Le devoir de visite du père ? Danger

Publié le Catégorisé comme politique
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"Straw Patterns" by David McEachan/ CC0 1.0

Au lieu de s’occuper de la paix dans le Monde, le Président toujours aussi intrusif veut légiférer dit-il dans la Presse, sur un « devoir de visite » du père en cas de séparation.

Outre les affligeantes références à un modèle univoque de la « bonne famille », outre la bêtise du risque qui serait pris pour nombre de femmes et d’enfants, cela m’a rappelé de sombres souvenirs…

Quand j’étais petit…

Notre père était un homme froid. Glacial. Lorsque mes parents ont divorcé, aller chez lui était une sorte de punition et de sinistre obligation. Ma mère craignait que lui refuser le droit de nous voir n’engendre la suspension de la pension alimentaire…

Nous y allions contraints et forcés. Un calvaire.

L’interrogatoire de police

Il venait nous chercher, ma sœur et moi en voiture. Nous redoutions le moment où il allait sonner à la porte. Il était parfois précédé par l’odeur du tabac au miel de sa pipe qui aurait pu être agréable mais qui nous signifiait qu’il fallait partir. En général, il échangeait un peu avec notre mère dans le hall de l’appartement… Aucune embrassade, aucune manifestation de plaisir à nous retrouver…

Nous descendions en silence jusqu’à l’auto. Sa nouvelle épouse était assise à l’avant. Elle ne savait pas encore qu’elle ne serait que la deuxième…

Le trajet qui n’était pas très long jusqu’à sa propre commune, donnait lieu à un interrogatoire qui ne portait aucunement sur le « comment nous allions », ou un éventuel plaisir de nous retrouver, mais sur ce que nous avions fait avec notre mère. Ma sœur qui avait des troubles du langage ne pouvait vraiment s’exprimer. Comprenant que les questions portaient sur ma mère, j’éludais, tentais des réponses toutes faites… Gamin, je voulais préserver sa vie privée. Je savais qu’elle en avait bavé. J’avais vu la violence de mon père contre elle. J’avais peur.

L’uniforme

Chez mon père, nous devions nous changer dès notre arrivée. Le prétexte était de préserver nos habits. La réalité était de nous faire abandonner une tenue sinon à la mode, au moins détendue, pour porter toujours en ce qui me concerne, le même polo moutarde et le même pantalon gris. C’était comme un uniforme de tristesse.

Consignés

On se demande bien pourquoi il venait nous chercher et nous faisait venir chez lui. Nous étions de fait consignés dans nos chambres. Nous n’osions pas en sortir. On ne venait pas nous chercher. Je lisais, ma sœur jouait dans la sienne… Quand l’heure du repas approchait, j’étais appelé pour aider à la préparation de la soupe en sachet qu’il fallait délayer dans la casserole. Le dessert serait aussi la même crème en poudre et à la pistache préparé par la belle-mère moins chaleureuse avec nous que le réfrigérateur de la maison.

Repas

Les repas dans la cuisine toute en longueur, sur la petite table de formica, étaient d’une tristesse sans nom. Comme ma sœur était pétrie de peur et que la nourriture était assez infâme, il lui arrivait d’avoir des hauts-le-cœur et de vomir.

Cela faisait entrer mon père dans de noires colères. Il était capable d’ailleurs de se fâcher par avance, avant même le repas commencé : « tu vas pas vomir ! tu vas pas vomir hein ! » Il gueulait. Il avait une voix grave, coupante comme un couteau. Évidemment qu’une petite fille handicapée de sept ans allait vomir à cette simple évocation. Elle se souvient encore comme moi de ces moments affreux… Je me souviens aussi d’avoir vu mon père arracher ma sœur de son tabouret en hurlant et la tirer par les cheveux jusqu’à la salle de bains. Je me souviens très précisément du bruit sourd que fit un jour le corps de ma sœur heurtant le mur dans l’angle du couloir. Il la douchait dans la baignoire pour la rincer. Un chien aurait été mieux traité.

La belle-mère n’était pas mal non plus dans son art de se moquer ouvertement de ma sœur en imitant ses défauts de langage.

Très souvent le dimanche, nous allions dans la famille de mon père, où la grand-mère était gentille… mais quel triste univers !

