Même le beau temps nous inquiète


des arbres en fleurs sur le causse

·

5–8 minutes

Nous avons mille raisons de nous inquiéter. Quand j’étais enfant, un jour de beau temps nous offrait une sorte de fête dont nous profitions avec optimisme. Les guerres étaient lointaines, on ne parlait pas de réchauffement. Aujourd’hui, un début d’avril ensoleillé et l’échange habituel avec le voisin se poursuivra par un « oui, mais c’est pas normal ». Entre déni, engloutissement et fatalisme, si l’indignation s’en tient au ressentiment nous courrons à notre perte. La difficulté mais aussi l’espoir est de retrouver de l’agir dans des cercles vertueux à proximité.


Il n’est pas de sauveur(s) suprême(s)

Chaque matin en France naît un nouveau candidat à l’élection présidentielle. Ils poussent comme des champignons.

Quoiqu’il arrive et si certains sont pires que d’autres, aucun·e candidat·e, le ou la plus zélé·e, le ou la plus formidable soit-elle ou soit-il ne sauvera le pays. Ce sera d’autant plus vrai si nous continuons de penser qu’il s’agit d’obtenir la victoire d’un camp contre un autre alors que la véritable question n’est pas de gagner le pouvoir mais de définir ce que l’on en ferait.

L’élection présidentielle devrait être centrée sur la question du vivre et agir ensemble, du lien et de l’attention à porter les unes et les uns envers les autres dans une démocratie qui se dit sociale.

Nous continuons de nous enferrer dans des programmes jamais appliqués oubliant souvent les valeurs mais surtout négligeant que dans un monde en accélération permanente, aux mutations brutales, que ce qui compte c’est la démarche, la façon dont au lieu de subir les changements et de tenter de nous y adapter a posteriori nous pourrions mieux agir pour les anticiper et les modeler.

Le changement climatique suppose une action à tous les échelons, y compris au niveau mondial.

La verticalité répond moins que jamais aux besoins et aux urgences.

Déçus ou indifférents beaucoup ne votent plus. Le pays ne se connaît pas dans sa propre réalité.

Désespérer ?

Le spectacle navrant des vieux mâles accrochés à leur pouvoir, prompts à s’enferrer dans le déni, nous rappelle que le fameux modèle patriarcal a trop tiré sur la corde. Toute la question est que ces crétins orgueilleux ne nous entraînent pas dans leur chute inéluctable. Il y a de quoi s’inquiéter. De surcroît derrière les drames qu’ils engendrent ceux qui affectent déjà la planète de façon irréversible vont devoir appeler des réponses intelligentes si on ne veut ajouter de l’horreur au pire.

Mais le ressentiment et la colère ne serviront à rien si une alternative ne se dessine pas. La démocratie participative est un leurre si elle se limite à consulter les gens pour ne pas transformer les choses ensuite : il faudrait plutôt une république coopérative prenant appui sur l’autonomie des individus et l’entraide. C’est à dire, un système permettant à chacune et chacun de s’émanciper de son destin, de choisir sa route mais en coconstruisant avec ses pairs une société non fondée sur l’accumulation ou la croissance mais l’attention et le partage.

La théorie des petits cercles (vertueux) de proximité

Plutôt que de vouloir changer le pays ou le monde, surtout de façon verticale, il me semble que le travail par cercles de proximité ouvre des perspectives.

On a souvent moqué les petits gestes individuels face aux calamités engendrées par les multinationales. Si on est juste dans des restrictions individuelles ça ne changera pas grand chose. En revanche, si nous cessons d’être d’abord des consommateurs, en adoptant la logique des coopérateurs, alors nous ferons évoluer le système économique.

Nombre de paysans ont compris que plutôt que chacun s’endette dans l’achat de machines, on pouvait les acheter en commun et se les prêter. Le covoiturage s’il était développé dans cette logique apporterait du progrès : plus favorable au lien social, il viendrait s’opposer au modèle dispendieux de la voiture individuelle. Quand une association recycle de vieilles machines pour y installer des logiciels libres, elle évite le gaspillage, permet des économies mais ne plaira pas à Monsieur Microsoft.

