Si tu demandes à une personne si elle est heureuse


Emotions

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2–3 minutes

J’ai déjà entendu cette question. Peut-être l’avez-vous posée sans mauvaise intention ? Pourtant, outre le risque engendré par l’asymétrie du dévoilement de soi, il y a l’ascendant et le déséquilibre alors engendré par ce surplomb.

Alors heureuse ?

On le voit ce macho de cinéma. L’homme sûr de ses performances qui vient vérifier avoir comblé sa maîtresse.

En général, il s’est contenté de satisfaire son propre désir.

Plus soft, mais pas si claire, est la question : « Alors, heureux ou heureuse avec moi ? « 

Si tu demandes, tu dois dire aussi

Imaginons qu’il ne s’agisse pas d’estimer la qualité de la relation entre deux personnes, si l’une demande à l’autre si elle est heureuse, il me semble que le préalable absolu consiste à dire d’abord si on l’est ou pas. Si possible en définissant un peu les choses.

Si la question vient juste comme une évaluation, un diagnostic, un peu comme pour engager l’autre à « faire le point », alors ce n’est ni acceptable, ni équilibré.

D’ailleurs, pourquoi poser cette question ?

Car soit on est en demande pour soi-même et alors, c’est un peu avancer masqué, soit on cherche la faille en jouant les psy de comptoir et alors c’est risqué.

Risqué surtout si l’on se trouve confronté·e à une réponse qui dira que non, une réponse dont l’aveu s’il est juste déposé là sera embarrassant.

On a posé la question par politesse, on se retrouve face l’expression d’un échec, d’un désarroi…

Heureux ou heureuse quand ça ?

Est-on globalement heureuse ou heureux ? Mille facteurs peuvent jouer : avec qui, où, à quel moment. Et ce genre d’état est fragile.

Le « ça va ? » est déjà intrusif et s’inquiète à la base de savoir si la personne bénéficie d’un bon transit.

Si je dis « oui, je suis heureux », cela suffit-il ou appelle-t-il des justifications, un compte rendu ?

Être en attention délicate

Si poser la question doit être porté par une intention (positive), le droit premier est de ne pas répondre, pas si vite et surtout de ne jamais avoir à se justifier.

Le sujet est subjectif, prête à discussion et l’injonction au bonheur délétère.

Plus que la question, c’est affaire d’attention à l’autre dans l’intimité qui va compter. Plus que de vouloir savoir si l’autre est heureuse ou heureux, ce qui me paraît important c’est de contribuer à ce bonheur avec délicatesse, par le partage.

« Qu’est ce qui te ferait plaisir ? « 

Ou, l’expression du bonheur avec l’autre qui ne cacherait pas le cas échéant un sentiment, une sensation, une attention à l’état de l’autre, si possible exprimée avec délicatesse, presque discrétion, dans l’intimité libérée de tout jugement.

« J’ai été heureux de te voir, ça m’a fait du bien de te voir. » Et toujours cet équilibre subtil que seule l’amitié autorise sans exigence. « Donne moi de tes nouvelles ».

Parce qu’au fond, si on connaît la personne, on n’a aucun besoin de poser la question. Et si on ne la connaît pas. Ça ne nous regarde pas, sauf encore une fois à faire preuve d’écoute ou de disponibilité…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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