Inutile de se disputer


Emotions

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3–5 minutes

Sur les réseaux sociaux, ai-je jamais fait changer d’avis une personne dont je conteste les positions ? Tout au plus l’aurais-je poussée dans ses retranchements. En général cela s’achève en anathèmes ou blocages. Inutile de se disputer.

Dialogue impossible

C’est d’autant plus vrai si les points de vue sont contradictoires. Si les propos sont toxiques, pétris de ressentiment, violents, racistes, antisémites, il est vain d’espérer transformer le point de vue de la personne qui les formule.

C’est perdu d’avance si la personne m’est inconnue, se cache derrière un pseudonyme alors que je m’exprime sous mon nom.

Ai-je moi-même changé d’avis profondément sur un sujet où l’on contestait mon point de vue ?

Oui, sur des thèmes ne touchant pas stricto sensu à l’idéologie, aux croyances. Mais cela reste rare, notamment si cela touche des habitudes, pratiques et préférences personnelles.

Il m’est arrivé parfois d’apporter une information contredisant une assertion en essayant de le faire avec assez de délicatesse pour ne pas heurter la personne. Je le fais rarement avec un total inconnu. Il faut alors apporter des arguments solidement étayés par des preuves rationnelles, sans non plus assommer l’interlocuteur ou l’interlocutrice. Dans certains cas, une réponse privée est mieux accueillie qu’une « correction » publique.

Dans la vie réelle

Dans les échanges de la vie réelle, en partant du point de vue de la personne, j’ai pu voir évoluer l’interlocutrice ou l’interlocuteur ou à tout le moins l’engager à questionner son propre point de vue en apportant un éclairage. Mais cela ne peut se faire qu’avec délicatesse, pas publiquement, en relation duelle. Et puis, il y a peut-être une différence entre la force de conviction que l’on peut avoir par exemple par notre capacité à manier le langage et l’obtention d’une véritable adhésion au discours. On parle souvent des « influenceurs » : nous pouvons toutes et tous être influencés selon la personne qui formule les propos, son art oratoire, son charisme, sa position.

Lors d’un échange sur les réseaux sociaux, non seulement celui-ci est la plupart du temps public, mais très rapidement d’autres personnes vont interférer dans la conversation, la brouiller, la conduire sur d’autres thèmes et chemins. Il est rare que l’on s’en tienne aux faits et très souvent d’autres considérations vont surgir qui vont s’assortir de délégitimation ou disqualification réciproques.

Se taire ?

Mais que faire si un point de vue heurte, si l’on voit des âneries répétées ? Se taire ? Laisser faire ?

Quelquefois, laisser s’éteindre seule une polémique en la silenciant renvoie l’interlocuteur à l’inanité de ses propos. C’est : « reste avec ta haine et digère seul·e ta colère ». Cela s’adresse au troll pur jus, au provocateur pétri de haine.

Quand je suis moi-même bouleversé et choqué par des discours violents, racistes, antisémites, une fois lus avec dégoût, c’est « direction poubelle » ce qui veut dire sur les réseaux sociaux soit un désabonnement du compte en question, soit un blocage et le cas échéant un signalement si la personne déroge à la Loi.

Mais j’essaie de me contenir et de ne pas lui faire l’honneur ou le plaisir de lui répondre. Le troll raciste a besoin de polémique pour exister.

Si je désapprouve certains points de vue que je peux trouver révoltants, alors, je ne vais pas aller dialoguer dans le fil de la personne, mais affirmer ma propre expression dans un fil distinct. Le message s’adresse alors tout autant aux tiers qui l’auront lue qu’à la source de la polémique.

La part du feu

Cette façon de faire « la part du feu » n’est certainement pas pleinement satisfaisante, mais elle permet aussi de se préserver soi-même. Elle me permet d’affirmer sans m’opposer les valeurs que je défends, de marquer ma désapprobation, tout en m’écartant du duel direct et en maintenant une forme d’hygiène où il s’agit aussi de se préserver soi.

Il faut plutôt travailler à la contamination positive, constructive, que croire à possibilité d’une « conversion » directe et sincère.

Quand un point de vue « puant » est émis, c’est plutôt à la périphérie qu’il faut aller parler qu’à l’émetteur lui-même.

C’est par exemple la grande faute de la gauche française que d’avoir voulu débattre avec les tenants de l’extrême droite au lieu d’être allée dialoguer sur le terrain avec les électrices et les électeurs. Car au final, ce sont eux qui votent.

L’assertivité

Au fond, il ne faut pas accepter de se laisser dicter les règles du combat. C’est une sorte de troisième voie qu’il faut réussir à tenir avec éthique, en se régulant soi-même, en tentant d’être ce que l’on attend des autres que l’on peut espérer transformer les choses. Ni collaborer passivement ou activement, ni se taire, ni affronter frontalement. C’est l’intérêt de l’assertivité dont la pratique concrète devrait pouvoir s’enseigner très tôt.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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Les commentaires

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4 réponses à « Inutile de se disputer »

  1. Avatar de Marcus

    @vbreton quand on dit inacceptable on parle de quoi ? Frontière entre la morale et la censure ? C'est un sujet difficile surtout au pays de la liberté d'expression. Qui seraient les censeurs ou les moralistes ? Les maitres absolus du bien penser ?

    1. Avatar de Vincent Breton

      Ne pas répondre directement à un raciste ou un antisémite ce n’est pas le censurer. Il existe par ailleurs des lois. Ce que je dis c’est que je ne lui réponds pas directement (je ne crois pas convaincre ce type de personnes) mais je m’exprime ailleurs. Je ne me laisse pas entraîner dans ses provocations. S’il cherche la bagarre, je le laisse se battre contre le vent. Cela laisse aussi la possibilité de s’exprimer pour des valeurs et pas contre…

  2. Avatar de tofeo :verified:

    @vbreton

    Je pensais que commenter était bien. Mais je réalise que parfois c'est mieux de ne pas le faire. Si je commente dans le sens du message cela n'apporte pas beaucoup de saveur. Si je commente avec un peu de se (opinion différente), cela est parfois mal interprété.
    Je trouve domage qu'on ne reste pas ouvert é des opinions différentes et qu'on bloque pour ça.
    Moi je bloque seulement si une personne me harcéle. Par exemple demande d'argent, direct ou indirect. Sinon je me désabonne.

    1. Avatar de Vincent Breton

      Oui je suis d’accord. J’évoque des messages particuliers (pas forcément de personnes que je suis) : si je découvre un message ouvertement raciste par exemple ou antisémite, je pourrais être tenté de lui répondre directement. On pourrait avoir envie d’argumenter, d’expliquer à cette personne. Mais ça ne sert à mon avis à rien qu’à la rendre plus visible et déclencher des polémiques. Cela ne m’empêchera pas d’écrire un article plus général où je dirai ce que je pense. Et si la personne ne respecte pas la Loi, je n’ai aucun scrupule à la bloquer ou la signaler. Bloquer c’est pour me protéger, signaler pour protéger les autres. Sur Mastodon j’ai eu la chance de n’avoir à le faire qu’assez peu, en général les gens y sont plus respectueux qu’ailleurs. 😉

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