Après la canicule estivale et la sécheresse qui marque encore le jardin, j’avais dit que je n’ajouterais plus de fleurs. Et pourtant un coup de tête m’a décidé. J’ai mis plusieurs plantes et j’ai terminé par des bulbes nombreux en pensant déjà au printemps.
C’est à cause des nouvelles du monde
À cause des nouvelles du monde et des gens que je trouve tristes. Je vois ces jeunes gens qui ne cachent pas leur tristesse et vont désabusés. Ils ne cherchent même pas à se révolter.
On dirait que l’épidémie les a durablement marqués et qu’ils sont résignés. Les vieux que je croise se ruent sur les rayons des supermarchés et se gavent. Je les entendrais presque dire « c’est déjà ça que les Russes n’auront pas« .
J’ose à peine lire le journal, encore moins allumer un écran de télévision ou écouter la radio. Des remugles de guerre courent. Il ne manque plus qu’un état d’urgence de plus, une mobilisation.
La terre est sèche et lourde
Argileuse, la terre dure ici laisse apparaître encore de nombreuses fentes. Le peu de pluie est passé sans rien pénétrer vraiment même si de façon étonnante la végétation reprend s’emparant de la moindre goutte pour faire germer les adventices.
J’ai rapporté quatre sacs de terreau. Pas étonnant d’avoir mal au dos et ressentir la fatigue.
Quand ce n’est pas de l’argile, ce sont des cailloux. Nous sommes au pied du causse, pas si loin de la rivière.
Ajouter de la terre, bêcher, creuser, planter.
Là j’ai mis de la sauge, ailleurs un chèvrefeuille qui se plaît bien et même de la bruyère à l’ombre. D’autres plantes dont j’ai déjà oublié le nom.
Cache-cache
C’est comme les œufs de pâques. Il faudra que je me souvienne ce que j’ai planté et où. J’en ai mal au bras droit. Il y a quelque chose d’assez intime à enfiler ces bulbes dans la terre.
Je suis rentré dans la maison les mains presque rouges à cause de la couleur de l’argile. Se salir les mains, les genoux, les pieds. Après avoir travaillé au jardin, une douche s’impose et l’ocre semble se mêler à la peau. Je pourrais presque m’en faire des peintures de guerre
Roman
Alors je n’ai pas touché au roman qui m’attend. J’ai de la bonne fatigue, j’ai faim et je n’ai aucune envie de me lancer en cuisine. La chatte au moins a sa pâtée vite servie.
Le vrai suspense
C’est celui de l’attente à présent. Nous effleurons à peine l’automne et j’imagine déjà un printemps et des espoirs de fleurs, de couleurs, d’odeurs. J’attends cet espoir là, je veillerai.
Je n’ai pas envie de guerre, ni d’extrême droite, ni…
Car ce que l’on fait dans la paix de la vallée, loin des vicissitudes du monde, des conférence de presse, des menaces, des prix qui grimpent, on ne le fait pas dans l’indifférence égoïste.
Planter des fleurs deviendrait presque une manière de résister. Résister à la morosité, à la résignation, contre la peur et les rejets. Résister à la tentation de penser que la partie est perdue d’avance.
J’avais dit plus de fleurs, mais j’en ai mis pas mal. Nous verrons ce que ça donnera. On va pas se laisser faire !

Un mot en retour ?