Le retour de Gaston


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3–4 minutes

Quand j’étais petit, bien avant le retour de Gaston, j’avais peur de Gustave et de Natacha mais chaque jeudi j’avais le droit d’aller acheter le journal Spirou, avec mes sous. Pour rien au monde je n’aurais loupé ça. Le jeudi matin, parce que l’après-midi, j’avais mon atelier d’art. Alors forcément, dès que j’ai vu l’album je m’en suis saisi…

Le retour de Lagaffe

En réalité, le 22, c’est le Retour de Lagaffe. Mais nous, on l’appelle Gaston. Il est de la famille, il n’a pas pris une ride. Il n’a pas besoin de publicité.

À la différence de Spirou qui a changé de mains, a voulu changer de tête, se moderniser, Gaston est resté fidèle à lui même· Écolo avant l’heure, mais pollueur en réalité, délicieusement brouillon, c’est un faux flemmard et un vrai créatif.

Singulier et assertif

Il aime les animaux, il a le cœur sur la main et certainement c’est le meilleur des amis, mais il est aussi farouchement indépendant, accroché à ses rêves, il essaie et recommence sans cesse, il n’a pas peur de l’échec ni des catastrophes…

Reconnaissable entre tous, attachant, libre… c’est un vrai bonheur de retrouver l’ambiance de ces planches au tempo si particulier. Automatiquement le charme opère. Parfois un léger doute sur ce qu’il fallait comprendre. Humour décalé. Contestataire. Pas violent pour deux sous. Je ne sais si c’est le cas pour les gamins d’aujourd’hui, s’ils se retrouvent dans la BD, s’ils y puisent le même bonheur…mais je redeviens gamin immédiatement en lisant l’album…

Acheter le journal

Pour un peu, puisque c’est jeudi, je serais bien allé acheter le journal, le Spirou d’antan. Mais je n’ose pas aller voir ce qu’il est devenu.

Spirou avait un côté impertinent et vif qui nous plaisait bien. Chaque jeudi, c’était mon rituel. Je revois très bien le marchand de journaux où j’allais seul et fier acheter mon hebdomadaire.

La jeunesse qui s’agitait un peu. Les chansons osaient être joyeuses et acidulées, parfois bébêtes… À la fin des années soixante, nous avions tous envie de secouer l’époque grisouille et l’avenir pompidolien nous faisait plus peur que rêver. Nous commencions à envisager « le retour à la terre » et fabriquer nos vêtements nous mêmes. Enfin nos parents… Les adultes refaisaient volontiers le monde dans de longues soirées, autour de la table enfumée ou affalés sur des coussins…

Il y avait des guerres, il y avait du racisme et des crimes de sang. Gamin, je le savais ou le pressentais. Brassens se moquait des uniformes dans des chansons qui feraient scandale aujourd’hui. Je ne le savais pas mais la police tapait sur les pédés dans les squares. Les femmes avaient encore besoin de la signature de leur mari pour ouvrir un compte en banque.

Le chemin de l’école

Si nous allions en groupes, le chemin de l’école me faisait affronter deux peurs au choix.

Chemin numéro 1, passer devant chez Gustave : une espèce de clochard qui vivait dans une maison sans vitres aux fenêtres et entassait tous les papiers qu’il trouvait dans son jardin. J’avais eu très peur, le jour où s’approchant près de moi, il m’avait demandé si je voulais « aller relever les pièges à loups » avec lui. Trop peur de sa barbe hirsute et de sa casquette…

Chemin numéro 2, passer devant chez Natacha : c’était une chienne… un chien loup justement, qui bondissait en nous voyant tous crocs dehors et se cognait à la grille de sa maison. Un jour, elle s’était échappée et s’était jetée sur moi déchirant mon pantalon.

Mes copains ne lisaient pas le journal de Spirou. Sauf François A peut-être.En général ils lisaient « Mickey » que je trouvais idiot ou « Pif » dont je détestais les dessins grossiers. Ou ils ne lisaient rien parce qu’ils n’avaient pas d’argent de poche comme moi.

Gaston est un être poétique

Lagaffe, je crois bien qu’il vit en poésie. Il est dans son présent. Qu’il dorme et rêve ou essaye l’une de ses idées loufoques…

« Je vis pas ma vie, je la rêve » chantera Jacques Higelin bien plus tard…

Attachant et subversif, s’il est un personnage auquel je pouvais m’identifier, plus que Tintin le moralisateur ou Astérix le petit agressif, c’est bien Gaston Lagaffe. Et je dois vous laisser, je n’ai pas terminé l’album ! M’enfin !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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