Ni Eurovision, ni Cannes, ni foot…


mer de coquelicots

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5–8 minutes

Souvent on m’a regardé de travers. Non, je ne suivrai pas l’Eurovision, pas plus que le festival de Cannes à la télévision. Quant aux grandes rencontres de football, ça ne m’attire pas non plus. C’est pour moi sans intérêt et ne sert qu’un système éloigné de mes valeurs. Tant pis si c’est mal compris…

Les compétitions tuent l’Art

Entendons-nous bien : j’adore la chanson. Y compris la chanson populaire. Et ça n’a rien à voir avec le commerce. Et encore moins l’Eurovision.

Vous savez bien que j’aime le cinéma. J’en parle souvent ici. Mais pas plus que je ne lis un livre parce qu’il a eu le Goncourt, je n’irai voir un film pour une palme. J’ai souvent mieux aimé voir de petits films personnels qui m’apportaient, ces films qui essaient autre chose, ne sont pas faits pour plaire mais pour dire des choses.

Je n’ai rien contre le sport et un match de foot peut-être un moment très chouette à regarder et pratiquer dès lors qu’il n’exclut personne. Je préfère de loin les matchs amicaux entre copains que regarder un match avec des stars à la télévision.

L’Eurovision peut avoir un côté kitsch amusant : c’est pour moi insupportable au delà de deux minutes. Tout y est convenu. C’est à la chanson ce que Mac Do est à la gastronomie. Rien ne m’attire de cet univers. Peu importe que des gens sympathiques se laissent embarquer là dedans, c’est affaire de commerce, de compétitions entre nations, d’instrumentalisations politiques de toutes parts.

Le même clinquant conformiste, ce luxe affligeant s’applique à ce que l’on nous montre chaque année à Cannes : ridicule défilé de stars emperlousées remontant le tapis rouge. Tous les clichés sexistes s’y retrouvent. Il peut y avoir de très beaux films en compétition mais on ne parle pas de cinéma en réalité pendant le festival, on n’entre en rien dans le cœur de ce qui fait un film.

Tout comme le spectacle de sportifs surpayés pour mettre en scène leurs performances et gérer leur carrière.

Je fuis ces univers parce qu’ils me repoussent, je fuis ces univers parce qu’ils sont totalitaires et écrasent ce qui pourrait être plus largement partagé partout : une chanson qui retrouverait sa place comme un art vivant du quotidien, un cinéma d’expression qui grâce aux nouveaux supports pourrait trouver sa diffusion jusque dans les campagnes, des pratiques sportives vraiment partagées et pas seulement sur le canapé d’un salon. Mais il faudrait que d’autres modèles économiques soient développés, qu’une politique culturelle puisse émerger.

L’oppression

Ces moments que les médias vont nous imposer pour éviter de parler du réel, du quotidien, de la vraie vie des gens ont toujours déclenché chez moi, de façon intuitive, un sentiment d’oppression.

Adolescent déjà je ressentais cela.

Mes copains parlaient de foot, j’étais sommé de préférer une équipe. Pourquoi ? Je ne comprenais vraiment pas l’intérêt de brandir des banderoles, d’acheter des vignettes de joueurs, de perdre du temps à hurler devant un écran.

Ce sentiment s’est d’autant plus renforcé au fil du temps qu’en vieillissant j’ai vu à quel point il est relié au nationalisme. Les hymnes nationaux n’ont pour moi rien à faire lors des rencontres sportives. Je ne sais pas si on les joue à l’Eurovision mais je sais qu’on y brandit des drapeaux. Les dérives puantes et trop fréquentes que l’on observe au cours ou à la sortie des matchs ne montrent pas le meilleur de l’humanité. Ce besoin d’en découdre, de hurler ensemble contre d’autres, cela m’effraie plus qu’autre chose. Ce n’est pas la France qui a gagné ou perdu telle compétition mais soit l’artiste, soit telle équipe. Et puis je préfère le bonheur de jouer avec élégance, l’esprit d’équipe, à celui de vaincre et de voir en l’autre un ennemi.

