C’est assez personnel, j’ai pris rendez-vous avec moi. Le dimanche est propice à cela. Il y a quelque chose de la pierre blanche dans ce jour là. Loin de la mystique des églises, le temps se relâche et il est facile de s’accorder un moment, pour prendre des nouvelles de soi, regarder ce qui a été fait, ce que l’on imagine faire, avec quelles évolutions. Une façon de penser l’ergonomie de sa vie pour être mieux dans le flow…
J’ai de bonnes nouvelles !
C’est assez amusant, fréquemment, comme en illustration de la vie, me viennent à l’esprit des paroles de chansons d’Anne Sylvestre. Je ne croyais pas savoir la chanson si bien. Je les récite malgré moi…
J'ai de bonnes nouvelles, vole, l'hirondelle
J'ai de bonnes nouvelles à vous donner de moi
À vous donner de moi
Le temps s'est arrêté de moudre des chardons bleus, des grains de peur
On a pu se remettre à coudre tout l'éparpillement du cœur
On a ramené la tendresse autour de soi pour avoir chaud
Le malheur a changé d'adresse, il n'a pas laissé sa photo
J'ai de bonnes nouvelles, vole, l'hirondelle
J'ai de bonnes nouvelles à vous donner de moi
À vous donner de moi ·.
© Anne Sylvestre
Parfois il y a des vents contraires, une météo défavorable. On pensait s’être débarrassé de quelque fantôme, il vient hanter le cerveau. Mais on est là. Debout. La grosse averse est passée. Il faut se sécher, s’ébrouer un peu, se remettre en marche…
La résilience est affaire de confiance, de réassurance…
Prendre des nouvelles de soi
Les choses à faire, la sortie de l’hiver, le déploiement du printemps… le temps a passé si vite. Stop !
Dans le flot du courant, on se laisse ballotter. Deux ailes et deux thés. Ce n’est pas de miroir qu’il est question, d’usure, de diagnostic. Mais de rendez-vous bienveillant. Où en étions-nous déjà ?
On ne se téléphone pas souvent. Parfois, c’est pour éviter d’appuyer là où c’est douloureux. La question n’est pas de se torturer, de s’inquiéter ou de culpabiliser sur la longue liste des choses à faire… avant le moment ultime.
Il reste encore du temps avant de mourir. Il faut composer avec l’incertitude, les catastrophes en cours ou à venir. Il y a ce sur quoi je peux agir, ce sur quoi je ne peux. Allô, Marc-Aurèle ?
Désespérer ne fait avancer personne.
J’ai pris rendez-vous avec moi. Personne ne peut le faire à ma place…
Au rendez-vous avec soi
Il faut s’extraire un peu. S’installer confortablement. S’interroger amicalement et regarder les semaines et les mois passés…
Des doutes ? De la fatigue ? Mais bien des choses ont changé. Un nouveau livre s’écrit : nouveau cadre, nouveaux personnages, nouveaux rythmes…
Il ne faut pas céder à la mode ou la dictature des projets. La question n’est pas de rendre compte, de tenir des objectifs chiffrés mais :
- reste-t-il encore des choses (objets, habitudes…) qui encombrent ?
- reste-t-il encore des inquiétudes ou des peurs idiotes ?
Face à certains problèmes, prendre le temps de s’arrêter, de les regarder légèrement de côté permet en général de montrer qu’il suffit de regarder autrement pour que la solution s’éclaire : c’est comme un agencement de meubles, une organisation du temps ou de l’espace sur lequel on tire alors que la solution est là…
Toujours ce qui doit être la ligne, c’est la cohérence entre les valeurs et les actes. C’est de cette cohérence que vient l’alignement propice à la possibilité de se centrer sur un projet qui enseigne, permet de créer, invite au partage.
La vie moderne nous impose de nombreux parasites. Enfant, je m’en suis assez bien passé et c’est là que je réussissais le mieux : avec les livres, les créations, le jardin, les animaux et les amitiés.
Qui me commande dans ce que je fais ? Qui me commande dans ce que je regarde, j’écoute, dans ce que je vais dire ?
La vie d’aujourd’hui, en peu de temps finalement, nous a imposé un dressage formidable où même nos déplacements sont numérisés, nos réactions sont engendrées par des notifications, nos achats faits à distance et largement suggérés…
Est-ce que c’est utile ? Est-ce que cela va me faire du bien ?
Non pas une utilité au sens de « rentabilité », mais utile à élargir mon esprit, m’épanouir…
Oui, je peux céder un moment à des loisirs qui me « vident l’esprit » mais ils me conduisent soit au point de départ, soit à replonger vers eux, comme une addiction.
Un exemple ? Tout bête. Ce matin, je me suis rendu compte que depuis quelques mois je joue à un jeu presque par automatisme, avec des défis journaliers mais c’est un jeu qui ne m’enseigne plus rien, qui est répétitif et au final à la fois chronophage tout en me décentrant d’autres activités.
Tiens, refaire le point sur les activités que je fais « en faisant autre chose » et qui de surcroît ne sont guère utiles et ne me font pas tant de bien que ça… il y en a encore quelques unes.
Chacune, chacun, trouvera en ce qui le concerne de quoi nourrir la réflexion.
Composer avec le réel
L’autre jour en allant marcher seul, j’ai dû composer entre la joie d’une marche un peu longue en pleine nature et la tristesse de devoir laisser le chien trop vieux à la maison.
Je dois donc apprendre à me libérer de cette culpabilité tout en continuant de nous ménager de petites sorties acceptables pour son vieil âge.
Cette petite anecdote m’a rappelé qu’une grande partie de ma vie, j’ai renoncé à ce que à quoi j’aspirais, par crainte de décevoir… L’ennui, c’est que dans la mise en tension, dans la réitération du sacrifice, on finit par se nier soi-même et si on n’est pas heureux pour soi, on ne peut l’être pour les autres. Nous nous injectons à nous-mêmes la plupart de nos contraintes toxiques…
Non pas qu’il faille être égoïste, mais plutôt qu’il faille être cohérent et en tout cas ne pas se nier dans ses aspirations profondes pour autrui, fut-ce la personne la plus aimée…
Regarder les choses en face
En face et de côté. Mais les regarder.
J’entends par choses, les objets que nous utilisons, le moment où nous les utilisons et les choses que nous faisons ou pas…
Mais pourquoi je fais ça ?
Et pourquoi je ne fais pas ça ?
C’est encore une histoire de barrières mentales.
Nous nous focalisons sur de petits indicateurs, des retours, quelque chose du « qu’en dira-t-on ? »
Se féliciter pour s’accompagner
L’année de mes dix-sept ans, j’avais construit une dynamique très positive portée par mon projet de pouvoir m’émanciper, gagner ma vie, me débrouiller.
Cette année là, je passais le bac, réussissais un concours de la fonction publique pour gagner ma vie, et le permis de conduire pour me déplacer. Chacune de ces petites réussites ne valait pas pour elle-même mais comme une clé pour la suite.
À différentes étapes de ma vie, j’ai su reproduire ce modèle qui se caractérisait par un mélange de détermination joyeuse, d’auto-félicitations (car personne ne me félicitait vraiment), une dynamique d’alignement où pour réussir je restais centré… une histoire de « bonne énergie ».
On oublie parfois de se féliciter, lorsque les enjeux peuvent sembler moins cruciaux. Certains sombrent dans l’embourgeoisement qui consiste à être satisfait de soi… Se féliciter dans ma conception c’est surtout s’accompagner pour franchir les étapes suivantes, un peu comme le sportif relève progressivement la barre…

Un mot en retour ?