Selon les contextes, chacune, chacun peut développer son petit cercle. D’abord pour répondre à ses propres besoins et faire ses propres choix, puis à la proximité en se rendant disponible ou attentif.

Dans nos propres choix nous pouvons agir sur nos choix alimentaires, notre santé physique, nos déchets, notre bout de balcon ou notre jardin, l’utilisation de nos machines, l’achat de nos vêtements ou la gestion de notre temps. Par exemple, nous pouvons refuser la domination du « scroll » et la confiscation de notre attention par le numérique commercial.

Je pense à un exemple très simple : je marche régulièrement. Et je découvre que pratiquement chaque sortie va s’accompagner d’échanges souvent avec des personnes inconnues. Parfois c’est très formel, de la courtoisie, mais souvent ce sont des échanges où l’on va me raconter des bouts de vie. Je suis étonné d’ailleurs de voir à quel point ils peuvent s’avérer beaucoup plus personnels et enrichissants que des échanges sur un réseau social. Ce sont là des points d’amorce et des apports mutuels. Une panne de vélo ? On m’aide spontanément. Une personne sur la route ? Je la prends en stop. Cela semble dérisoire et pourtant ce sont des gestes simples de « coopération » qui demandent juste à se rendre disponible : disponible pour aider, ou se faire aider.

Les échanges de savoir sont également intéressants : il m’arrive d’aider pour une démarche administrative, d’apporter des réponses d’ordre juridique, de dénouer un problème scolaire… Il serait intéressant que nous fassions savoir quelles sont nos compétences sur nos réseaux sociaux ou nos blogs, non pour les « vendre » mais pour partager, accompagner… Il n’y a pas forcément à attendre un échange en retour, mais qui sait, le moment venu, peut-être aurais-je besoin d’aide.

Bien sûr il faut d’emblée maintenir l’équilibre : il ne s’agit pas de s’aliéner ou de se croire indispensable. Il ne s’agit pas que l’on prenne le pouvoir sur vous, ni que vous le preniez sur autrui.

Des réassurances dans le réel à proximité

Si le climat nous inquiète et s’il faut agir au delà de notre sphère de proximité, il me semble que pour tenir au delà de l’art, de la présence au réel qui peuvent aider, il nous faut tenter d’être ce que nous attendons d’autrui pour nous-même et les autres dans le quotidien.

Pour cela, il n’y a ni injonction ni approche moralisatrice à avoir. Cela peut passer par des micro-actions quasi invisibles qui n’appelleront pas la publication d’un post sur Instatruc dans le but d’obtenir des likes et de la reconnaissance. La gratification réelle est ailleurs.

Passer du consommateur au coopérateur (qui n’est pas un collaborateur au service d’une hiérarchie) c’est apporter ses compétences en toute égalité.

C’est se positionner dans le concret, dans le réel sur lequel on peut agir en y appliquant une certaine philosophie porteuse d’éthique.

À chacune et chacun d’avoir confiance en ses propres ressources, accepter de prendre le temps, avec progressivité, sans déni des grands enjeux. De petits cercles en petits cercles, avec des « ponts », des protocoles… des échanges peuvent se propager. C’est au passage ce que fait le monde du logiciel libre et de l’open source ou par exemple le Fédiverse lorsque des instances Mastodon indépendantes et autonomes communiquent entre elles.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


VOUS POURRIEZ AIMER AUSSI

dernières publications

Les commentaires

Commentez, ou publiez une réponse sur votre blog (avec un lien vers cet article) ou sur le Fediverse (Mastodon, etc.) : elle apparaîtra ici.

6 réponses à « Même le beau temps nous inquiète »

  1. Avatar de Vincent Breton

    @vbreton et dans le fil de cet article, je peux à la demande aider les personnes sur des projets de site ou des relectures : https://vincentbreton.fr/je-peux-aider-si-ca-vous-dit/

Un mot en retour ?

Vous souhaitez citer cet article sur votre site ? Indiquez simplement votre lien ici.