Entre micro-tâches et temps de réflexion, le temps que chauffe l’eau de la bouilloire est comme une immersion dans l’agenda intime de mon cerveau où je déroule le fil de la journée. Petits et grands projets, toutes ces choses à faire, ajustements entre possibles, soif ou désir et énergie à dispenser avec soin.
Comme des mouches collantes
Les micro-tâches sont comme des mouches qui empêchent d’aller droit au but que je me suis fixé. Pressé. Ces objets qui se sont évadés des tiroirs, ces bouchons qu’il faut ouvrir, ces portes refermer, ces miettes ramasser, cette barbe raser… Pour sortir il faut même mettre ses chaussures et le temps de les lacer me met en impatience.
Ma brosse à dents compte le temps de trente secondes en trente secondes. Je pense donc entre trente secondes, à quoi ?
Gluantes, on a laissé s’agglutiner ces petites tâches insignifiantes. Les riches ont du personnel pour les faire. C’est ce qui rend leur vie vide et désolante. À quoi je pensais déjà ? Car l’une est venue envahir le cerveau. Petites et grandes tâches, taches auxquelles on s’attache : le roi des carnets c’est moi ! Les listes s’alignent. Ne pas oublier.
Hier, j’ai écouté Eliott parler doctement d’Obsidian. J’ai téléchargé l’outil, commencé à jouer avec. Est-ce que je ne prends pas prétexte d’une courbe d’apprentissage à digérer pour procrastiner ? C’est joli ces liens qui se font entre concepts, pensées, choses à faire…
Mais il faut un peu procrastiner tout de même et sans vergogne se ménager des temps d’ennui. J’aimerais en théorie. Je n’y parviens pas, alors je m’offre des micro-siestes qui parfois débordent.
Au feu rouge, le temps que l’eau bouille
On ne fait pas la tête ni la moue. Au volant, on est captif, où va la pensée ? Savoir où tourner ou rêvasser ?
Comme des bouts de rêves, dans les interstices de temps, se glissent des remontées du fin fond du cerveau. Un ami éloigné surgit, un souvenir triste si je suis fatigué, une envie de gourmandise. Pire encore.
Ah ! C’est donc le désir qui se loge dans ces petits morceaux de temps perdus ?
Ou déjà la mise en action autour des petites choses à faire.
Car coincé derrière mon volant, si je suis dans la cuisine, le temps que j’entende les bulles monter, je peux courir et faire déjà mille choses. Une par une. Sinon mes mains vont s’entrechoquer et ma tête immanquablement se cogner à la hotte au dessus de la cuisinière. Toutes ces maisons ont été conçues pour des gens de petite taille. Quand je me cogne la tête, est-ce que ça me remet les idées en place ? Ça calme… Tu n’es pas obligé de foncer.
Le temps élastique pour trouver du flow même dans les petites choses
Plonge un peu mieux dans le rangement des chaussettes. Entre en conversation avec elles. Es-tu réellement si pressé ? Que dit ton impatience à vouloir entrer si vif dans le sujet qui te préoccupes ?
Que veux tu fuir ?
Non, je peux mieux plonger dans ces petits bouts de temps. Traverser la piscine, la tête sous l’eau, n’est pas si long. Pourtant, tu ressens l’éternité et ce bonheur entier si tu investis pleinement ce que tu fais, si tu plonges et traverse tout à ta traversée…
Il sera toujours temps ensuite, de cocher tes listes.
Dans ces petits bouts de temps, il importe de résister aux distracteurs, ces moustiques qui t’interpellent avec de vraies fausses urgences. Je n’ai plus de notifications et les messages, je les regarde de temps à autre, quand je veux, quand je suis disponible, pas quand on me sonne à la cloche. C’est qui le chef de ma vie ?
Mesurer l’activité du cerveau
J’imagine bien que des chercheurs ont déjà mesuré l’activité du cerveau pendant qu’on fait chauffer l’eau de sa bouilloire. Ou que l’on attend au feu rouge.
Est-ce de la pensée qui vagabonde ?
Au feu rouge je veille au moment où ça va démarrer. Certains rangent leur voiture. Ils vont se faire klaxonner et manquer le départ.
Avec la bouilloire j’ai le choix entre me livrer aux micro-tâches, rêvasser, ou tenter de faire les deux choses à la fois…
Ou parce qu’il s’agit de café et d’enclencher mon cerveau, comme un photocopieur qui préchauffe, oui, d’être déjà à ma journée, de la visualiser.
Je dois vous laisser, il faut que je fasse la liste des courses !


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