Petit Paul, c’est cet enfant qui affronte seul, le moment où il entre dans la nuit. Moment banal où il faut accepter de partir pour le pays des rêves. J’ai retrouvé cette chanson que j’avais un peu oubliée.
L’audio
Parmi les souvenirs d’enfance, il y a celui banal où très petit, couché dans la chambre, j’entendais au loin les adultes peut-être dans le salon.
C’est à ce moment là que j’apprenais le délaissement et l’entrée dans la solitude. D’abord on est triste, on est déçu une fois de plus de « ses » adultes qui semblent avoir à faire tant de choses plaisantes sans vous, puis on comprend qu’avec la solitude il sera possible d’entrer dans autre monde.
C’est le monde le la nuit qui vient vous prendre. La nuit profonde des rêves.
Il faut se départir du bruit des adultes, de leur futilité. Alors, comme sur un radeau que l’on détache de la rive du jour, on vogue vers la nuit. Ce pourrait être un peu effrayant. La nuit, au loin, passent des monstres dans l’ombre. Puis on entre dans le pays des rêves qui est encore plus beau que celui des contes puisqu’on ne fait pas qu’écouter l’histoire, on y entre, on y est, on agit.
Cette chanson un peu bizarre, je pense l’avoir enregistrée en Bretagne, elle se souvient de ce moment de l’abandon et de l’endormissement.
Aujourd’hui encore c’est un souvenir très fort. Nombre d’amis disent ne pas se souvenir vraiment de ce moment là. Ils n’y prêtent guère attention lorsqu’il s’agit plus tard de coucher leurs propres enfants.
Est-ce que pour devenir adulte il faut savoir être amnésique, oublier et nier sa propre enfance ? Les vrais hommes ou les vraies femmes, sont celles et ceux qui à mes yeux savent prendre leur place sans oublier ni nier leur enfance.
Les adultes ont oublié leur enfance, dans la part sèche de leurs certitudes, de leur égoïsme, de leur pouvoir pris sur leurs propres enfants, ils s’oublient dans la vacuité et la futilité. Mais Petit Paul rêve.

Un mot en retour ?