Un film discret et touchant : le Jarmush au lion d’or, nous parle de la famille avec le mélange d’humour et de distance qu’il fallait pour que d’une façon ou d’une autre nous nous sentions touchés et concernés. Father, Mother, Sister, Brother nous emporte dans sa petite bulle d’élégance et de grâce.
Actuel et d’antan
Actuel car relié à notre monde, le film garde des séquelles du COVID, nous pointe avec nos objets connectés ou nos voitures. D’antan car j’y ai retrouvé ce petit parfum de ces films décalés un rien subversifs, doux amers, qu’on nous offrait encore au début des années quatre-vingts.
Jarmush joue un peu de clins d’œils, d’allusions… mais ce n’est pas tant pour tirer le fil entre les trois histoires qu’il nous donne que pour nous relier, nous embarquer avec nos propres réminiscences. Film miroir, on se voit dedans.
Il se passe quoi quand les enfants se sont envolés ? Les liens distendus, et c’est peut-être mieux comme ça. Les vies dont il faut afficher les réussites ou les espoirs. Mentir un peu.
Chacune, chacun se reconnaîtra, ou reconnaîtra un proche, ou la mère, ou le père et ces parents qui ne sont plus.
Comment s’aime encore une fratrie orpheline ou séparée par la vie ?
Liens déliés et parents roublards
Que faire de ses parents quand on grandit ? Et réciproquement. Est-ce que ça s’aime encore et trouve des choses à se dire par dessus le passé ? Pas si aisé.
Les frères et sœurs, que font-ils de tout ça ? Les souvenirs sont encombrants aussi.
On se visite : rituel, obligation. Verre d’eau ou tasse de thé ? Pour l’oncle Bob, vous comprendrez. On ne va pas déflorer le sujet.
Les retrouvailles nimbées de gêne. Les enfants devenus adultes pas complètement émancipés lorsqu’ils retrouvent leurs géniteurs. Ces derniers ayant peut-être des choses à cacher. Mais Jarmush nous fait la gentillesse de montrer sans méchanceté ni jugement. Il nous laisse aussi entre les trois histoires avec nos petites questions. Ce qu’on n’élucide jamais de destins disjoints : enfants partis, parents vivant autre chose… Qu’est devenue l’histoire commune ?
Perdus dans Paris
La troisième histoire nous conduit dans Paris et j’ai retrouvé mon quartier mais notre cinéaste fait tourner ses voitures sans cohérence géographique pour qui connaît les lieux. Peu importe, ce n’est pas ça. C’est une histoire de fil, de labyrinthe, de lieu que l’on retrouve ou que l’on perd…
Revenir dans un appartement vide de meubles mais respirant encore toute son histoire, un lieu où l’on a vécu est l’un de mes rêves récurrents.
Et le film a ce joli talent : il sait s’éviter les démonstrations trop explicites tout en nous capturant par la justesse de dialogues, de regards, de silences. C’est assez intense pour qu’on ne sente pas le temps passer. Assez léger et délicat pour effleurer et viser juste sans blesser ou heurter.
Voyez, il ne faut pas trop en dire. Juste que vous pouvez aller voir le film et que c’était un joli moment, pas si fréquent au cinéma.


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