L’actualité terrible ravivant des souvenirs, j’avais écrit un texte hier pour évoquer la mémoire de L. que j’ai tellement aimé. Bien avant que je le connaisse, petit garçon, il avait été victime d’un viol et bien trop tôt, il a mis fin à ses jours. Raconter cela ne me fait pas de bien. Et je reste démuni avec cette histoire qui a bouleversé ma vie.
Ce texte ne me faisait pas de bien
Un certain nombre d’amis ne savent pas ou si peu de cette histoire. Quand le drame est arrivé, il y a de nombreuses années maintenant, le premier contact avec une cellule d’urgence psychologique avait été si nul que je n’avais pas voulu poursuivre l’échange. Les plus humains dans l’Histoire, ont été les flics. Et je n’oublierai jamais ce jeune policier qui avait l’âge de L et qui fut traumatisé, qui pleurait…
L’actualité, les témoignages, tout ce que l’on entend en ce moment, a fait resurgir l’histoire de L. J’ai voulu écrire. Mais je restais en dessous des mots.
J’en disais trop ou trop peu.
Contrairement aux apparences ou ce que l’on raconte, le temps n’efface rien. Si cela ravive des souffrances chez moi, je sais que suis loin de pouvoir comprendre ce que lui a vécu et souffert.
Je ne sais pas comment font les victimes, les témoins de crimes qui parviennent à raconter. Comment font-ils pour raconter, comment font-ils pour dépasser cette souffrance et tenir et marcher ?
C’est son histoire mais qui serais-je pour la raconter ?
Je ne veux pas sombrer dans la victimisation
On dira que je suis victime collatérale. Le suicide d’une personne que l’on aime, qu’on n’a donc pas su retenir, ce n’est pas un deuil ordinaire. Mais la vraie victime ce n’est pas moi.
Après la publication, des commentaires sont venus, de grande gentillesse, des messages de soutien. Mais je trouvais ces messages indus. Je ne cherche pas le soutien. Je n’ai jamais su faire avec la compassion d’autrui. Ma faiblesse et ma force tiennent dans cette nécessité pour tenir de gérer seul les difficultés. Ça c’est une chose que j’ai appris à faire quand j’étais petit et lorsque je devais gérer seul des trucs de grand à 9 ans.
Je me suis senti incapable d’assumer les suites de ce texte. Alors, je le garde pour moi. L’histoire ne pourra pas être changée et je ne changerai pas le monde avec mon récit. Il faut agir autrement, par l’action, par la Justice, par le travail collectif.
Je ne veux pas raviver la douleur d’autrui
Le soutien est une chose. Mais on ne console pas une personne en lui montrant que d’autres ont vécu de pareilles horreurs.
L’humanité en ce moment – mais depuis toujours- est championne pour nous montrer le pire d’elle-même.
Ici en France, pendant que j’écris, au sein même de familles ordinaires, se poursuivent des atrocités contre des enfants et des femmes… ce qui devrait être le lieu de la protection où chacune et chacun pourrait se réfugier, trouver amour et confiance devient l’enfer. Le soupçon est là. La confiance disparaît. Si au delà de la recherche de Justice, nous ne transformons pas nos façons d’être et de faire, nous courrons à notre perte.
Je ne veux pas écrire pour raviver la douleur ou fragiliser celles et ceux déjà en souffrance. Les salauds ne me liront pas. Il faudra conduire les indifférents à réagir autrement qu’en étant happés par le scandale mais comment ? Par les voies de l’éthique et du respect, de la non-violence comme valeurs cardinales.
Tout peut s’écrire, tout ne se partage pas. Ou peut-être pas par les voies ordinaires du récit. C’est aussi pour ça que nous avons besoin des artistes. J’aurais aimé avoir ce talent des artistes qui savent dire au delà de l’indicible, au delà du témoignage, un peu comme les sculptures de Marc Petit vues l’autre jour dans les rues de Cahors et que je vais retourner voir tant elles me chavirent l’âme et le cœur.

J’ai retiré ce texte parce qu’il était en dessous et maladroit. Cela n’efface en rien, ne réduit rien cet amour qui se tient dans le souvenir de celui que j’appelais Lolo Luciole.

Un mot en retour ?