Exploratrice zélée de son domaine, nul doute que la vieille Isis apprécie les pâquerettes. Cette année plus que jamais la maison est au milieu de ces petites fleurs à l’optimisme têtu. Rien de mieux en ce début d’avril !
Pâques païennes
Déjà petit ne n’aimais pas Noël. Mais Pâques ! Chez la grand-mère, la généreuse, ça sentait bon le gigot d’agneau. Les cloches (de chameau – ça ne s’invente pas) avaient sonné et les cousins couraient partout au risque d’écraser les tulipes et autres premières fleurs.
Comme aîné j’eus tôt le privilège de participer à la cache des œufs en chocolat. Entrer dans le secret m’allait. J’aimais être inventif. À douze ans, peut-être savais-je que certaines cachettes avaient peu de chances d’être découvertes mais je n’en tirais pas d’avantage, rétif au délit d’initié, je savais orienter les chercheurs à coup de suggestions et de devinettes…
Pâquerettes, grandes tablées, soleil déjà vigoureux, nous poussions notre joie en grandissant résolus.
La messe au village restant triste à mourir, la grand-mère allumait la télévision. Petit athée je me pliais volontiers à ce moment même si cette histoire de résurrection me paraissait confondante de naïveté pour ne pas dire de niaiserie.
Aujourd’hui, j’aime l’idée de la vie qui domine sur la mort même si je ressens l’impermanence y compris des êtres vivants.
Je me souviendrai toujours de ce moment, quand à l’école j’avais avoué ne pas être baptisé. Les copains ne voulaient pas me croire.
Elle a pris un coup de vieux
Mais c’est vrai que la belle Isis a pris un coup de vieux et qu’elle se fait grassouillette la gourmande. Pas de chocolat pour les chats pas plus que les chiens. Peut-être lui trouverais-je quelque chose au goût de poisson.
Et si Isis est belle dans les pâquerettes, me revient cette image de Bretagne où Galou était beau dans les pâquerettes lui aussi, mais en Bretagne. Il était plein d’attente et de joie, toujours partant !

Mais Galou pas plus que quiconque ne ressuscitera. Quel orgueil ce serait !
Pourtant l’athée n’est pas sans mystique.
Pour moi la vie est éternelle mais pas les vivants.
L’impermanence est un bonheur, heureusement que je ne me survivrai pas ! Que ferais-je de cette éternité alors qu’elle existe déjà dans l’instant de la question ?
L’écriture elle même n’est qu’un acte éphémère soumis à la relecture éventuelle…
Surtout, il me semble important de ne pas différer l’espoir, de ne pas faire rêver à un Paradis aussi futur qu’illusoire alors que nous pouvons plonger dans le présent et y créer le bien !

Un mot en retour ?