Je pense toujours à la chanson de Léo Ferré.

Ces mains bonnes à tout
Même à tenir des armes
Dans ces rues que les hommes ont tracées
Pour ton bien
Ces rivages perdus
Vers lesquels tu t'acharnes
Où tu veux aborder
Et pour t'en empêcher
Les mains de l'oppression
Regarde-la gémir sur la gueule des gens
Avec les yeux fardés d'horaires et de rêves
Regarde-là se taire aux gorges du printemps
Avec les mains trahie
Par la faim qui se lève
Ces yeux qui te regardent
Et la nuit et le jour
Et que l'on dit braqués
Sur les chiffres et la haine
Ces choses "défendues"
Vers lesquelles tu te traînes
Et qui seront à toi
Lorsque tu fermeras les yeux de l'oppression
Regarde-la pointer son sourire indécent
Sur la censure apprise et qui va à la messe
Regarde-la jouir dans ce jouet d'enfant
Et qui tue des fantômes
En perdant ta jeunesse
Ces lois qui t'embarrassent au point de les nier
Dans les couloirs glacés de la nuit conseillère
Et l'Amour qui se lève à l'Université
Et qui t'envahira lorsque tu casseras
Les lois de l'oppression
Regarde-la flâner dans l'œil de tes copains
Sous le couvert joyeux de soleils fraternels
Regarde-la glisser peu à peu dans leurs mains
Qui formerons des poings
Dès qu'ils auront atteint l'âge de l'oppression
Ces yeux qui te regardent et la nuit et le jour
Et que l'on dit braqués sur les chiffres et la haine
Ces choses "défendues" vers lesquelles tu te traînes
Et qui seront à toi
Lorsque tu fermeras les yeux de l'oppression.

L’incompréhension

Combien de fois ne me suis-je heurté à la surprise teintée de pitié ou de mépris.

Mais tu ne vois pas que c’est un simple divertissement ? Ne va pas chercher ce qui n’est pas.

On me soupçonne même de mépriser la culture populaire confondue niaisement avec celle du fric qui s’est imposée. Les troubadours, les chanteurs de rue, celles et ceux qui prenaient la guitare dans les cafés, les gens qui chantent encore dans leur maison, dans les réunions amicales, le blues, le fado, le rap ou le rock ça c’est de la culture populaire et la poésie sait s’y frayer un passage.

Tandis que non, il n’y a aucune poésie dans une chanson de l’Eurovision pas plus que dans une remise de prix à Cannes ou une coupe brandie au parc des Princes.

L’opprobre fait partie du jeu et évite les questions qui dérangent. Je prends la liberté de dire ce que je ressens. Je ne cherche à convaincre personne mais mine de rien , ce ne sont pas juste des moments qui ne m’intéressent pas, ce sont pour moi des moments tristes pour l’expression, l’art, le geste sportif.

Peut-être a-t-on besoin de Mac Do pour savoir reconnaître ce qu’est un vrai restaurant. L’ennui c’est que Mac Do ça fait grossir, ça déforme le goût par abus de sucre et je suis convaincu que ça contamine l’esprit.

Alors non, sans ressentiment, peu importe si certains sont indisposés ou choqués, mais pas seulement parce que je n’apprécierais pas plus que ça, pas plus cette année que les autres, je ne suivrai ces événements qui constituent une forme d’aspiration par le vide. Tant pis si je ne sais pas rebondir dans les conversations à ce sujet. En général je me tais, je m’éloigne ou je sors de la pièce.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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Les commentaires

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2 réponses à « Ni Eurovision, ni Cannes, ni foot… »

  1. Avatar de Mite

    @vbreton … ni élections des miss, plus belles que les plus belles, sur quels critères ? Inutile de demander. On peut ajouter à la liste.

    1. Avatar de Vincent Breton

      en effet, la liste est ouverte… concours, hochets et décorations divers 😉

  2. Avatar de Non Merci !

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