Pour une hygiène de l’attention


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7–10 minutes

L’attention à soi, l’attention aux autres, à son environnement, l’attention à ce que l’on fait… Mon attention est sans cesse sollicitée. Le problème c’est de rester centré, attentif pour le temps et le but choisi. C’est une gestion de l’énergie, de l’engagement. Ce qui me fait dire qu’il faut militer pour une hygiène de l’attention, c’est qu’on peut vite être piégé. Résister à la dispersion, à la tentation de scroller, de s’enferrer dans le « grignotage compulsif » qui donne une satisfaction provisoire au cerveau, c’est faire le choix éthique de refuser l’asservissement de la société de consommation et de l’infobésité. Une sorte d’écologie éthique.

La faute d’attention

Souvent le prof met ça dans la marge. « Faute d’attention ». Hier, j’ai trouvé une erreur grossière d’homonymie dans un article qui avait passé les relectures. Question de focale. À l’école, je donnais des grilles de relecture, des « pense-bêtes » à cocher :

  • j’ai vérifié les accords des noms et des adjectifs,
  • j’ai vérifié les majuscules en début de phrase
  • j’ai vérifié les terminaisons des verbes…

Pour être attentif, il faut disposer de connaissances (savoir çà quoi être attentif) et savoir douter (à bon escient) pour repérer ce qui « n’est pas normal » ou le signal. Si je ne sais pas que c’est une alarme qui sonne, je risque de ne pas bouger de ma chaise en l’entendant.

Je ne suis pas certain qu’il s’agisse de fautes mais d’erreurs. C’est également la capacité que nous avons su développer ou pas à résister aux nombreuses sollicitations. Le philosophe Alain disait déjà cela il y a longtemps en invitant à limiter les affichages distracteurs en classe…

Pour ne pas m’épuiser, c’est bien si je dispose d’automatismes.· Cela suppose un certain travail préalable qui ne cède pas tout à l’empirisme expérimental.

En même temps, je n’oublie pas que la sérendipité a besoin de se nourrir de notre capacité à tirer parti du hasard, à faire le lien entre deux éléments que nous n’aurions peut-être pas vus si tout était compartimenté (c’est l’intérêt des ponts entre les sciences). On disait à une époque que l’on « surfait » sur le Web… cette découverte « spontanée » a été un peu tuée par les moteurs de recherche.

L’autre jour, je répondais à un message tout en regardant une série. Le message envoyé, j’ai décidé de revenir en arrière sur la vidéo pour reprendre le fil du récit. Je ne comprenais plus rien. Je ne peux faire correctement deux choses en même temps, sauf à ce que ce soit très automatisé. Notamment pour apprendre ou créer.

Quand je chante, si je pense à autre chose lors d’un enregistrement, cela risque vitre d’être mauvais. Il faut donner une intention à que l’on fait…

Capter l’attention

Le chien qui veut sortir ou la chatte qui veut manger, savent capter mon attention. C’est à dire m’interrompre dans ce que je fais avec suffisamment de signaux pour que je me décentre et me tourne vers eux (en protestant d’être dérangé).

Heureusement que j’entends la voiture qui fonce sur le passage piétons avant de traverser… Je me laisse « distraire » pour la bonne cause… D’où l’intérêt des sirènes d’alarme.

Sur les réseaux sociaux par un titre accrocheur ou une image, je tente d’attirer l’attention de la lectrice ou du lecteur dans le but qu’elle ou il vienne cliquer… Quand je regarde les statistiques du site, je vois que certaines personnes n’auront donné leur attention que 30 ou 50 secondes.· Les uns seront partis avant de tout lire, les autres auront cliqué sur un lien…

Il y a des publicités que je vois, je peux chanter la musique ou raconter l’histoire présentée… mais je ne suis pas forcément capable de dire de quel produit il s’agit…

Les chaines d’info sont mues par le buzz, le scandale, le sensationnel pour capter l’attention et stimuler mon cerveau en lui donnant des récompenses faciles. Il ne s’agit pas de penser mais d’obtenir de l’audimat… pour ramener de la publicité.

On sait que Google modifie sans cesse ses algorithmes pour que vous ne trouviez pas tout de suite la bonne réponse mais que vous vous trouviez incités à cliquer (vers un lien publicitaire, une info partielle) mais surtout dans la nécessité de revenir vers la page du moteur de recherche… on essaie de vous retenir par la manche.

La reconquête du temps et de l’espace

J’aurais tendance à « bâcler » des tâches basses ou peu gratifiantes. Ou à penser trop à autre chose en même temps… Si je vais trop vite en faisant la vaisselle, je casse un verre. Si je travaille mon plaisir à bien faire ce que je fais, j’en tirerai bénéfice.