Quel bonheur de rentrer chez nous ! (Car nous n’avons jamais senti que nous étions chez nous chez mon père…)

Mensonge

Parmi les anecdotes édifiantes pour moi, il y eut celle-ci qui fit que plus jamais je n’eus confiance en lui : un jour mon père me dit que j’avais les cheveux trop longs et que d’ailleurs mon maître lui avait dit qu’il préférait les cheveux courts.

J’avais une confiance absolue dans mon maître qui était un instit formidable, un vrai hussard de la république qui nous avait fait beaucoup écrire et même initié au hand-ball. Je parvins un jour à dépasser ma timidité pour l’interroger à ce sujet des cheveux:

« C’est vrai que vous avez dit à mon père que vous préfèreriez que j’ai les cheveux courts ? » Je ne les avais pas si longs.

Vincent Breton petit

Nous étions assis sur un banc dans le préau. Il me répondit de la façon la plus neutre et franche possible.

« Je n’ai jamais vu ton père. Mais je me fiche bien de la longueur de tes cheveux. Ce qui compte pour moi c’est que tu travailles bien. »

Quel chouette type ! Et je suis content d’avoir pu échanger avec lui il y a quelques années… Il était fier de mon métier… il se souvenait…

Grand ?

Nous avons pu « nous échapper » de l’influence paternelle et limiter les rencontres. Ma mère s’installa dans le Sud. Mon père nous récupérait parfois pendant les vacances et nous confiait en général à sa mère. Il interrompait le versement de la pension à ce moment là prétendant que nous étions à sa charge. Il lui était arrivé plus tard d’augmenter la pension de quelques centimes seulement… On nous avait expliqué que cela lui permettait de rester dans « la bonne tranche » d’imposition.

Au moment de passer le bac, il m’écrivit une lettre de huit pages d’insultes m’admonestant de cesser d’urgence le théâtre faute de quoi je n’aurais jamais mon bac, si tant est que ce soit jamais mon seul diplôme. Je l’obtins du premier coup avec mention tout en continuant le théâtre. Ma mère me confia qu’il avait raté trois fois le sien avant de le réussir. La lettre déchirée a été jetée il y a longtemps. Mais pas oubliée.

Plus tard, fragilisé par la mort de ma mère, j’entrepris de renouer mu par je ne sais quel espoir. Il y eut cette fois où allant mal dans ma vie personnelle, il m’invita chez lui… mais partit je ne sais où avec sa nouvelle compagne. Plus tard encore, je découvris, qu’il utilisait un demi frère pour m’espionner. Je rompis toute relation avec cette personne toxique. Il tenta de m’espionner un temps sous un faux nom. Je regrette qu’on ne puisse légalement rompre le lien de filiation…

Ma sœur lui voue une détestation de fer.

Si pour mon bien personnel, je lui ai « pardonné », je n’ai rien oublié et ne veux plus rien savoir de lui. Peut-être un jour osera-t-on un « me-too » des pères indignes !

Vive le divorce !

Le divorce fut une chance pour ma mère de se libérer de l’emprise de cet homme et heureusement nous avons pu limiter nos contacts avec lui par la suite.

Chacune des rencontres était négative et pesait sur notre quotidien, notre bien être. Nous étions malheureux à son contact. Certainement avait-il lui même des tas de soucis, peu importe, il aura été dévastateur pour ma mère comme pour nous. Nous étions des enfants. Et je pense aujourd’hui à ces mômes victimes de ces comportements… on peut certes « s’en sortir » mais le prix est lourd…

Quand le président de la République met ce sujet sur le tapis avec son « devoir de visite », outre le fait qu’il semble valider un modèle unique de famille, il risque une fois de plus de créer plus de problèmes qu’il n’en résoudra. La question de l’éducation partagée des enfants est à réfléchir mais jamais en prenant de risque pour les mères trop souvent violentées et pour les enfants tiraillés. L’État ferait mieux de s’occuper de la paupérisation des familles monoparentales en les épaulant plutôt que de les stigmatiser implicitement. C’est au passage le modèle de la famille « classique » qui a poussé ma mère à se marier trop jeune et avoir des enfants au lieu de vivre ce à quoi elle aspirait profondément…

Vincent Breton

Par Vincent Breton

Vincent Breton auteur ou écriveur de ce blogue, a exercé différentes fonctions au sein de l'école publique française. Il publie également de la fiction, de la poésie ou partage même des chansons !

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