Au départ nos points de vue n’étaient pas forcément si éloignés. Mais à trop crier, discréditer, moraliser et lancer tes injonctions, anathèmes et sommations, voilà que tu me fais douter. À trop vouloir me convaincre, tu me repousses. Qui vas-tu entraîner si ce ne sont les déjà convaincus ? Qu’obtiendras-tu en clivant ? Pour moi, c’est une violence. Et je n’accepterai ni violence, ni soumission.
J’ai longtemps cru que c’était l’apanage de l’extrême droite
Comme je suis une jeune âme, j’ai longtemps cru que la disqualification d’autrui nourrie de ressentiment était l’apanage de l’extrême droite. Bêtise sourde et veule s’en prenant toujours aux plus faibles. Ces gens là conspuent à bon compte relayant fausses idées et rumeurs.
Ma naïveté ayant ses limites, j’ai vite compris que la componction pincée ou la langue châtiée pouvaient être d’une rare violence. Celle du mépris (de classe) passe par l’art d’ignorer autrui en nourrissant l’idée qu’il ne mérite pas même l’attention.
Si je comprends que certains veulent se regrouper pour mieux lutter, sauf à vouloir s’en tenir à la violence, je ne vois pas comment on peut convaincre et encore moins unir et fédérer en disqualifiant, culpabilisant ou assignant à une identité sociale ou culturelle.
Je n’y vois que la possibilité de se trouver un coupable facile à ses propres échecs futurs et peut-être même de ne pas vouloir en réalité avancer, progresser au nom du sacré dogme.
Tu cries, je me replie
On sait depuis toujours que les questions de pouvoir engendrent des querelles de basse-cour. Encore une fois, si sans l’accepter, on l’entend du côté des partis d’extrême droite et conservateurs fondés sur la compétition et la désignation d’un chef, je reste toujours étonné que « de l’autre côté », là où l’on se prétend attentif à l’humain, à la personne, on puisse sombrer si facilement fut-ce au nom du « bien ».
Ce cri crée d’emblée un déséquilibre : il faudrait se justifier, apporter des preuves qu’on est du bon côté ou prendre même sur son dos « des fautes » supposées. Le procès d’intention est une fausse querelle dont les procureurs s’avèrent le plus souvent n’être que des Tartuffes. Ne pas être dans la ligne serait être contre la ligne. Refrain connu. Mais la ligne, qui en discute ?
Si ce que tu dis comporte une part de vérité, je veux pouvoir y apporter des nuances sans me sentir insécurisé. Si l’échange doit se passer sur un ring rythmé par le fracas du gong, des slogans et des cris, alors ça ne m’intéresse pas.
Par esprit de contradiction, j’aurais même une fâcheuse tendance à venir chercher de contre-arguments à ta diatribe virulente et j’en trouverai vite dans ta posture.
Descends d’un ton, assieds-toi à ma hauteur, interroge et partage, questionne et étaye plutôt que de commencer par cogner à coups de raccourcis et de propos répétés. Et surtout, propose !
C’est pour la bonne cause dis-tu !
L’auto persuasion dont tu sembles faire preuve, n’est-elle pas le masque de tes propres failles ? Je te laisse y penser, ce n’est pas mon affaire.
Le bien peut-il être à ce point univoque, décontextualisé, que tu doives l’asséner tel un prédicateur ? Au concours de probité, de pureté, de blancheur et de transparence, la ligne risque vite d’être intenable.
Il faut à mes yeux changer de façon de faire et de paradigme.
Certes, le monde énervé, les fameux réseaux, tout ça sert d’excuse pour s’éviter la véritable réflexion sur les valeurs, la façon de les incarner.
Certes, vous êtes nombreux ainsi à pourchasser celles et ceux qui n’auraient pas la pureté idéologique voulue. Il y a là un conformisme qui me repousse également.
Sache alors que tu n’auras fait que nourrir ma déviance.
J’aime beaucoup les moutons, ce sont des bêtes plus intelligentes que trop souvent on le pense. Mais je n’ai pas besoin de berger ni de prêt à penser et si j’aime apporter ma contribution, j’aime aussi prendre le risque de construire mon « opinion » en la nourrissant d’expériences et de réflexions croisées.

Un mot en retour ?