L’album photos : entre tragique et jubilatoire


au bord du printemps

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3–5 minutes

Hier je me demandais que conserver de mes livres, textes et photos ? Avant le déménagement, j’avais déjà pas mal éliminé d’images désagréables ou ratées. J’ai commencé aujourd’hui par la mise en album des photos papier. L’exercice de tri de l’album photos : entre tragique et jubilatoire est dévorateur d’énergie. Mais c’est fait !


Un travail préalable

Le numérique fera l’objet d’une autre action, surtout qu’il y a des sauvegardes en divers lieux et supports. Pour le papier, c’est en apparence plus facile même si l’on se trouve d’emblée en pleine plongée affective.

J’avais pas mal éliminé : des personnes dont je n’ai pas besoin de raviver le souvenir, des photos moches ou ridicules.

J’avais trié : en papier, quasi pas de paysage. Des personnes. Des photos récupérées parfois d’on ne sait où. J’en ignore l’auteur. Pas mal de photos prises par mon père quand j’étais petit, la majorité dont je suis l’auteur. Des thèmes sont apparus naturellement : « autrefois » (avant ma naissance), ma sœur, ma mère, mes grands parents maternels, cousins, amis et amours, les animaux, moi-même… toutes figures d’attachement comme on dit.

Pas de date, pas de lieu. Je suis le seul à pouvoir dire l’histoire des images, me la dire, situer, à peu près…

400 photos pour un album

J’avais quelques doubles, je les donnerai quand ce sera possible. La contrainte m’a aidé à choisir, éliminer encore.

Plus personne ne verra donc ma tête lorsque j’étais aussi hirsute que barbu. On se demande pourquoi a posteriori personne ne vint tirer le signal d’alarme et me sortir du ridicule ! Un jour, je l’ai rasée cette barbe, à un retour de vacances. Le directeur de l’école où j’avais mon bureau, me demanda des nouvelles du barbu qui était là avant moi. Il ne m’avait pas reconnu. Je vécus quasiment le même épisode après avoir coupé mes cheveux longs des années plus tard. Tout ça pour dire que je m’en souviens, pas la peine de m’exposer.

400 photos c’est bien, c’est la limite supportable.

Tragique

Dans mon album il y a des morts. Pas mal. Ce n’est pas ça qui est tragique : ce sont ces personnes dont je sais qu’elles n’ont pas été heureuses. Au point de vivre une vie triste, au point de choisir de mourir.

Les morts ne nous appartiennent pas. L’une des difficultés, plus encore qu’avec les vivants, c’est de ne pas se laisser aller à parler sur elles ou eux. Les préserver dans leur dignité de mort.

J’ai retiré certains visages, vivants, peut-être injustement. Ça n’empêche pas d’y penser.

Il reste trois photos « malaisantes », pas à cause des événements auxquels elles se rattachent mais d’une personne qui y figure. Je pourrais les jeter. Deux datent d’avant ma naissance. Peut-être que la troisième ne restera pas…

Il y a des images de personnes qui me manquent. Mais je n’ai pas besoin d’elles pour me le rappeler.

D’autres images sont reliées à des épisodes douloureux, la maladie de l’un, la fatigue de l’autre…

Jubilatoire

Les amis, les amours, les belles heures. Non pas en nostalgie triste. Les uns se sont éloignés, d’autres ont conservé le lien. Des lieux aussi. J’ai beaucoup aimé le petit appartement de Paris qui fut un nid, un refuge pour certains à une époque donnée…

Je regarde amusé, surpris, les photos de ma petite enfance. Avant cinq ans j’étais mélange d’impertinence, de bavardages, d’inventions. Quand on parle de son enfant intérieur et de ses espoirs, je le vois là, en noir et blanc. Je ne sais lequel des deux guide et protège l’autre. Poupées russes mais c’est dans la plus petite que battent le cœur et l’âme, l’esprit est venu après au prix des mues imposées par la croissance et la vie. Et « lui c’est moi », autrement dit, c’est à ce petit garçon malicieux et plein d’espoir et d’amour que je dois rester fidèle.

Il y a c’est drôle, deux photos d’un homme que ma mère aima (et ce n’était pas mon père). Et j’aime à revoir son visage car je sais qu’il l’aima aussi et si sa vie n’avait pas été tumultueuse à celui là, il aurait pu faire belle alliance avec elle.

Il y a la photo où tu me regardes avec amour même si tu savais déjà que tu allais mourir bientôt. Et je garde la lampe de ta mémoire allumée avec la fierté de ta confiance. La joie n’est jamais loin de la tristesse.

J’ai passé la première épreuve !

Comme dans les contes, j’ai passé la première épreuve. Ce rangement là maintenant me permet de fermer l’album. Je sais qu’il est là. Les images sont rangées… je n’y reviendrai pas de suite !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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