En retirant du site de France Télévision l’émission « La Grande librairie » où Adèle Haenel s’exprimait dans une carte blanche, les censeurs ont attiré l’attention sur un moment qui serait passé inaperçu.
La Grande Librairie n’est pas Apostrophes
Ado, j’aimais bien l’émission de Pivot, je la trouvais vivante avec quelque chose d’incisif. Ça ne veut pas dire que son animateur n’avait pas de défauts, mais l’émission donnait envie de lire.
La Grande Librairie me donne aussi envie de lire. C’est à dire qu’il me suffit de cinq minutes à entendre son animateur actuel pour avoir le poil hérissé et fermer la télévision. Cette afféterie bourgeoise qui fleure bon l’École normale supérieure ne me semble guère propice à diffuser la lecture. C’est ce qui distingue l’émission d’Apostrophes qui réussissait à être populaire. Mais c’était un autre temps.
Le bruit est venu de la censure
L’émission est passée. Je ne l’ai pas vue. Si on peut dire « grâce à la censure » j’ai pu voir « la carte blanche » de Adèle Haenel.
Elle a pour mérite de rappeler le sort des palestiniens et de leur envoyer un message implicite de soutien. Cette carte blanche montre aussi la difficulté d’exprimer cette solidarité.
Dans les faits, l’expression de cette opinion aura conforté les convaincus comme celles et ceux qui pensent le contraire. Chacun s’est échauffé dans son camp.
Je crains toujours derrière ces positions qu’on invisibilise les personnes.
Le scandale c’est le génocide
L’émission a eu lieu. Elle est certes peu regardée, c’est le lot des émissions culturelles. Celle-ci est à mes yeux élitiste dans un contexte où la culture a quasiment disparu du service public depuis longtemps. Pour autant, cette émission a bien entendu le droit d’exister faute de mieux.
Retirer l’émission de la plate-forme en ligne, c’était attirer l’attention. Les censeurs n’ont pas beaucoup réfléchi. Leurs arguties ne tiennent pas la route. Ce n’est pas défendable sauf à sous entendre que les propos seraient sortis de la Loi.
L’extrême-droite et la droite avec leurs médias en ont profité pour vomir, l’occasion était trop belle.
D’autres de bonne foi et à raison, se sont émus de « la censure » mais à lire les articles, la focale porte plus sur celle-ci que le message lui-même et en réalité je ne lis rien sur le sort des palestiniens, ce qu’ils vivent et dont quasiment aucun média ne parle aujourd’hui. Ce silence là est tout aussi coupable.
Il eut été courageux que des journaux partant de cette « carte blanche » rappellent les faits. Je n’ai rien vu ni lu.
Encore un piège idéologique
Comme d’autres, cette situation prête le jeu à des analyses réductrices, des assignations, des raccourcis et des instrumentalisations de toutes sortes.
Nous n’en avons pas terminé avec les frictions. Je ne vais pas traiter le sujet ici mais juste souligner, comme toujours, que la censure ou les tentatives de museler la parole, surtout dans un monde médiatique comme le nôtre sont vouées à l’échec.
Dans une démocratie, dans le respect de la Loi, il faut juste veiller à ce que des points de vue contradictoires puissent s’exprimer de façon équilibrée et que les médias d’information reprennent leur rôle, c’est à dire aller chercher la réalité sur le terrain en dépassant le commentaire. Sinon, on en reste à des pétitions de principe. Il faudrait éviter de se donner « bonne conscience » en s’arrêtant à la dénonciation de la censure.

Un mot en retour ?