Bonjour, bonsoir ! Plus loin encore sur le chemin. Celui dont je vous ai déjà parlé lorsque nous sommes montés sur le causse avec Galou le chien. J’hésitais à glisser cet article du côté des explorations, mais cette petite virée fut plutôt du côté des sensations, du ressenti…
La pluie et la joie du chien
Il n’a pas peur de la pluie et sa joie lui permet de surmonter ses petites douleurs de vieux. Ce chemin, il l’a fait sien et si je parle de lui, c’est que marchant à son rythme je lui ai laissé le choix de la direction à prendre.
En prenant le temps des étapes, de le laisser se reposer, nous ferons un jour où il ne fera ni trop chaud, ni trop froid, ce chemin à travers les collines qui mène jusqu’au village et nous ferons « le grand tour »…
Aujourd’hui nous étions seulement dans l’escapade tranquille… grimper, grimper encore, puis sur la crête traverser et admirer le paysage…
Admiration
Nous sommes restés un moment. Je suis certain qu’il goute comme moi la poésie des lieux. Malgré la brume, malgré la pluie, il y a là quelque chose de puissant et doux à la fois…
La route où passent de rares voitures invite au voyage…
On entend le halètement du chien dans la vidéo, quelques secondes seulement extraites d’un long moment de contemplation…
Et ce qui est formidable alors, c’est la force de ce panorama qui vous libère de toute pensée. Pris dans le paysage, intensément relié au présent, je me trouvais peut-être dans ce que décrivait Guillevic dans une situation proche :
- « extrait de « Vivre en Poésie » de Guillevic
Alors que j'étais adolescent, je me promenais dans une grande forêt, en Alsace, à Ferrette, en compagnie d'un ami de mon âge - quinze ans, peut-être. Du haut d'une falaise jurassienne, nous regardions la plaine. Il y avait devant nous ce qui se photographie. Il y avait autre chose aussi. Quoi ? Un tremblement, un appel au dépassement de ce que la photographie aurait retenu. L'un de nous deux a dit : l'éternité. C'était vague, et nous avons voulu préciser. Qu'est-ce qui pourrait nous donner la sensation intellectuelle et physique de l'éternité ?
Qu'est-ce qui pourrait situer concrètement ce paysage dans un prolongement - concret, lui aussi - qui serait l'immensité de l'espace et surtout celle du temps ?
Ce que nous avons trouvé de mieux a été d'imaginer qu'une fois par siècle, un oiseau viendrait prendre dans son bec quelque chose de cette plaine - mieux, il viendrait enlever un grain de sable d'une plage aussi longue qu'était immense cette plaine. Cette fiction nous a, semble-t-il, fait voir cette plaine, cette falaise, ces forêts, nous-mêmes, au niveau qui était le nôtre, le vrai. Et cette image m'a accompagné toute ma vie.
Méditation
Il n’est pas facile de méditer vraiment. Se trouver dans le présent, relié, sans pour autant être envahi de pensées parasites… Pouvoir se détacher, laisser passer la vie en soi, sans « mise en scène » excessive…
Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés face à ce panorama.
Ce qui me frappe c’est à la fois le sentiment d’avoir été enveloppé, soulevé presque par le paysage, tout en ne ressentant aucunement la pluie ni le froid. Une mystique chaleureuse des lieux, le mystère de la forêt sous les yeux, les lacets de la route…tout cela emplissait l’esprit comme un liquide le ferait mais sans mots, sans théorie, sans faire autrement que boire le paysage tout en étant bu par lui…
Merveilleuse sensation, sentiment de paix et nous sommes redescendus avec le chien le cœur content.
Un mot en retour ?