Protéger pour résister


Ciel

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3–5 minutes

Lorsque l’obscurantisme s’exprime, il ne fait pas que formuler des principes. Il exclut, il opprime « en vrai ». S’il existe plusieurs façons d’entrer en résistance, s’affirmer comme humaniste consiste à savoir protéger celles et ceux qui subissent pressions, attaques, agressions. C’est le moment où la dimension sociale de la résistance s’exprime au travers de la fraternité (ou de l’adelphité) et de la solidarité.


Résister en actes

Sur ce thème de la résistance, nous avons vu la nécessité d’apprendre pour comprendre, celle de créer pour imaginer d’autres possibles et dépasser l’éteignoir du conformisme, comme l’apport de l’assertivité pour dépasser les visions binaires et les oppositions stériles, souvent violentes.

Dans le fil de cette approche, il vient aussi le moment où chacun à sa mesure, nous devons le devoir de protection, de prendre soin du ou de la discriminé·e. Sans victimisation, sans assignation, sans penser à la place de l’autre, en acceptant la remise en cause de ses propres représentations que suppose une empathie sincère, l’adelphité peut trouver mille modes d’expressions pour aider de façon cohérente et sincère les victimes de l’obscurantisme.

Ne pas laisser dire

Je l’avoue, j’ai fui Twitter avant qu’il ne devienne X. Le fiel de haine qui s’y déverse semble difficile à colmater. Je ne regarde pas plus CNews où la pluralité pourtant exigible n’existe pas. Ce sont comme des territoires virtuels brûlés. Ils ne méritent que d’être désertés : qu’ils restent entre eux, à force, la meute haineuse finira par s’en prendre à elle-même dans sa rhétorique atrabilaire et son ressentiment permanent…

Il est mieux de se concentrer dans la vie vraie. Et si j’entends là des propos répétés, pouvoir interroger le point de vue et poser les limites s’impose. Je suis convaincu que si c’est dit « doucement » cela s’entend mieux. Comme il est dommage à cet égard que la gauche française ait abandonné les classes populaires à l’extrême droite… En tout cas, cela commence par ne pas laisser dire que ce soit dans une conversation informelle, une soirée au bistrot, une réunion… Et tant pis si cela ne plaît pas. Au moins j’aurais glissé une note, une alerte dans l’oreille de l’autre. Pas d’assentiment par la passivité. Même si ce n’est pas toujours aisé. Tant pis si l’on m’en aime moins…

Être un refuge

Le tissu associatif solidaire en France est fort malgré les attaques. J’aime cette idée de « refuge » si bien exprimée par la Fondation Le Refuge qui épaule des jeunes rejetés par leurs propres parents. La fondation pour le Logement fait aussi par exemple, un travail à la fois solidaire et émancipateur.

Il ne s’agit pas de charité. « Heureusement qu’il y a des pauvres pour faire la charité ! » disait avec un enthousiasme désespérant une dame catholique dans des temps pas si lointains. La charité c’est pour gagner des places au paradis. La solidarité enseigne sur les gens qu’on aide, ne vous place pas au dessus. Qui dit qu’un jour on n’aura pas besoin d’être épaulé à son tour ?

Parfois certain·e·s sont rétifs à passer par des associations, des structures. L’exercice de l’aide personnelle, individuelle, est délicat à mener et suppose éthique et clarté d’emblée. Il faut parfois accepter de ne proposer qu’une passerelle, une aide provisoire et ne jamais juger. Je me souviens ainsi de K, venu se retaper quelques jours à l’appartement parisien. Il vivait dans la rue et ne tenait pas en cage. Au moins il aura dormi, mangé, accédé à de l’eau chaude à volonté et m’aura enseigné sa vie.

Il arrive aussi qu’il faille être juste présent, au détour de la vie, de ses aléas.

J’ai d’autres souvenirs en tête, et d’une certaine façon je me sens redevable de tout ce que j’ai pu apprendre de ces personnes qui vivent des épreuves à cause de l’exclusion sociale, familiale, culturelle…

Ce qui reste douloureux, c’est d’abord qu’on ne peut aider tout le monde et le sentiment parfois de passer à côté de situations qu’on ne voit pas.

La vigilance

Rester en veille, savoir être vigilant, attentif et disponible pour prendre soin si besoin reste pour moi quelque chose d’important. Nos propres vies quotidiennes nous envahissent parfois. Ou bien l’actualité du monde nous submerge tout comme ce flux incessant notamment depuis le retour du président américain au pouvoir.

Je sais aussi que des instrumentalisations sont toujours possibles. Je vois la mise en scène de causes justes pour cliver et au fond il ne s’agit que de coups médiatiques…

L’humanisme, la solidarité, ne sont pas de la faiblesse. Protéger, prendre soin… La philosophie du « care » impose de savoir « faire attention ». Il y a la morale, la Loi, il y a le concret. Il y a des choses à réparer.

Derrière il y a la question du lien, jusqu’à la reliance…

Discussion

Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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