Se promener le soir à vélo, cela faisait un moment que ce n’était plus possible. Si souvent je franchis la frontière pour remonter le Lot, ce soir, je suis resté sur ma commune et vous offre la vue du Lot depuis le département de l’Aveyron. En Occitanie, vous le savez qu’on aime les rivières.
La D146
Quand je vais à Villefranche de Rouergue en auto, j’ai pour habitude de partir par la D24 et de redescendre par la D146. Mais je pourrais prendre d’autres routes encore, il n’en manque pas.
Soyons honnêtes, en vélo, comme le mien est mécanique et que je n’ai pas de muscles, je ne peux pédaler que dans la vallée. Je ne sais pas si avec une assistance électrique j’irais bien loin tant les pentes sont rudes. Parfois, d’impudents vieillards me dépassent à vive allure, je n’entends que le roulement de leurs gros pneus sur le goudron fondu et le claquement répétitif de leur dentier. Il arrive qu’une vieille ricane en me doublant.
Je ne vais pas loin. Voie verte d’un côté, rues des villages… enfin pour le mien, je ne risque pas de grimper au château.
J’aime refaire du vélo. Mais je me désespère de n’avoir ni souffle, ni jambes. Gamin, j’étais bien plus alerte. J’ai certes fait un peu de vélo dans Paris, mais rien de très extraordinaire. Je lis parfois avec une légère jalousie, les exploits de personnes plus âgées que moi qui annoncent faire 300 kilomètres comme moi j’en ferais au mieux trente.
Le chemin pour rentrer à la maison que le voisin grimpe en danseuse, je ne peux le faire qu’à pied. Mais mes petits mollets travaillent, je le sens sur la route. Ajoutons que je ne sais pas passer les vitesses du vélo à bon escient et que j’angoisse quand j’entends le dérailleur chercher la bonne place pour la chaîne. Alors, je ne change guère de vitesse.
Ce soit, j’ai donc pris la D146 comme ça celles et ceux qui m’ont vu passer ont pu croire que j’étais courageux, pour monter jusqu’à cette boucle au pied de la falaise. Un peu plus bas, une pancarte alerte du danger.
Douce vallée

C’est une sorte de bout du monde. En partant j’ai croisé un paysan jaugeant méditatif une pousse malingre de maïs. Ils ont beau avoir arrosé avec l’eau tirée de la rivière, la canicule a fait des ravages.
Le paysage a repris un peu de verdeur après la pluie. Je suis resté un moment à tenter de déchiffrer le paysage, côté falaise, côté vallée. Quand tu regardes vers le causse, tu pressens le mystère.
Hier, j’ai croisé un jeune chevreuil, presque gauche, surpris sur cette même route cette fois par mon auto. Il faut rouler prudemment. À vélo, ils doivent m’entendre souffler de loin les chevreuils.
C’est mon luxe.
Je ne possède rien ou presque. Ce vélo, une vieille auto, quelques livres. Mais mon luxe ce sont ces paysages, cette douceur et cette beauté qu’ils offrent. J’y puise consolation, enthousiasme, rêveries et même des bouts de chansons.
Peut-être bien ce soir ai-je oublié un moment la canicule, les guerres, l’extrême chose, pris comme j’étais par la beauté des lieux. Je vous souhaite d’avoir un paysage à aimer et qui vous aime en retour.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Comme disait l’intimidant Charles.

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