Le film de Vincent Munier ne manque pas de critiques élogieuses. Et c’est justifié. Rangé au rayon documentaire, loin des films à grand spectacle, il est intimiste et illustre à sa façon ce qu’est « vivre en poésie ». L’émerveillement pour la nature captée sans mièvrerie, l’inquiétude réelle face aux menaces, mais le soin délicat à nourrir l’espoir et veiller à la transmission en font un film à partager entre amis et en famille.
Savoir observer et prendre le temps
Des impatients peut-être s’ennuieront et pourtant tout est fait pour les aider. On entre d’abord dans ce temps de l’observation de la nature et soudain, on est happé : par la lumière, la forêt, par les animaux… On est pris et le temps ne compte plus. On veut « les voir ». Et plus on les voit, plus on les aime.
La leçon de choses à l’école primaire avait la maladresse d’arracher des objets à leur contexte. Les séances d’expérimentation théâtralisent parfois au risque de noyer l’expérience dans l’anecdote. L’observation réelle et attentive d’un milieu, au sein de celui-ci, le questionnement qui peut en naître, tout cela devrait constituer le cœur de la formation des enfants. J’ai des souvenirs précis de leurs capacités d’observation, du sens du détail. Observer pour questionner, comparer pour comprendre mais surtout pour nourrir l’amour de la nature de cette curiosité vivante que nous partageons toutes et tous pourvu qu’on ne la tue à coup de scroll blasé.
Le film nous plonge dans des forêts : les Vosges, la Norvège. L’image, presque précieuse parfois, est montée avec soin (huit mois de montage) et la bande son donne à entendre comme jamais les cris, les pas, les frottements… tous ce qui anime une forêt décrite idiotement comme silencieuse par celles et ceux qui ne la connaissent pas.
Observer et découvrir la vie de ces animaux tous extraordinaires. Leur regard, leur activité, leur lutte pour vivre, leur façon d’occuper l’espace. Les arbres sont là, même morts et veillent sur cet univers. C’est la vie sauvage, à deux pas de chez nous et pourtant menacée.
Le passage
Quelle chance a le jeune Simon, 12 ans au moment du tournage, d’avoir un père et un grand père comme les siens ! Il veut qu’on lui raconte. Il a besoin de dormir, jouer mais il apprend. Il apprend dans cette merveilleuse plongée que lui offrent son père qui filme et son grand-père le naturaliste.
Trois générations : de l’expérience à l’action, à l’homme en devenir. J’imagine ce que chacun des trois retiendra de l’expérience partagée.
Dans une société qui n’a pas su léguer un monde en bon état aux enfants de l’âge de Simon, il n’est pas aisé de transmettre sans affoler, de responsabiliser sans désespérer. Mais le grand-père ne cache pas à son petit fils qu’il a pleuré quand il a compris avoir vu le dernier Grand Tétras de la forêt. On craignait une histoire de mecs faisant leur escapade sans femme. On a des hommes capables d’émotion. Le grand-père écrit, Simon lit, le père nettoie les objectifs qui serviront à regarder la forêt. Chouettes humains qui ont su nous émouvoir.
à écouter : l’extrait de l’émission La terre au carré du 22/12/25
Le film sera sûrement diffusé un jour sur petit écran mais il gagne à être vu sur grand écran.

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