Aucune envie de banaliser ce moment. Je regarde la colline en face, ce causse que j’ai appris à aimer et pour lequel j’ai peur. Pas de feu d’artifice ce soir. C’est du bon sens. Je ressens le besoin de marcher, il fait encore trop chaud.
L’étrange carte
L’Aveyron en rouge est entouré de vert, de jaune, d’orange et de rouge. En cas de difficultés, le département aussi vaste que pauvre, serait bien démuni. J’ai montré comment la terre du jardin se fendille. Le Lot est là, proche mais d’autres ruisseaux et rivières souffrent.
Depuis deux ou trois jours, on entend à peine les oiseaux. Je n’entends pas non plus les chevreuils, et pas plus les chiens du voisin qui habituellement se manifestent. Seule la chatte entre et sort, miaule, proteste, réclame de la tendresse et fuit toute tentative de rafraîchissement.
Mais en les regardant, on se demande ce qui préside à l’élaboration de ces cartes. Ce ne sont pas qu’affaires de degrés en trop.
Feu d’artifice

Petits enfants, la retraite aux flambeaux semble maintenue. Mais sans le feu d’Artifice, ça risque d’être peu amusant. J’espère qu’on ne mettra pas de bougies dans les lampions. Hésitations puis décision d’aller me promener ailleurs sauf… sauf que la voiture ne démarre pas. Demain j’appellerai Maif Assistance, mais on va être sympa et attendre le 15 pour la venue du dépanneur. Il semble que la batterie n’ait pas supporté la dernière montée de la température.
À près de 22h30, la maison restée fermée et dans l’ombre toute la journée accuse encore plus de trente degrés. C’est cela qui fatigue le quidam.
Les insectes dansent attirés par les ampoules où certains se suicident.
La chatte est rentrée avec un miaulement d’insatisfaction.
Que dira-t-on de cette époque dans dix ou vingt ans ?
Cet été 2026 sera-t-il noté dans les livres d’Histoire comme le moment où les français prenant enfin conscience de la situation se mobilisèrent pour que des changements drastiques soient mis en place dans le pays ?
Adolescent, puis même adulte, je n’imaginais pas que les choses tourneraient ainsi. Je ne me projetais pas naïvement, sans inquiétude, mais je pensais pas que nous attendrions le pire pour être certains d’avoir besoin d’agir.
Je note ça dans ce journal pour dans un an, voir où nous en serons. Mais, est-ce que je tiendrai encore ce journal dans un an ?
Ce soir, j’aurais bien regardé un beau feu d’artifice se reflétant dans le Lot, avec de belles exclamations de joie des mômes, avec les petits vieux ébahis sur leurs pliants, les jeunes riant bêtement, les chiots se réfugiant dans les bras de leurs maîtres et maîtresses. J’aurais bien pris un petit morceau d’insouciance comme on rajoute un morceau de sucre, comme ça, pour la route.
La nuit noire est tombée et je suis juste triste.

Un mot en retour ?