Le mécanicien qui doit effectuer les opérations de révision en un temps limité, peut « zapper » un point important sur lequel il ne reviendra pas…

Si l’ergonomie de mon espace de travail est mal adaptée, je vais « mal faire ». Le rangement et sa structuration sont des aides au contrôle mais le désordre peut-être propice à la créativité. Il n’est parfois qu’apparent. Trop bien ranger peut à l’inverse éloigner un élément de mon attention…

Mon agenda m’aide à me rappeler… Trop lourd, il devient une contrainte dont je dois savoir m’émanciper justement parce que je suis mobilisé par une chose importante ou pertinente…

Le choix de structurer le temps et l’espace, de ritualiser certaines organisations, peut m’aider à me libérer de l’asservissement de la dispersion et des sollicitations multiples.

Fais attention à toi !

Ma grand-mère courrait souvent derrière son mari qui pouvait partir déboutonné au village. Grand savant, il pouvait nous rappeler le professeur Tournesol. Peut-être bien avait-il délégué le boutonnage de sa chemise au profit d’autres préoccupations.

Le bombardement réitéré d’informations inquiétantes crée du stress. Le cerveau peut aussi s’en nourrir et le moment de paix peut être confondu avec de l’ennui négatif. Si parfois certaines informations marginalisées par les grands médias méritent d’être regardées , il n’y a pas lieu de se brancher en continu ni de faire de « veille »systématique. Cela ne veut pas dire qu’on n’a pas d’empathie pour ses semblables, mais que l’on préfère l’information sourcée et la réflexion plutôt que la réaction.

Faire attention à soi en la matière, c’est se positionner en fonction de ses valeurs. Tout n’entre pas chez moi. Je zappe la publicité ou je la bloque. Je n’écoute pas les chaînes « énervantes » avec lesquelles je ne peux interagir, je ne perds pas mon énergie dans des échanges stériles avec des personnes qui n’attendent que d’attirer mon attention pour exister et ne vont pas manquer de me mettre en cause ou polémiquer pour m’agriper…

Je dois accorder mon attention à ce qui n’est pas toxique, ce qui répond à mes valeurs, enrichit mon point de vue, m’enseigne quelque chose. Ça permet d’alléger la barque ou de concentrer son énergie à bon escient.

L’attention aux autres

C’est cette disponibilité à l’autre. L’empathie n’est pas le préalable -plutôt une conséquence- , mais la conviction de la dignité de l’autre égale à la sienne oui. Le conseil à autrui n’est pertinent que s’il aide à la reformulation de la demande d’autrui pour l’accompagner en fraternité, en solidarité et non en charité condescendante.

C’est ne pas « passer en faisant semblant de ne pas voir ». La vigilance, non pas mue par le souci de la délation mais par la présence, constituerait à mes yeux non seulement un plus pour le mieux vivre-ensemble, mais une amélioration même de la sécurité. La bienveillance est une forme d’attention (bien – veiller) pas une posture laxiste.

Une affaire d’éthique et de valeurs

Être en attention, c’est une affaire d’éthique et de valeurs. C’est bon pour la santé, un peu comme se laver les dents.

Se laver les dents limite les caries pour soi et d’avoir mauvaise haleine pour les autres.

Une hygiène de l’attention ?

  • Que suis-je en train de faire ?
  • Quelle est mon intention ?
  • Pour combien de temps ?
  • Où ?
  • Avec quels moyens ?

Oui, je peux à certains moments « lâcher prise », laisser mes pensées divaguer… d’ailleurs certaines se feront intrusives même si je tente de méditer.

Dans une certaine mesure je peux choisir le lieu où je vis, le tempo de mes activités. Je peux m’accorder des récréations pour scroller, mais c’est encore mieux si je vais regarder tel compte que j’apprécie ou tel site que j’apprécie.

Pour mieux regarder ou comprendre, je m’autorise à ralentir ou faire un pas de côté. De temps à autre pour moi-même je peux vérifier ce qui prend une emprise débordante ou toxique sur ma vie.

Il faut pouvoir être disponible mais préférer les rendez-vous choisis à ce qui viendrait envahir le vide.

Si j’ai besoin de souffler, je dois pouvoir le faire tout comme prolonger si cela m’est utile, me fait du bien·

Je peux essayer de jouer sur :

  • l’intention
  • le choix du moment
  • le lieu
  • sécuriser certains aspects en cloisonnant ce que je fais
  • prévoir des « relectures » de mon activité : pourquoi je fais ça à tel moment, la place des dérivatifs, du sommeil, de l’activité physique, des objets connectés…
  • ce que je partage et comment

Il y a deux moteurs au fond, « agir en conscience » et chercher à « être dans le flow ».

Il faut pouvoir définir des règles pour soi même avec tolérance, sans chercher à se punir mais en se demandant toujours si ce que l’on fait est « choisi » et « fait du bien »ou permet de prendre soin de soi ou des autres.

Je choisis de donner mon attention à ce que je définis en fonction de mes valeurs, ce qui veut dire aussi que je vais refuser de céder la place à certains distracteurs inutiles (la chaine d’info, la personne toxique…)…

à suivre !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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