dans sa famille ? Là, pas de pitié.
Il y a l’enfant « différent » qui conjugue sa précocité avec des troubles de la communication, les ados avec la fille qui déploie un optimisme renversant, un aîné qui n’aime guère se laver mais va se mettre à l’aspirateur pour rompre son ennui.
Le mari, désabusé, qui aime les siens sans savoir comment, qui n’assure pas toujours mais rêve de paix.
Et puis une foultitude de rôles secondaires entre les instits qui ont largement dépassé l’âge de la retraite, des voisins moins pénibles qu’on ne l’imaginerait, les amoureux de la puînée qui n’a pas compris que le premier n’était pas si hétérosexuel que ça et tous les rites américains autour du drapeau ou du sport…
Là où la série réussit, c’est qu’elle permet à chaque personnage d’être sur la frange, « border line », juste pour pointer les défauts de la société américaine : tout va y passer, du système de santé à la pression de la religion, des traditions et de l’expérience de l’amour, du rôle éducatif des parents à la place que les enfants vont tenter de gagner…
Des conclusions pas moralisantes
On aurait pu sombrer dans la petite morale conformiste assénée à la fin de chaque épisode, on a droit au contraire à un regard décalé. On est touché de voir cette famille sans fric bien loin de celle de la Petite Maison dans la Prairie fort conformiste, avec des valeurs construites en actes, la solidarité, les liens qui se construisent et se développent non seulement en dépassant les défauts mais à partir des défauts de chacune et chacun.
Ce n’est pas une étude sociologique, mais il y a de la psychologie en action, une capacité à mettre en avant les liens. On peut se laisser prendre et trouver cette famille attachante. J’ai bien aimé cette jolie surprise, je pense que je vais en regarder encore quelques épisodes.
Voir présentation sur Sens critique / disponible sur les plateformes

Un mot en retour ?